‹ Voltaire et la société au xviii siècleChapitre 60 sur 342 · AMITIÉ DE FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

AMITIÉ DE FRÉDÉRIC

Mais, en dernier ressort, Algarotti jugea que l'expédition se pouvait faire sans lui et renonça finalement à en partager les fatigues. Sur l'invitation du prince royal, il se rendait en 1739 avec lord Baltimore, à Rheinsberg, pour voir Frédéric, que son amabilité, sa douceur, ses connaissances ravirent. Lorsque le prince alla recevoir l'hommage à Konigsberg, le monarque et le fils du négociant de Venise * étaient tête à tête dans la même voiture^, et c'était sur l'épaule d' Algarotti que sommeillait le roi'. Mais si l'auteur du Newtonianisme pour les dames ne dédaignait ni les distinctions ni les honneurs, en véritable Italien qu'il était, il chérissait encore plus son indépendance et le doux farniente. 11 voulait bien être l'ami du prince; mais toute chaîne l'eifrayait, et lui était en horreur. Frédéric, de son côté, n'est pas roi pour rien : il prétend que l'on ne s'éloigne pas, même pour un peu; il veut vous avoir sous la main à toute heure, et n'accorde pas le moindre congé sans bouderie et sans humeur. Deux ans plus tard, il écrivait à Algarotti, que ces servitudes avaient plus effarouché qu'ébloui : « Apparemment que vous avez oublié toutes les offres que je vous ai faites, à tant de différentes reprises, de vous faire un établissement solide dans lequel vous auriez eu lieu d'être content de ma générosité. Mais le mépris que vous faisiez d'une nation trop sotte pour avoir le bonheur devons posséder, vous a fait constamment refuser tous

1. Frédéric conférait le titre de comte à Algarotti le 20 décembre 1740.

2. Formey, Souvenirs d*un Citoyen (Berlin, 1789), t, II, p. 21 5.

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