‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 3 sur 342 · LA LANGUE FRANÇAISE EN HONNEUR · texte numérisé non relu

LA LANGUE FRANÇAISE EN HONNEUR

çais : ce En vérité, monseigneur, ceci est assez plaisant; il n'y a ici que vous d'étranger*. » Aux soupers intimes du roi de Prusse se glissaient bien quelques Allemands, à la condition toutefois qu'ils laissassent à la porte ce qu'ils avaient d'allemand ; la majorité était française et présidée par un Français, car Frédéric est et sera par l'esprit, par le goût, un véritable Français. 11 ne cachera pas plus ses préférences pour notre idiome, dont la précision et la clarté le ravissent, que son dédain pour la langue nationale. <( Illasait, mais il en fait rarement usage, » nous dit Bielfeld, un Allemand, lui aussi, quelque peu Français^. Les princes du sang, les grands seigneurs, les courtisans, « les honnêtes gens » parlaient français à Potsdam et à Berlin aussi bien qu'à Versailles; et quand le maître voulait honorer quelqu'un d'une marque particulière d'a-

1. Pollnilz, Jlf^iRoirM (seconde édition, Londres, 1735}, 1. 1, p. 75.

2. Bielfeld, Uitres familières (la Haye, 17G3), t. JI, p. 30. Lettre XLIX; à Breslau, le 15 d'août 1741. « 11 savait assez d'allemand, raconte Macaulay, pour gronder ses domestiques ou pour donner le mol d'ordre à ses grenadiers; mais sa grammaire et sa prononcialion étaient extrêmement défectueuses. Il avait de la peine à saisir le sens de la poésie allemande, quelque simple qu'elle fût. Un jour on lui lut une traduction de VIphiyénie de Racine. l\ tenait dans sa main Voriginal français , mais il fut forcé d'avouer que, même ainsi aidé, il ne pouvait pas comprendre la traduction. » Lord Macaulay, Essais historiques et biographiques ^ traduction de Guillaume Guizot. (Paris, Michel Lévy, 186Î), deuxième série, p. 286. Frédéric écrivait à Maupertuis, à la date du 20 novembre 1752, nous ne savons à •quel sujet : « ie n'entens pas assez Talleman pour vous dire si la pièce que vous m'envoyez est bien traduite ou non... i: Cabinet de M. Feuillet de Conches, Lettres originales du grand Frédéric à Maupertuis, n° 73. Da reste, il considérait Tallemand plutôt comme un Jargon que comme une langue dans le sens élevé du mot. Ne disait-il pas à Voltaire, en 1737 : a qu'il ne restait d'autre ressource aux

^^HMd'AUemagne que d'écrire dans des. langue» 'étrangères? ».

Page 1