‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 323 sur 342 · MADAME SCHMID · texte numérisé non relu

MADAME SCHMID

gent, on s'empare de la montre et des quelques bijoux de l'auteur de la Henriade qui réclame un reçu. « Comptez cet argent, dit Schmid à ses commis, ce sont des drôles capables de soutenir qu'il y en avait une fois autant. » CoUini proteste contre son arrestation ; on le menace de le jeter dans un corps de garde. Voltaire réclame satabatière, dontil ne peut se passer ; il lui est répliqué que l'usage est de s'emparer de tout. On comprend sa rage, qui devait s'accroître encore du sentiment de son impuissance. Ses yeux effarés semblaient implorer un conseil du pauvre CoUinî tout aussi empêché que lui. Il aperçoit une porte ouverte ; il s'élance et disparaît comme un trait. Madame Schmid, qui avait pris un rôle dans la comédie, court à sa poursuite avec ses commis et ses trois servantes. Voltaire ne fut pas difficile à rejoindre. c< Ne puis-je donc pas, leur dit-il, pourvoir aux besoins de la nature ? » Au moins ce cri fut entendu ; on se borna à se ranger autour de lui pour qu'il n'échappât point. Son secrétaire, averti, vola à son aide. « Je le trouve dans un coin de la cour, entouré de personnes qui l'observaient de crainte qu'il ne prît la fuite, et je le vois courbé, se mettant les doigts dans la bouche et faisant des efforts pour vomir. Je m'écrie, effrayé : « Vous trouvezvous donc mal? » 11 me regarde, des larmes sortaient de ses yeux ; il me dità voix basse : iiFingo...yfingo...y> (Je fais semblant.) Ces mots me rassurèrent; je fis semblant de croire qu'il n'était pas bien, et je lui donnai le bras pour rentrer dans le comptoir. 11 croyait, par ce stratagème, apaiser la fureur de cette canaille et la porter à le traiter avec plus de modération. » Eu

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le voyant revenir, Scbmid, qui ignorait les circon^ stances atténuantes de sa disparition, s'écrie furieui : « Malheureux! vous serez traité sans pitié et sansoié-r Dagement. » Et Voltaire, hors de lui, de reprendre le même chemin, et son cortège de courir de nouveau à sa poursuite et de le ramener devant ses juges. Tout cela est à peindre.

Tant d'émotions, de péripéties et de fatigues avaient altéré ces braves gens. Schmid fait apporter du vin, et Ton boit à la santé de a Son Excellence monseigneur Freytag, » Mais nous allons assister à l'entrée en scène d'un nouveau personqage, acteur secondaire, dont le nom pourtant passera h la postérité la plus reculée aussi bien que celui de ^op chef d'emploi. C'était, à ce qu'assure Voltaire, un ci^ devant notaire de Francfort, cassé par sentence de la ville, et dont le résident prussien avait fait son copiste. Les étranges accusations que le poëte fait peser sur les têtes de Freytag et de Schmid nous rendent défiants à l'endroit de la sincérité et de la ressemblance de ses portraits» Admettons que Dorn n'ait pas plus été cassé par seqr tence de la ville que Freytag n a traîna la brouette, et ne nous arrêtons qu'au rôle qu'il joue dans cettç tragique et non moins comique aventure.

Sur ces entrefaites arriva un nommé Dorh^ espèce de fanfaron que Ton avait envoyé sur une charrette à nçlre poursuite. Apprenant m^ portes de la ville que VpUaJr^ venaU d'ôt|>e ftp-r rôté, il rebrousse chemin, arrivp au comptoir et s'écrie; « 91 je TavalB attrapé en route, je lui aurais brûlé la de^velleî • On verra bientôt qu'il craignait plus pour la aienrieqa'il n'étajl redoutable pour celle des autres S

illinlf Mon lAjouf anpt^ê de ¥o\i(ùy% \^vt\%^ \^W\, vv .^t.

EXCÈS OK ZfeLE DU lÉSIDEliT. 479

Il 86 peut aussi que CoUini ait fait confusion» Lor«* que 06 dernier s'était rtelamé de Tempèreur d'Allé* magne dont il était le sujet, il lui avait été répandu qvi'on ne connaissait point Tempereur à Francfort. « Et Freytag présent dit au sieur de Yoltaire et au ftieur Cosimo que, s'ils avaient osé mettre te pied sur les terres de Mayence pour se mettre en sAreté, il leur aurait fait tirer un eoup de pistolet dans la tâte sur lai terres de Mayence ^ » Cela était sans doute plusae^ cenlué qu'il ne convenait à un personnage diplomatie que, et l'on serait fondé à révoquer en doute une saillie tant soit peu brutale qui semble mal cadrer avee le flegme habituel du résident, si celui*ci ne oonfir* mail lui-même le récit de yoltaii*e. a Nous eu8« sioQS risqué notre vie, s'écrie-t-il, plutôt que de le laisser partir. Et si, moi, le conseiller de guerre, je ne l'eusse pas trouvé à la barrière mais en rase campa* gne^ et qu^il se fût refusé à rétrograder, je ne sais pal si je ne lui eusse point mis une balle dans la télé. C'est à ce degré que j'avais à cœur les lettres et les écritures royales '-*. » Voltaire n'en impose donc pas toujours. Revenons au moment présent.

Deux heures s*écoulent ainsi. Enfin les portefeuille! et la cassette du poète furent logés dans une mall^ vide que l'on ferma au cadenas et sur laquelle on ap* posa les armes de Yoltaire et le chiffre de Sehmid. Il fut question ensuite d*emrpener les captifs. Ce fut

1. Voltaire, OEuvres complètes (Beucliol), t. LVl, p. 330. Journal de ee qui s*e»t passé à Franofnrt'*êur'Mêin,

2. Varniiagen von Ense, DcnkwuvdigkeilcuUHd tMi»t|li— M» jcM/tf k (Leipiig, 1869), t. VUI^ p. 201. Happort do VnyimÊÊÊÊfglIl^'

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