‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 336 sur 342 · OU SONT LES TORTS · texte numérisé non relu

OU SONT LES TORTS

petit peuple dont il n'était d'aucune façon le maitre, qui se régissait par ses lois propres et ne relevait, comme la Prusse elle-même, que de cet ensemble d'Ëtats qui se nomme TEmpire.

L'on alla au delà de ses ordres ; mais ses ordres n'eussent pas été dépassés, qu'ils seraient encore inexcusables. Quel était d'ailleurs l'objet de ses violences? Un poète illustre, un écrivain célèbre, qu'on avait tout fait pour s'acquérir, au point de commettre, comme nous Tavons rappelé plus haut, une de ces machinations que rien ne pallie, même la longanimité de celui qu'elle vise à perdre. Voltaire a eu des torts; mais, s'il paît de Prusse, s'il s'en éloigne comme on s'éloignait de Syracuse du temps de Denis, c'est que le roi n'a pas su demeurer roi, c'est que le roi, pour mieux dire, n'a pas su oublier qu'il l'était, au moment où il se faisait homme de lettres pour soutenir de sa plume comme de son sceptre une mauvaise et ridicule cause. Même les juges eurent honte de leur arrêt, et, en dehors de l'Académie, il n'y avait eu qu'une voix pour condamner un savant qui, dans une discussion purement scientifique, ne rougissait point d'écraser l'adversaire, non de ses arguments mais de son crédit'. La dispute était restée indécise, elle ne l'est plus ; et si ce fragment de Leibnitz ne s'est pas retrouvé, si Eœnig s'est mépris en supposant cette lettre adressée à

1. Fréron, Année littéraire, 1760, t. V, p. 108, 109. — D'Alembert, Œuvres complètes (Belin}, t. V, p. 27, 28. Lettre de d'AIembcrl à madame du Deffand; Paris, 4 décembre 1752. — .Varnhagen von Ense, Denkwurdigkeitcn und vermiscUte Schriften (Leipzig, 1859),

Vlir, p.177.

LE PREMIER FÂUTECR DE L'AKÂKIA. LOS

Hermann, Leibnitz n'en demeure pas moins incontestablement l'auteur aux yeux de tous les leibnizographes. Ainsi, Frédéric ne se sera entremis, dans une question où le roi n'ayait rien à voir, que pour donner à ces débats philosophiques les proportions et le ca« ractère d'un scandale public. S'il ne s'était pas senti appuyé, est-il supposable que Maupertuis eût songé à ériger TÀcadémie en tribunal? Et ses confrères, s'ils n'y eussent été contraints, se fussent-ils prêtés de gaieté de cœur à être ses complaisants et ses complices? L'on peut dire que tout le mal Tint de cette partialité du prince, et qu'il fut, en somme, le pre-* mier fauteur ^QYAkdkia. Que la fameuse /)ia/r26e soit bien plus une œuvre plaisante qu'une bonne œuvre, qui le nie? Voltaire traitait Maupertuis comme il avait traité Jean-Baptiste, comme il devait traiter Le Franc de Pompignan, et il obéissait en cela à sa nature rancunière et passionnée. Mais que ne laissait-on tous ces gens se démêler entre eux à leur guise, sans attiser le feu par une intervention maladroite ! Cette Diatribe^ après tout, ne stigmatisait que l'esprit, le bon sens, la science du président, et c'était bien étrangement rigoureux de la déférer aux flammes, en un pays où l'on se piquait d'accorder à la pensée toute son indépendance.

Toutefois , on s'est revu , l'on s'est pardonné, l'on semble au mieux; et Voltaire n'avait qu'à demeurer à Potsdam pour recouvrer les bonnes grâces et la faveur du philosophe de Sans-Souci. Mais il est souffrant, il a besoin des eaux de Plombières; tranchons ^ le mot, les pieds lui brûlent, il se meurt d'impi

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