‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 41 sur 342 · INDISPENSABLE AU ROU · texte numérisé non relu

INDISPENSABLE AU ROU

son horreur de toute gêne pour une indépendance philosophique ; un virtuose plein de verve dont les paradoxes insensés devaient faire fortune à la dernière heure du repas. Convenons-en , pourtant, bien que d'Argens les lui refuse, il a de la lecture, des connaissances, de l'acquit, et ses études médicales seront l'inépuisable arsenal oii il empruntera ses arguments contre Dieu, contre l'âme, au profit du néant. En somme , il avait réussi au delà de toute vraisemblance. Frédéric ne pouvait se passer de lui et lui passait tout ; l'auteur de V Homme machine était de tous ses soupers, et Dieu sait quelles thèses se soutenaient là au choc des verres ^

appelle de ce nom en Allemagne tous ceux qui vendent des épices et des denrées étrangères. La Mettiie demanda à voir sur-le-champ le matérialiste; il entra, il l'embrassa avec transport, en le félicitant de ce qu'il étoit matérialiste. » Denina, La Prusse littéraire sous Frédéric II (Berlin, 1770), t. III, p. 26. Cela ne justifie-t-il pas bien le titre de bourfon que lui donne Diderot?

1 . Comme échantillon des étranges saillies de La Mettrie et de ce qu'il osait se permettre avec le roi, qui le trouvait bon, nous renverrons à une paraphrase allégorique des membres et de Testomae, que Nicoiaï tenait de d'Argens, et à une anecdote de chaise percée , que le lecteur nous dispensera de rappeler ici. NicolaY, Anekdoten von K'ônig Friedrich II von Preussen und von einigen Personen die um ihn waren (Berlin, 1790), cinquième cahier, p. 197 à 201.

LE CHEVALIER DE CHASOT. — DARGET. — GEORGE KEITH. LORD TYRCONNEL. — POLLKITZ.

Poursuivons nos portraits. L'on connaît déjà Maupertuis par ses relations avec Voltaire, et il ne sera bientôt que trop question de lui pour son repos. Nous laisserons donc de côté, pour l'instant, cette curieuse figure, et nous passerons aux autres concertants français des réunions de Potsdam et de Sans-Souci. Celui qui va suivre, lui aussi, a sa physionomie à part. Si ce n'est ni un savant comme d'Argens, ni un écervelé comme La Mettrie, ni un important comme Maupertuis, c'est un type pourtant, un représentant trèsavouable, très-distingué du gentilhomme français au dix-huitième siècle. Le chevalier François-Egmont de Chasot, né à Caen, le 18 février 1716, après avoir fait ses études aux jésuites de Rouen, avait commencé dans le corps des cadets son apprentissage militaire. A dixhuit ans, il servait en qualité de lieutenant à l'armée du Rhin, sous le maréchal de Berwick, et ne demandait qu'une occasion de se signaler, quand une occasion d'un autre genre vint inopinément briser uo| carrière à peine commencée. Laissou^V^ t^^^'Q^X8tfl

52 GHASOT.

même la circonstance fâcheuse qui fut la pierre d'achoppement de sa fortune, si tant est qu'avec de la conduite, de la valeur, de la supériorité même, il eût pu conquérir une situation analogue à celle qu'il allait obtenir en Prusse.

Je n*ai jamais été querelleur, et je suis ressorti d'une école de six cents cadets où il y avait chaque semaine quelques tués ou blessés, sans avoir eu la pioindre mauvaise affaire; cependant je ne pus échapper à la mauvaise humeur des Parisiens ferrailleurs, ni soutenir plus longtemps les airs d'arrogance d'un fat à talons rouges, parent éloigné du duc de Boufflers. Il fallut donc se battre encore et laisser mon dangereux adversaire étendu sur la place ^

Le régiment de Bourbonnais, où servait Chasot, appartenait au duc de Boufflers, ce qui était une circonstance aggravante pour le jeune lieutenant. En tous cas, son affaire était mauvaise, et il ne lui restait d'autre moyen de sauver sa tête que de prendre le large au plus vite. Il ne se crut en sûreté qu'après avoir franchi les avant-postes du prince Eugène où il fut bien accueilli. Mais il ne pouvait avoir l'idée d'accepter du service chez les Impériaux en pleine guerre avec la France. Le prince royal de Prusse était aussi sur le Rhin ; Chasot sollicita une audience du futur conquérant de la Silésie, qui ne la lui fit pas attendre.

Un jour le prince Frédéric dit à M. de Brender : <r Si vous avez le temps demain, amenez-moi ce jeune Français. » Le lendemain mon mentor m'ayant fait seller un de ses chevaux» je l'accompagnai chez le prince, qui nous reçut dans sa tente,

t. Blaze de Bury, Le chevalier de Chasot (Michel Lévy, 1862)» p. 5.

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