‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 325 sur 342 · LES VILLES LIBRES D'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

LES VILLES LIBRES D'ALLEMAGNE

Mais tel était le sort de ces villes libres, sans force, sans indépendance véritable, n'ayant de réel que leurs firanchises commerciales, et qui sentaient que le moindre conflit pouvait décider de leur existence. L'exemple de l'évêque de Trêves parlait assez haut pour que Ton se montrât d'une extrême condescendance envers les requêtes d'un prince habituée à tout se permettre et à tout oser. L'on gardait les apparet\^ ces. Ton ne cédait pas à une injonction mais à uti^ supplique gracieuse ; et, dans tout cela, il n'y av^^ qu'un poète de sacrifié aux exigences et aux capri^:^^ de raii)itraire. Madame Denis ne pouvait donc ti^w gagner à démontrer au bourgmesti*e l'iniquité d'\||v^ telle violence, et il était tout naturel que, pour se (J^, barrasser de son argumentation pressante, il la cIouai dans une chambre de l'hôtel où elle était descendue ' et c'est ce qui explique pourquoi elle n'était pas accourue auprès de son oncle. Cette mesure, du reste n'était que provisoire, et l'on trouva plus commode de les tenir tous trois sous la même clef. Dorn, le redou^ table Dorn, se transporte à l'auberge du Lion d'Or avec sa troupe qu'il laisse au bas de Tescalier, pénètre chez madame Denis, à laquelle il dit qu'il vient la chercher pour la mener près de son oncle, et lui offre le bras jusqu'à la porte de l'auberge, où, à son grand effroi, elle se voit livrée à trois soldats qui Tentourenl et l'entraînent, à travers la foule, à l'hôtel du Bouc. Au moins espérait-elle retrouver Voltaire. Mais sans doute jugea-t-on peu sûr de réunir^ ces dangereux conspirateurs, et elle fut relégu|[|^l^un galetas meublé d'un petit lit où a ses Çi^B V» avec la

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halonnelte au bout du fusil, lui tenaient lieu de rideaux et de femmea de chambre ^ » Dora sa fit apporter à souper, sans plus de cérémonies, sans autrement s'inquiéter de Tétat affreui où devait se trouver sa prit sonnière, et se mit à manger et à vider a bouteille sur bouteille, » Voltaire» qui en mettra plutôt du sien que de passer le moindre incident, ajoute que le Dorn, appa« remment échauffé par de copieuses rasades, eut Tin» soleuce de vouloir « abuser d'elle, i» Mais il se hâta de dire que les cris de sa nièce suffirent pour TinU^ mider et lui faire l&cheir prise ^.

Le lendemain de cette dramatique journée, Freytaf recevait de Frédersdorfi la lettre suivante, k la date du 16 juin. Le roi de Prusse était rentré à, Potsdam, il avait pu prendre connaissance de ce qui se passait, et c'étaient ses derniers ordres qu'il faisait parvenir ft son résident de Francfort.

Après soa beur^ux rolour de Prusse, âa Msgasté a très^gracieu^ement approuvé ce que, selon ses ordres, vous avez fait à regard de M. de Voltaire. Mais, pour ne pas mettre plus longtemps obstacle à son voyage projeté de Plombières, •)!• permet qu'il le puisse continuer, à la oondition qu'il vous dé* livrera la promesse en forme de renvoyer fidèlement in original le livre c[ul appartient à Sa Majesté dans un délai bref que l'on déterminera, sans en prendre ou en laisser prendre copie, et oèla aur sa parole d'bonnâte homme, et avec la clause dans le cai où il y manquerait, de se reconnaître d'avance son prisonnier, dans quelque pays qu'il se trouvât.

Qu'il vous plaise, en conséquence, de lui présenter cette

1. YqUaire, OBuvr^ê oamplèiss (Beuchot), t, XL, p.9ô. Mémoire pour servir à la vie de VoltHire, écrits par lui-même.

2. IMd., t. LVI, p. SSt . Journal de ce qui s'esi passé à Francforî'

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