MAUPERTUIS, A VOLTAIRE
De Berlin, du 3 avril iy53.
Les gazelles disent que vous éles demeuré malade àLeyplzigj les nouvelles parliculières assurent que vous n'y séjournez que pour faire imprimer de nouveaux libelles ^ ^ pour moi, je veux vous faire savoir des nouvelles de mon état et de mes intentions.
Je n'ay jamais rien fait contre vous , rien écrit j rien dit 5 j'ay cru même indigne de moy de répondre un mot à toutes les impertinences que jusqu'icy vous avez répandues, et j'ay mieux aimé laisser courir des histoires de M. de la
' Cette lettre est imprimée dans la Nouvelle Bigarrure (t. m, mai 1753). Comme ce recueil est assurément fort rare et fort oublié , je crois devoir la réimprimer ici d'après la copie trouvée dans les papiers du chevalier de La Touche 5 c'est un prélude de l'avanie de Francfort.
^ CoUini insinue que ces nouveaux libelles (lesquels n'étaient, je crois, que des réimpressions de la Diatribe d'Akakia) furent le fait des libraires de FAllemagne et de la Hollande,
I,ETTRES DE VOLTAIRE. 33
Baumelle ' , dont j'avais le desaveu de lui par écrit, et cent autres faussetés que vous avez débitées pour tâcher de colorer votre conduite à mon égard, que de soutenir une guerre aussi indécente ^ la justice que m'a fait le Roy de vos premiers écrits, ma maladie, et le peu de cas que je fais de mes ouvrages ont pu jusqu'ici justifier mon indolence.
Mais s'il est vray que votre dessein soit de m'attaquer encore, et de m'attaquer comme vous avez déjà fait par des personalités, je vous déclare qu'au lieu de vous répondre par des écrits, ma santé est assez bonne pour vous trouver partout où vous serez et pour tirer de vous la vengeance la plus complette.
Rendez grâce au respect et à l'obéissance qui ont jusqu'icy retenu mon bras, et qui vous ont sauvé de la plus malheureuse aventure qui
vous soit encore arrivée^
' V. deux lettres de Voltaire à M. Roques (nos 1973 «t i976de redit, de M. Beuchot).
* Cette finale est citée par CoUini {Mon Séjour auprès de Voltaire , Vaih ^ 1807).
Dans la Diatribe d' Akakia ^ Voltaire fait commencer la lettre à ces mots : « Je vous déclare que ma santé est ce assez bonne; «et il finit par ceux-ci : « qui ont jusqu'ici « retenu mon bras. 55 II ajoute le mot : Tremblez l qui n'est pas dans la copie que j'ai sous les yeux,
VOLTAIRE , AU CHEVALIER DE LA TOUCHE
Je présente mes respects à monsieur le chevalier de la Touche, et Iny demande pardon de luy envoyer un si gros paquet par la poste ; mais il ne coûtera pas plus qu'une lettre de France. Je pars de Leipzik dans ce moment, et je seray à ses ordres loutte ma vie.
18 Avril.