‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 34 sur 342 · LaMettrie, CEuvres philosophiques. Discours préliminaire · texte numérisé non relu

LaMettrie, CEuvres philosophiques. Discours préliminaire

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quel était l'auteur de ce petit traité matérialiste, et Ilaller ne tarda pas à savoir à qui il était redevable de cette compromettante politesse. Ce dernier envoya tout aussitôt à réditeur de la Bibliothèque raisonnée un formel désaveu de l'amitié et des principes de La Mettrie, que le libraire ne jugea pas à propos d'insérer. Il fallait pourtant désabuser le public; et l'honorable professeur de l'université de Gœltingue s'adressa alors au Journal des Savants, qui ne fit pas difficulté d'imprimer sa déclaration dans ses feuilles. Dans le cas de La Mettrie, il y avait le côté charge, le côté « gamin,» comme on dirait de nos jours, et cela se pardonne aisément en France, où la plaisanterie et la drôlerie sont les produits et les fruits du sol. Il va sans dire que les mêmes choses, qui eussent fait sourire chez nous un grave savant, devaient prendre les proportions d'un attentat partout ailleurs. Haller était ou se crut déshonoré. Il était de toute urgence que l'on sût qu'il n'avait rien de commun avec cet impudent se targuant de son amitié pour l'envelopper dans la réprobation que son livre ne pouvait que lui attirer de la part de tout honnête homme et de tout chrétien.

L'auteur anonyme de VHomme machine m'ayant dédié cet ouvrage également dangereux et peu fondé, je crois devoir à Lieu, à la religion et à moi-môme la présente déclaralion, que je prie messieurs les auteurs du Journal des Savants dMnsërer dans leur ouvrage. Je désavoue ce livre comme entièrement opposé à mes sentiments. Je regarde sa dédicace comme un affront plus cruel que tous ceux que l'auteur anonyme a faits à tant d'honnêtes gens, et je prie le public d'être assuré que je n'ai jamais eu de liaison, de connaissance, de correspondance, ni d'amitié^ avec l'auteur de VHomme machine^ et que je regar-

SON DÉSAVEU. 4t

derois comme le plus grand des malhears toute conformité d'opinions avec lui '.

Le désaveu s'adressait à Tauteur anoDyrae, qui, en somme, se Tétait attiré par une licence d*un goût plus qu* équivoque. Les choses en fussent restées là, si notre La Mettrie eut été capable de quelque mesure et de quelque retenue. Ah ! on le désavoue ! ah ! on rejette son amitié comme une honte et un opprobre ! Eh bien ! il apprendra à tout Tunivers que le vertueux Haller est tout à la fois un athée et un homme sans mœurs ; et, pour y arriver il composera le roman le plus insensé, le plus extravagant, le plus absurde, non pas qu'il veuille et qu'il pense être cru, mais par ce besoin de la moquerie, du persiflage, de la farce qu'il poussera, tant qu'il vivra, au delà de tout excès.

Citons, malgré sa longueur, ce passage qui sera un échantillon plus que suffisant de ce dont La Mettrie était capable , lorsqu'il était en verve de drôlerie et de bonne humeur.

n n'y a pas, raconte-t-il avec le plus imperturbable aplomb, usqu*aux dames de Tuniversitë de Gœttingue , chez qui notre professeur se montre aussi brillant que profond philosophe. Je me souviendrai toute ma vie du dernier et singulier souper de filles que nous fîmes ensemble, La ***, H *** et moi. La *** m'y mena; il a toujours aime le beau sexe, et d'ailleurs, sectateur d'un maître charmant, il se faisoit un plaisir de le suivre partout, jusque en ces lieux où la volupté règne, sans senti-

1. Journal des Savants y mai 1749, p. 300 et 301. Lettre de M. HalIer, conseiller aulique, médecin du corps de S. M. Britannique, et professeur ordinaire de TUniversité de Goettingue , membre du Conseil souverain de la République de Berne, à Messieurs du Journal des Savants; à Gœtlingue, le 12 de mars 1749.

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