PROJETS DE MARIAGE
d'en toucher le prix ne fut pas complètement étranger à son déplacement, quoiqu'il s'en défende avec indignation , dans sa Profession de foi. « Quant à l'intérêt, je ne pense pas qu'on puisse dire qu'il ait eu aucune part à ma conversion. Ce que j'étois auprès du roi de Prusse, le rang que je tenois à sa cour, soit par ma naissance, soit par les emplois que j'avois, les biens que je possédois, la fortune dontje jouissois, tous ces avantages, comparés avec la situation où je suis présentement, doivent faire connoître que l'intérêt n'a pas été le motif qui m'a engagé à changer de religion. » Malheureusement pour Pollnitz,ilne faut que lire ses Mémoires, cette longue odyssée où il court incessamment après la fortune sans jamais l'atteindre, pour reconnaître le peu de solidité de pareils arguments.
Mais son abjuration n'avait pas porté tous les fruits qu'il en attendait, et sa situation était assez critique même. D'une façon ou d'autre, il lui fallait battre monnaie, et il ne trouva point de meilleur moyen qu'un mariage de raison. 11 avait des engagements avec une vieille marquise fort tendre, malgré ses soixante et dix printemps, et dont les quatre-vingt mille livres de rente eussent merveilleusement relevé les affaires de notre galant. Le mariage était sur le point de se conclure, en dépit des obstacles que s'efforçaient d'y apporter deux fils, l'un et l'autre établis et qui n'envisageaient pas sans effroi un tel acte de folie, quand la dame, prise d'une indisposition sans gravité apparente, expirait dans ses bras, emportant avec elle tous ses projets de fortune et d'avenir*. PoUnitz, au désespoir, quitta
/. Baroa de PoJJnTtM, Mémoires (Amsterôam, tl^V^^X-AN <»\»^^
82 LA RUE QUINCÂMPOIX.
brusquement laFrance et passa en Hollande, avec récrin de la défunte, à ce que les méchants prétendirent.
Le baron s'éloignait pour un temps; il allait tâter le terrain à Vienne, à Dresde, à Madrid, en Prusse, et, l'épreuve faite, reprenait philosophiquement le chemin de Paris. Au moment où nous l'y voyons rentrer, l'écossais Law avait donné la fièvre au pays. Ton était en plein Système. PoUnitz, comme tout le monde, se précipita dans ce boueux pactole de la rue Quincampoix, qui roula un instanttout l'or de laFrance. « J'ai eu là, disait-il à Thiébault en lui montrant sa poche, quatorze cent mille francs bien comptés. » Ce n'était rien alors de gagner des millions; le tout était de s'arrêter, de réaliser, d'aborder le rivage qui semblait si près qu'on dédaignait de jeter l'ancre, et qui disparaissait comme un décor d'opéra , au moment où l'on s'y attendait le moins. Bref, PoUnitz eut foi au papier, s'entêta devant le discrédit qui commençait à l'atteindre, se crut fin en gardant des valeurs dont la dépression n'était sûrement que temporaire, et perdit tout. Mais ce fut là l'histoire des neuf dixièmes des agioteurs.
La fortune lui devait plus d'une revanche; au moins, en une circonstance capitale, le traita-t-elle en ami. Un jour, étant à diner dans une auberge, à l'entrée d'Étampes , il est abordé par un étranger qui lui demande de le laisser s'asseoir à sa table. Le survenant avait de bonnes manières, il était bien
à 31. PoUnitz, dans ses Nouveaux Mémoires (t. 1, p. 33t à 333), parle aussi d'une vieille coquette qu'il songe à épouser pour sa cas* ^elle, et avec laquelle il n*esi pas p\ua heure^w, «u ^li ^^ ^\ifi^\««