BONNE FORTUNE INATTENDUE
derrière laquelle il avait fait creuser, à trois ou quatre pieds de profondeur, une grande salle à manger. Son Altesse royale, après deux heures d'entretien et après m'avoir fait cent questions, nous congédia et m'ordonna en la quittant de revenir souvent la voir.
Quelques jours après, Chasot était à la table du prince, quand on vint le prévenir que le général en chefderarmée française, M. d'Asfeld, lui renvoyait ses trois chevaux. Le prince Eugène, qui était présent et de bonne humeur, dit : « Il faut vendre ces chevaux- là qui ne parlent pas Tallemand. » Sur cela, le prince de Lichtenstein mit un prix aux chevaux qui furent vendus trois fois au-dessus de leur valeur. « Le prince d'Orange, l'un des convives, lui dit un peu bas : c( Monsieur, il n'y a rien de tel que de vendre ses che- « vaux à des gens qui ont bien diné ! » Mais cette remarque du prince, si nous ne nous trompons, est tout un raffinement. Les acquéreurs nous semblent avoir fait sciemment une mauvaise affaire, et les fumées du vin n'y avaient été pour rien. Tout petit que soit le fait, il est caractéristique et peint une époque.
Le chevalier avait plu, et les galanteries du prince royal le posèrent, dès la première heure, en intime et en favori. Chaque jour, un palefrenier lui amenait, de la part de Son Altesse, un cheval de main pour se rendre auprès de lui et l'escorter dans ses promenades. Il fut de toutes les parties et de toutes les fêtes, avec Brandt, les époux Kanneberg, le jeune Grumbkow, le capitaine Kalnein, surtout Jordan et Keiserling, ces deux amis du cœur. Le baron de Bielfeld, qui eut occasion de rencontrer Chasot à Rheinsberg et de tàter