UNE DÉDICACE
La Mettrie, s'écrie-t-il ayec indignation, n'est pas un épicorien. Et l'on a tort de le reprocher avec tant d'aigreur aux philosophes. Cet homme ressemble aux sectateurs d'Épicurc, comme le père Malagrida ressemble aux ministres d'État de la cour de Portugal.
Après avoir démontré combien la saine morale d'un sage est éloignée de celle d'un fou, qui en a voulu prendre le masque, je prouverai que non- seulement La Mettrie ne doit pas nuire aux philosophe», mais qu'il n'a pu se nuire à lui-même parce qu'il ëtoit fou au pied de la lettre : il n'y avoit aucune idée, quelque fausse et quelque extravagante, qui se présentât à son esprit, qu'il ne suivit *„.
La preuve que d'Argens donne à Tappui est un des épisodes qui peignent le mieui, en effet, ce cerveau détraqué, qu'aucune considération, qu'aucune convenance n'eussent touché. VHomme machifie parut sans nom d'auteur, publié par un éditeur de Leyde, Élie Luzac, qui prétendit ignorer qui le lui avait adressé, et en combattit même plus tard les idées dan» un écrit de sa façon, intitulé Y Homme plus que morchine. En tête du manuscrit se trouvait une dédicace à Haller, que cet austère savant considéra comme le plus sanglant des outrages. <& C'est la nécessité de me cacher, nous dit La Mettrie, qui m'a fait imaginer la dédicace à M. Haller. Je sens que c'est une double extravagance de dédier amicalement un livre aussi hardi que VHomme machine à un savant que je n'ai jamais vu, et que cinquante ans n'ont pu délivrer de tous les préjugés de l'enfance ; mais je ne croyois pas que mon style m'eût trahi^. v> L'on n'ignora pas longtemps, en effet,