LES SOUPERS DE SCHOENHAUSEN
par cœur, parce que les articles que la princesse savait le mieux étaient ceux que son auguste époux lisait le moins. Elle s'amusait à traduire des livres d'édification, entre autres, la Dame en solitude^ de Sturm, qu'elle ne donna pas à revoir, on s'en doute bien, à Voltaire, « dont la méchanceté etles vilainies, nous dit l'abbé Denina , la dégoûtoient autant que son esprit la charmoit ^ » Si le dégoût était réel, on avait alors grand sqin de n'en laisser rien percer, et le poëte ne cessa de lui faire sa cour, jusqu'à son départ de Prusse. 11 est à croire, du reste, que son assiduité n'alla jamais jusqu'à être importune. On ne s'amusait guère au château de Schœnhausen, et la chère y était médiocre. La reine, soit qu'elle fût naturellement intéressée, soit qu'elle sentît le besoin d'une stricte économie, ne se ruinait pas en frais de représentation et en galas; et ceux qui avaient l'honneur de s'asseoir à sa table ne se trouvaient pas pour cela dispensés de souper chez eux. c( Je me souviens, raconte Thiébault, qu'un soir, madame la maréchale de Schmettau, déjà attaquée de la longue maladie dont elle est morte, n'eut, pour sa part, de tout le souper de la reine, qu'une cerise confite, bien que Sa Majesté eût recommandé qu'on eût grand soin d'elle *. »
Voltaire était autrement empressé auprès des frères de Frédéric, qui, muselés par une discipline inflexible, saisissaient avidement toute occasion de se divertir.
1. L'abbé Denina, la Prusse littéraire sous Frédéric II (BerHn, 1790), t. II, p, 16, 17. — Christian Bartiiolmèss, Histoire philoso» phique de F Académie de Prusse (Paris, 1850), t. I, p. 243.
2. Dieudonné Thiébault, Souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin (Didoï, 18G0), f. ï,p. 193.
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