‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 287 sur 342 · LETTRE DU DOCTEUR AU SECRÉTAIRE ÉTERNEL · texte numérisé non relu

LETTRE DU DOCTEUR AU SECRÉTAIRE ÉTERNEL

soyez réduits à zéro, je vous mettrai du plomb dans la cervelle ; elle paraît en avoir besoin.

11 sera triste pour vous que les Allemands que vous avez tant vilipandës aient inventé la poudre, comme vous devez vous plaindre qu'ils aient inventé l'imprimerie.

Adieu, mon cher président.

AKAKIA.

A Leipsick, le 10 avril, 1753.

P. S. Comme il y a ici cinquante à soixante personnes qui ont pris la liberté de se moquer prodigieusement de vous, elles demandent quel jour vous prétendez les assassiner.

Le docteur Akakia adressait en même temps au secrétaire éternel de l'Académie dudit Malouin cette autre lettre roulant perpétuellement sur la même plaisanterie, perpétuellement rajeunie par le tour et une verve intarissable. Ce secrétaire éternel était Formey, qui, tout en blâmant dans l'intimité les violences où un amour-propre aveugle avait poussé Maupertuis, avait dû intervenir officiellement dans ces tristes et ridicules débats.

M. le secrétaire éternel,

Je vous envoie l'arrêt de mort que le président a prononcé contre moi, avec mon appel au public, et les témoignages de protection que m'ont donnés tous les médecins et tous les apothicaires de Leipsick. Vous voyez que M. le président ne se borne pas aux expériences qu'il projette dans les terres Australes, et qu'il veut absolument séparer dans le Nord mon âme d'avec mon corps. C'est la première fois qu'un président a voulu tuer un de ses conseillers. Est-ce là « le principe de la moindre action? » Quel terrible homme que ce président! 1\ déclare faussaire à gauche, il assassine à droite, et il prouve Dieu par A plus B divisé par Z; franchement, on n'a rien vu de pareil. J'ai fait, monsieur, une petite réflexion; c'est que quand le président m'aura Mf^i»J^y||teiÉ|kriMU^^ lv^^\^

414 MfnOiE».

faifip 4MK ékff!è A T%ifMMHiky 'mfkm lu 4i»tfilfei)te Kmmmm. Si c'est lui qui s'en charge, il ne sera f«is ffftti tmAnnfpMBéw ill sait ctQVHiie étTa^Ifés^^itftpi H-. % VRii^tAiH'l ^SOIuMIUpu^Wi^ il «viitMC qM^ve fmw ptndwii-fia vie^^. ^Si «c^lM ^ouft^ «M^ sieur, qui faites mon 4Mmm fwiUjWj» "vms y<f«MfclMitMli empêché qu*un autre. Vous êtes fPtflRR^^ «t jo mitâè ^pMMl; vous êtes calmiMe €ft je suis papiste; vous êtes auteur et je le suis aussi ; vous vous portée Ûea et j« «uis joédecia. Ainâ, monsieur, pour esquiver Toraison Tunèbre et pour mettre tout le moade é «m «i«e, («iscflt-noi mtmriitféè ta nMHi «eraMieèi président, et ra^-et-moi dû nombra 4^ vem 'éSkf^ Xtim «MBift bien d'ailleurs qii'^iit eondaiMiê 4 nvMtpir 4^ être préalablement dégradé. Retranchez-moi donc, monsieur, de votre liste ; voeUez-tùfÀ avec le faussaire Koatkig^ qmi a eo le malheur d'avoir raison, ^attendrai patiemment lamortavec ce coupable...

Voltaire Kml remis cette deraîèïe T^rtîti ûe TilAt» kia m libraire Breitkopf . Il existe deux bUtetedvi pt^, durant son séjour à Leîpïig , adressés à (ît>Hs«l«d% dans lesquels il prie le savant professeur d*ti$éî de son influence auprès de Téditeur pour Tettipèchef d^eii* * voyer des Akakia à Berlin avant la Foire. «Ils y seraient infailliblement saisis, » lui marquait-il. Il s'était lié avec Gottsched, auprès duquel c*était une recommandation d*étre Tennemi de Maupertuis. Gottsched è8t

1. Ce n'est pas là une accusation en Tair. L'ebbi Dunihai (|Mt exècre Voltaire, dit au sujet de Maupertuis, dont 11 fait l'éloge : « Oti lui reproche un amour-propre trop sensible , et ((uelque chose d'ardent, de sombre, d'impérieux, de tranchant dans le cttractôre. tl semble à la vérité avoir donné lieu à ces reproches par la mani^ dont il avoit traité M. de Cassini, dans sa dispute sur la figure de 11 terre, par quelques différents qu'il eut avec le maréchal Schtnetlatii par la manière dont il traita quelquefois Kœnift, par le ioti qu'il prit une fbis avec M. de La Lande ; enfin , pour avoir renvoyé de l'Acft* demie on M. Pamatent. > Denhia, ta Prune tiUéfaifè imu Ffé^ —^rfr/r // ( BcrUn , 1190), i.U\,^. 1^,11.

IMPERTINENCE DU PÈRB BOUHOUBB. 411

connu. Sa femme, elle auggi, s'était fait une réputation par son esprit, son érudition, son goût. Elle ne nous aimait point ; elle avait ou croyait avoir ses mo-« tifs de rancune contre nous. Rien pourtant n'était moins équitable, et son ressentiment eût dû se concentrer sur le père Bouhours, qui faisait dire à Eugène, dans un de ses Entretiens^ le quatrième : « C'est une chose singulière qu'un bel esprit Allemand ou jMoscovite. r^ L'exclamation est assurément des plus impertinentes; mais ce que Pon n'a pas vu et ce qu'il eût fallu remarquer pour être juste, c'est qu'Arlste, l'interlocuteur d'Eugène, répond à cet insolent que Pesprit n'est étranger nulle part; et qu'Ariste, c'est le père Bouhours. Madame Oottsohed s'était mise peu en peine de suivre jusqu'au bout la pensée de l'auteur, et, sur ce sot propos, relevé cependant un peu plus bas, elle avait voué à tous les Français une antipathie qu'elle ne cachait point. « Cette dame a résolu de leur faire porter la punition qu'a méritée leur compatriote et de ne faire gr&ce k aucun. ^ Si son aversion s'étendait h tous, on conçoit que ce ne fût pas pour tous avec la même intensité. De ceux qui représentaient T.élément français à Berlin, Maupertuis était celui qui avait trouvé le moins grâce devant elle, «c Elle en veut surtout à Tillustre M. de Maupertuis, qu*elle met au-desaoui de Régis et de Rohaut, deux simples compilateiirg, ou plutôt abréviateurs des écrits de M. Descartes. Il semble qu'elle ne connaisse d'autre mérite & M. de Maupertuis ^e celui de eavtrir supporter le

froids Elle trouve Irès-roauvaia que M* de Yoltedre^t loué ce grand homme dana un fort «mimnmmi

4!? AV^BILITE &£ VOLTAIRE POUR GOTISCHED.

dit-elle '... » Cesi d'Argens, qui écrit cela éL qui exagère probableroeDt cette aoîmadversioii d*uDe femme d'esprit, qui, toute rancune tenante, aura traduit beaucoup d ouTrages français, les Réflexions sur les femmes^ de la marquise de Lambert, et la Zaire^ de Voltaire, entre autres. En tous cas, ce dernier airait particulièrement droit à sa bienveillance, et parce qu*il lui donnait dans leSupplément au Siècle de Louis XIY (qui s'imprimaità llieure même à Dresde), pleine satisfaction sur ses anciens griefs, en maltraitant le père Bouhours^, et parce qu'il était Tauteur de VAkûida et qu'il associait galamment, dans le Traité depaix^ son docte mari aux Copernic, aux Wolff, aux Haller.Mais madame Gottsched n*était pas alors à Leipzig, et il partit sans lui avoir été présenté, comme cela résulte d'une lettre adressée de Gotha à son époux : « Je devrais y retourner pour vous remercier et pour avoir Thonneur de voir madame Gottsched, que je ne connais que par sa grande réputation '.

Frédéric, qui ne laissait pas d'être préoccupé de ce que pouvait faire son ancien chambellan, ne le perdait

1 . Nouveaux Mémoires pour servir à Vhistoire de l'esprit et du cœur, par le marquis d'Argens et mademoiselle Cochois (la Haye, 1745), 1. 1, p. 218. Quel est ce mauvais poëme, dont il est ici question ? Nous penciions à croire que madame Gottsciied entend parler du quatrième Discours sur Vhomme^ où Maupertuis est, en effet, exalté, ainsi que ses aventureux compagnons. Voir la première ferlion, celle de 17 37 ; car la version déflnitive, on s'en doute, a dû notablement changer de ton. Voltaire, OEuvres complètes (Beuchot), t. LXIl, p. 78.

2. Voltaire, OEuvres complètes (Beuchot), t. XX, p. 547, 548. Supplément au Siècle de Louis XI F, part. ii.

8. Henri Reaune, Voltaire au collège (Amyot, 1867), p. 36, 37. Lettre de Voltaire à GolUeVied*, k («oXYml, ^'b vstVi w^«

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