COMBAT Â OUTRANCE
particulière antipathie pour tout ce qui tenait de près ou de loin à la France, et Ton conçoit que ce n'eût pas été en faveur de Chasot qu'il se fût départi de ses sentiments de violente hostilité. Celui-ci, quelle que fût son envie de corriger les rodomontades du personnage, évita, autant que faire se put, tout ce qui était capable d'amener entre eux un conflit. Mais ce n'était pas l'affaire du major, qui avait résolu d'en finir avec le marquis français^ comme il appelait Chasot. A la suite de provocations grossières, le chevalier dut prendre son parti, et promettre à cet ogre qu'il ne perdrait rien pour attendre. Cela avait lieu durant un « picnic » où avaient été conviées les dames du régiment.
Je rentrais pour lui faire compagnie, raconte Chasot, lors-^ qu'en me demandant si j'étais sorti pour commander mon cercueil, il me porta, à un pas de la porte que j'avais fermée, et sans me laisser le temps de me mettre en garde, un coup de sabre à la tête qui m'atteignit à la tempe droite, et fendit d'outre en outre mon chapeau, garni d'un point d'espagne très-fort en argent, ce qui diminua la force de ce coup mortel. Je tirai mon sabre, et bientôt le combat fut à mon avantage. Après avoir d'un coup de sabre emporté Véguillette et parsemé la salle des lambeaux de son uniforme, je n'ambitionnais que la satisfaction de désarmer un homme plus grand et qui se croyait plus fort que moi. Je lui avais déjà fait faire le tour de la salle jusqu'auprès d'un fourneau où je voulus lui arracher le sUbre de la main; mais le pied me glissa et je regus un coup de pointe dans le bras droit qui perça jusqu'à l'os. La douleur que j'en ressentis m'anima trop contre mon adversaire, auquel j'eus le malheur d'enlever le crâne d'un coup de sabre contre la porte où j'avais reçu ma première blessure, et où il tomba roide *.
1. Blaze de Bury, le chevalier de Chasot (Michel Lévy, 1862)^ p. 60, 61.