PROBABILITÉS
eut fait retenir et leur eut remis en mains propres « les manuscrits royaux. » Et Ton ajoutait: c Le li^re qui doit principalement être retourné est intitulé Œuvre» de poésie. » Qu'on ait aŒûre à des gens maladroits ou à d'habiles gens, il n'est encore tel que d'être clair et précis, et c'est ce dont Frédersdorff ne se préoccupé pas assez en formulant les ordres de son maître. Les « lettres et écritures » du premier ordre se sont trans* formées dans le second en a mannscrits royaux ; n cela n'est pas tout à fait synonyme, et l'on comprend qu'il y ait là de quoi rendre perplexe ce bon Allemand que la moindre bévue pouvait mener à Spandau. Quant au livre de poésie, Scbmid, qui est plus tran«* cbant, n'hésite pas sur sa nature : c'est, à coup sûr, un recueil manuscrit; autrement, comment eipliquer tout ce mouvement et tout cet émoi au sujet d'un ouvrage imprimé, que tout le monde, pour son argent, était à même de se procurer chez le libraire? Cela était d'une logique rigoureuse, et il serait peu équitable de les rendre l'un et l'autre responsables d'une interprétation erronée mais plausible, etquifait, au contraire, grand honneur à la judiciaire du conseiller aulique Scbmid. Par malheur, ce dernier tombe malade et ne pourra sortir de quelque temps. Comme Voltaire n'avait pas quitté Leipzig et qu'il y était arrêté encore pour quelques jours, au dire des gens chargés de surveiller ses moindres actes, cette indisposition avait moins de gravité; mais, à peine relevé, Scbmid prévenait Freytag, qu'il était obligé de se trouver, le 28 mai,àEmden, à l'assemblée générale de la Société prussienne du commerce asiatique ; et il lui proposait, en ses lieu et pL
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444 PERPLEXITÉS DE PREYTAG.
le sénateur Rucker parfaitement apte à le représenter durant son absence. Convenait-il, toutefois, d'admettre dans le secret et l'exécution de cette délicate mission, sans autorisation préalable, un troisième confident, quelque honorable et expérimenté qu'il fût? Freytag écrit en toute hâte (22 mai), demande ce qu'il faut faire, qui il doit s'adjoindre, et s'il ne serait pas préférable de se servir de son secrétaire Dorn, que ses fonctions mettaient à la dévotion de Sa Majesté- Sept jours après (29 mai), Frédersdoff lui répondait qu'il se tranquillisât et ne changeât rien aux premiers arrangements; Voltaire était à Gotha, où il devait s'attarder quelque temps; le conseiller Schmid serait vraisemblablement de retour, lorsque le poëte songerait à traverser Francfort : en tous cas, la volonté du roi était de ne pas appeler de nouveaux coopérateurs. Mais cette réponse ne devait pas arriver assez tôt pour être prise en considération, et le fer était plus qu'engagé, quand elle parvint aux mains du résident prussien. En effel, comme on l'a vu. Voltaire débarquait, le 31 mai, et s'installait au Lion dOr^ dans les appartements qu'il avait fait retenir d'avance et où il passa une nuit fort paisible que ne troubla le plus léger pressentiment.
VOLTAIRE AU LION D'OR. — FREYTAG ET SCHMID. ARRIVÉE DE MADAME DENIS. — AVANIE DE FRANCFORT,
Tout ce qui précède n'est que le prologue de la pièce ; nous allons entrer en pleine action. Si le poète dormit du sommeil de Tinnoceuce, il est à croire qu'il n'en fut pas tout à fait ainsi deFreytag, qui sentait et s'exagérait la gravité de la moindre bévue. Scbmid avait insisté pour qu'il s'adjoignit le sénateur Rucker; la réponse de Frédersdorff ne venant bas, il dut se résoudre, malgré ses répugnances, à accepter son concours, et ce fut avec lui et un officier prussien recruteur, sur lequel on comptait dans le cas d'une résistance % que l'on se dirigea, le premier de juin, au matin, chez l'auteur de la Henriade^ qui ne s'attendait guère à pareille visite. Citons le rapport, aussi curieux par la forme que par le fond.
l. a Quant à l'officier, qui ne parle pas un mot de français, je qn» le suis adjoint pour nia sûreté aussi bien que pour me donner de l'aulorité auprès de Vollaire, afin de n'être point obligé de recourir ù une arrestation publique. » (6 juin.) Réponse de Freytag à la lettre de FrédersdorfF du 29 mai.