REVIREMENT DE L'OPINION
remit à signer après avoir donné audience à Tenvoyé du premier magistrat de Francfort. Cette entrevue le retourna complètement. Toutes ces maladresses, toutes ces violences avaient fini par révolter les bons habitants de la ville; le sentiment public était contre oesabus d'autorité qui étaient un outrage à leur souveraineté. Les amis du poète, et il en avait de chauds, se remuaient aussi et ne se gênaient poînl pour témoigner l'intérêt qu'il leur inspirait. C'était plus qu'U n'en fallait pour faire changer d'avis à Fauteur de la Hen^ riade, qui ne voulut plus avoir affaire qu'au magistrat seul, comme se trouvant sous sa juridiction naturelle^ L'on devine dans quelles angoisses ces complications durent jeter le pauvre Freytag, dont le rapport est un morceau trop curieux pour n'être pas joint au dossier.
Bien que nous fussions dans la plus grande irrésolution si ùous devions élargir Voltaire ou non, — vu qu'un serviteur pro re nata peut bien arrêter quelqu'un, mais qu'il ne lui est pas permis de l'élargir sans avoir préalablement pris Tordre suprême, surtout si ce quelqu'un s'est enfui contre la foi et la parole donnée, car cela témoigne d'une mauvaise action qu'on a commise ou qu'on veut encore commettre, ou môme, si cela n'était pas, il ne peut pas être commis un plus grand crime envers son maître que d'échapper aux arrêts infligés, — nous lui avons néanmoins fait entendre de nous remettre un écrit portant sur les quatre points suivants par suite de Tordre suprême de Votre Majesté arrivé hier, qui, quoique sans date, dit clairement de laisser partir Voltaire :
\° Envoyer iînmédiate à Votre Majesté toutes les écritures royales qui pourraient encore se trouver ;
2" Déclarer n'avoir pris copie du livre « Œuvres de poésies » ni en totalité ni per pièce;
3° Se soumettre à la prison, en quelque pays qu'il se trouve,
cas ([u'il eût ag\ couUau^TcvçiwV, \i, ç,«i\. ^^^a^^ewenl ;
REYÂNGHR Â PRENDRE. 409
4.0 Payer conformément à la justice tous les frais auxquels ont donné lieu sa fuite et ses arrêts.
Le secrétaire Dorn lui avait proposé ces points vers dii^ heures, et il était in procincio d'y acquiescer; mais comme, sur ces entrefaites, Tactuarius (le greffier) du bourgmestre vint chez lui, il congédia le Dorn susdit, en lui marquant de revenir dans une demi-heure. Au retour de Dorn , sa réponse fut celle-ci : Que le bourgmestre avait envoyé chez lui, qu'il voulait maintenant terminer ses affaires lui-même et ne rien avoir à démêler avec nous... Les gentilshommes de Meinungen sont toute la journée avec lui, qui lui montent la tête ; certains alchimistes en renom ici Tentourent, des imprimeurs et des libraires vont et viennent chez lui... D'après ce qu'on dil, il a loué un appartement pour six mois et ne pense à rien moins qu*à aller à Plombières.
Dans ce rapport, que noug avons un peu abrégé, Freytag disait que Schmid et lui sauraient déjouer les comédies quelconques qu'ils s'attendaient à lui voir jouer auprès du bourgmestre. A la réception de la lettre du roi de Prusse, ils avaient retiré les deux sentinelles et avaient fait remettre au poôte les deux paquets qu'il avait laissés en dépôt chez le résident, lui annonçant leur visite pour régler le surplus. Mais Voltaire avait flairé l'embarras de ses gardiens, il avait senti que la position devenait meilleure, et ce retour de fortune, en lui rendant courage, lui avait inspiré l'envie de prendre sa revanche. Il ne s'était pas endormi et avait présenté un mémoire au bourgmestre de Francfort pour le faire passer directement au prince, dans le cas où ses plaintes, comme il n'avait que trop sujet de le craindre, ne parviendraient pas jusqu'à Sa Majesté par le fait des ennemis qu'il avait près d'elle) « ce qui, chose inouïe, s'écrie Freytag, aura réellement lieu, à ce que j'apprends. Mais nous vivons dans