‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 302 sur 342 · RAPPORT DU RÉSIDENT · texte numérisé non relu

RAPPORT DU RÉSIDENT

Très-illustre, très-puissant roi, Très-gracieux roi et seigneur !

Le conseiller Schmid , partant pour Emden , in*a proposé un conseiller {Rathsherr) nommé Rucker qui se montre assez prussien à Tëgard des affaires de Téglise réformée, le même à qui l'on est redevable de la collecte générale pour les infortunés habitants de Breslau ; et il se Test substitué près de moi, avec mon consentement, jusqu'à ordre royal ultérieur. Mais, comme M. de Voltaire est arrivé hier, je me suis rendu chez lui avec le sénateur susdit Rucker et le lieutenant de Brettwitz du régiment- Alleman, qui se trouve ici à titre d'officier recruteur. Après les politesses d'usage, je lui Hs part de ]a décision très-gracieuse de Votre Majesté. Il en fut consterné, ferma les yeux et se renversa sur son siège. Je ne lui avais encore parlé que des papiers. Lorsqu'il se fut remis, il rappela son « ami » Gollini (Freytag écrit Coligny) que j'avais eu soin d'éloigner, et m'ouvrit deux coffres, une grande cassette et deux portefeuilles. Il fît mille contestationes de sa a fidélité » à Votre Majesté, puis se trouva mal de nouveau. Il a d'ailleurs tout l'air d'un squelette. Dans le premier coffre, se trouvait tout d'abord le paquet ci-joint enveloppé et étiqueté sub A, que j'ai rerais en garde à l'officier sans l'ouvrir. Le reste de la visite a duré de neuf heures du matin jusqu'à cinq heures de raprès-midi, et je n'ai trouvé qu'un « poëme » qu'il ne voulait pas m'abandonner et que j'ai mis dans le môme paquet. Je fis ensuite cacheter ce paquet sub A, par le sénateur, et j'y apposai également mon cachet. Je lui demandai sur son honneur s'il n'avait pas autre chose; il protesta alors de la manière la plus sacrée quod non. Nous en vînmes alors au livre des Œuvres de poésie; il dit qu'il l'avait placé dans une grande caisse, mais qu'il ne savait pas si cette boite était à Leipzig ou à Hambourg. Je lui notifîai alors que je ne pouvais le laisser poursuivre sa route sans avoir cette caisse. Il se retourna décent façons pour qu'on ne s'opposât point à son départ. Il dit qu'il fallait qu'il prît les eaux, il y allait de son existence. Ne voulant pas que l'affaire fût portée devant le conseil de la ville, parce qu'il se donne le titre de «gentilhomme de chambre» de France, et qu'en pareil cas les magistrats font beaucoup de difficultés pour autoriser arrestation, je suis à la fois convenu avec lui qu'il reste-

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