BIBLIOTHECA
Ottaviens»»
in 2011 with funding from
University of Toronto
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http://www.archive.org/details/voltaireetleprOOvolt
Pourquoi ce volume? A quoi bon? N'avons-nous pas déjà trop de lettres de Voltaire?
Plusieurs réponses.
Pourquoi ce volume ?
L'éditeur de ces lettres écrivait Fliistoire d'un des hommes les plus complets du XYIIP siècle, du Président de Brosses. Or, dans sa Correspondance générale, on sait à quel point Voltaire traite le Président en ennemi. Jusqu'ici Ton n'a entendu qu'une des parties-, mais une impression n'en a pas moins été produite -, et si cette impression est contraire à la vérité , il faut en faire justice. Le biographe du Président de Brosses pensa donc naturellement à publier la correspondance de cet homme illustre avec Voltaire, comme pièces justificatives de son livre.
Mais la correspondance en question se liait a d^autres que Voltaire avait eues avec divers membres des cours souveraines de BourcO^o^ne. Force était bien d'entamer par conséquent ces correspondances et d'en détaclier quelques lettres , où Voltaire complète, sans le vouloir, la justification du Président.
D'autre part, fractionner ainsi des documents recommandés par le nom le plus populaire de toute la littérature moderne , n'était-ce point manquer en quelque sorte au public et mutiler à plaisir une collection inédite , collection qui avait son unité , puisqu'elle épuise à peu-près, nous le croyons, tout ce qui subsiste des relations de Voltaire avec la province cil il cboisitson dernier asile et qui a eules vingt années sinon les plus glorieuses , au moins les plus influentes et les plus curieuses de sa vie?
On se résolut donc à tout publier.
Puis , comme l'ouvrage était sous presse , il nous a été offert des lettres inédites de Voltaire au Roi de Prusse, lesquelles éclairent d'un jour tout-à-fait nouveau la rupture des deux Puissances et l'attitude peu majestueuse du poëte durant l'avanie de Francfort. — On n'a point cru devoir rejeter ce don tardif de la fortune.
Quand l'ordre des temps n'eût point marqué la place de cette correspondance avant toutes les autres, son importance aurait sufïi pour qu'elle ouvrît le volume que nous offrons au public. Seulement le petit nombre de feuilles dont elle se compose a reçu mie pagination à part , afin qu'il fut plus aisé
de détacher ces feuilles des lettres qui suivent et de les réunir soit au tome LVI de Fédilion de M. Beuchot, soit à cette partie des lettres de Voltaire , qui, dans les autres éditions , forme une division particulière sous la titre de Correspondance avec les Souve-
rains.
A QUOI BOK? Nous Talions voir.
Il y a dans Voltaire l'homme et l'écrivain.
Voltaire , écrivain , n'a rien fait de mieux que sa Correspondance j et si un homme d'esprit a de nos jours soutenu sans trop de paradoxe que la prose de Voltaire avait tué ses vers, ceci peut se dire surtout de sa prose épistolaire. Nulle part , certes , il n'étonne davantage. Nulle part il n'est plus net, plus varié , plus désinvolte et plus amusant. On ne se lasse point en vérité d'une causerie si preste et si spirituelle j et peut-être , en regard de notre littérature prétentieuse et tourmentée , un nouveau volume écrit de ce style vif et naturel peut paraître sans trop de désavantage.
Mais c'est l'homme surtout qu'il faut chercher ici. Voltaire , seigneur de paroisse ; Voltaire , capitaliste et homme d'affaires , est encore fort incomplètement connu. Il faut voir à soixante ans l'enfant gâté de l'Europe , le correspondant de Csiûierine- le- G 7 and et de Frédéric II , soigner avec une préoccupation et une insistance croissantes les
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plus minutieux détails de son importance locale. Il faut le voir faire en habit de gala son entrée dans sa comté de Tournev , entre ses deux nièces toutes en diamants , harangué par le curé et salué par les sujets, qui empruntent l'artillerie de Genève pour fêter sa prise de possession seigneuriale. — Nul esprit plus ingénieux à se créer des luttes et des affaires. Tantôt il importune un prince du sang pour se faire lieutenant des chasses ^ tantôt il s'agite en tout sens pour le syndicat de la noblesse de Gex. 11 est en d'incessantes hostilités avec tous les hommes d'église du canton. La gabelle n'a pas d'ennemi plus actif et plus délié. Il veut être le banquier du pays de Gex comme Paris de Montmartel est celui de la Cour. Le voici qui entre dans des spéculations sur le sel : il a des gentilshommes à lui qu'il fait ses ambassadeurs en Suisse pour cet objet. Puis il est remué par tout cela. Il prend au sérieux ces petites agitations. Il s'en émeut sincèrement avec cette mobilité de passion qui n'est qu'à lui. Ce sont tour-à-tour d'habiles argumentations d'avocat, des chicanes de procureur, des finesses de marchand , des hyperboles de poète , des accents d'une véritable éloquence. Sa lettre au président de Brosses pour de Croze contre le curé de Moens rappelle en vérité son Mémoire pour les Calas.
Voltaire d'ailleurs a tenu et tient encore à beaucoup d'égards dans l'opinion une place telle , qu'il est peut-être le seul écrivain sur lequel on ne puisse craindre de descendre à de trop minces détails. Il
(v) iiVst pas d'homme quHl importe plus d'étudier à fond, inlhs et in cute , si Ton veut impartialement apprécier la légitimité, fort contestable assurément, de son influence.
Il fut un temps où ce nom était un nom de parti. Ce temps s'en va. Déifier Voltaire ou le traîner aux gémonies serait de nos jours un égal anachronisme. L'éditeur de ces lettres n'en est pas à faire sa profession de foi : nul n'est moins que lui dévot à Voltaire. Mais il n'en croit pas moins que le moment est venu de le montrer tel qu'il est, sine ira et studio, et peut-être lui est-il permis de se rendre ce témoignage que , s'il montre parfois la sévérité d'un juge , sa publication est partout exempte de la sévérité d'un accusateur.
Toutes les lettres de Voltaire dont cette édition se compose ont été soigneusement collationnées avec les autographes. Il n'y a d'exception que pour celles qui sont adressées au premier Président de la Marche : nous n'en avons eu que des copies , mais de la meilleure source.
Les originaux existent, pour la première correspondance, entre les mains de M. Dubardde Curley, chevalier de St-Louis, à Nuits (Cote-d'Or); pour la seconde, dans celles de M. le comte Ernest de Erosses , petit-fils du Président -, pour la troisième , dans les portefeuilles de M. le comte Gabriel de Cordoue , petit-fi!s de M. Lebault \ pour les deux dernières , dans les archives de famille de M. le marquis de la Marche , petit-neveu du Premier Président ,
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et dans celles de M. le comte Richard de Vesvrotte^ fils du Président de Riiffey.
Un conseil nous a été donné , celui de respecter l'orthographe assez variable, et le dirai-je? les trèsrares solécismes de ces lettres. En se conformant à ce conseil jusqu'au scrupule, on a cru donner une garantie de plus de leur authenticité. Le lecteur y trouvera d'ailleurs la preuve irrécusable d'un fait déjà constaté : c'est que torihograplie de J^oltaire n'existe pas. L'éditeur n'en regrette pas moins les soins minutieux que lui a coûtés sa déférence , et il n'invite personne à suivre en ce point son exemple. 11 s'est gardé toutefois de reproduire servilement les autographes , quant à la ponctuation et aux accents , qui manquent parfois tout-à-fait. C'eût été en rendre la lecture trop pénible et trop difficile.
Quelques lettres déjà connues sont réimprimées ici \ leur omission aurait fait lacune à raison de l'étroite connexité de ces lettres avec celles que nous publions. Pour n'être pointaccusé de tirer au volume, on a cru devoir distinguer les premières en les imprimant d'un caractère plus fin. M. Beuchot avait , pour d'autres lettres, fait quelque chose d'analogue dans son excellente édition de Voltaire , à laquelle on s'est efforcé de rattacher le présent volume par des notes spéciales.
On ne s'est point cru obligé de relever toutes les légèretés irréligieuses dont surabondent les lettres qui viennent de cette source. Le nom de Voltaire a
( vn ) paru en général un avertissement et , si Ton ose le dire , une réfutation suffisante. Il fallait craindre d'ailleurs de multiplier les notes jusqu'à satiété. Mais toutes celles que réclamaient la pleine intelligence du texte et une connaissance moins imparfaite d'un temps qui commence à s'éloigner de nous , ont trouvé place au bas de chaque page. On voudrait avoir réussi à réunir deux qualités souvent peu conciliables ^ la clarté dans la concision. Le public jugera.
Th. FOISSET,