‹ Voltaire et les comédiens interprètes de son théâtreChapitre 9 sur 71 · ZULIME JOCASTE · texte numérisé non relu

ZULIME JOCASTE

Le talent de Mlle Djimesnil (1), dont le nom figure parmi les premiers interprètes de Voltaire, mérite une étude spéciale par les succès que valut à l'auteur de Zaïre cette artiste, qui eût peut-être été la plus grande de son temps, si elle n'avait eu W^^ Clairon pour rivale.

Mlle Dumesnil obtint, dans les rôles de « mères tragiques », la renommée dont elle jouit pendant toute sa

,1) M"e Dumesnil (Marie-Anne-Françoise), fille d'un gentilhomme normand, naquit à Paris le 6 octobre 1711 et fut élevée chez son père à Fontenay-les-Louvets, près d'Alençon. De bonne heure elle manifesta un goût prononcé pour la lecture de nos auteurs tragiques et le désir de les interpréter. De 1733 à 1736 elle joua successivement sur les scènes de Strasbourg et de Gompiègne. Le 6 août 1737 elle débutait à la Comédie-Française dans le rôle de Clytemnestre d'Iphif/énieen Auli.de, et son succès fut tel qu'on la reçut le 8 octobre suivant. Elle prit sa retraite le 7 avril 1776, âgée de 65 ans. La Révolution la réduisit à la misère, mais la Convention lui accorda un secours de 3000 francs. Elle mourut le 6 décembre 1802.

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vie; tandis que M'Ie Clairon se faisait applaudir dans les rôles de jeunes princesses, en jouant Electre et Idamé, sa partenaire laissait d'impérissables souvenirs dans ceux de Mérope et de Sémiramis. Elle avait toutes les qualités désirables pour bien réussir dans cet emploi ; les qualités physiques d'abord : ni trop grande, ni trop petite, elle savait se montrer imposante. Son œil était expressif, terrible même, quand elle le voulait, et si sa voix ne pouvait rendre les notes émues et touo>liantes, elle suffisait aux plus grands éclats de l'emportement []). Ses gestes étaient brusques et maïF^ quaient de « rondeur et de moelleux », mais ces dernières qualités eussent été des défauts dans les personnages qu'elle avait à représenter. Enfin, par ses études, elle avait acquis une remarquable pureté de prononciation; rien n'arrêtait la volubilité de son débit, et lai^ chaleur et le pathétique de sa diction la rendaient/ incomparable dans le désespoir et la douleur. -^

Avec de semblables dons, M^i^ Dumesnil ne s'essaya pas longtemps en province. Les gentilshommes de la

(1) Tel est le portrait de M"'" Dumesnil, que M''^ Clairon donne dans ses Mémoires. On ne saurait y trouver quelque chose de blessant. Goste d'Araobat, qui rédigea les « Mémoires de M''^ Dumesnil en réponse aux Mémoires d'Hippolyte Clairon » (Paris, Ponthieu, 1823, collection des Mémoires dramatiques), livre qui montre toute la haine de l'auteur pour la « Demoiselle Hippolyte ». oppose les lignes suivantes au portrait que nous venons de citer : <( Une physionomie et des yeux « d'aigle, le plus grand caractère dans l'ensemble des traits, la plus grande noblesse dans sa démarche au- théâtre, et dans tous ses airs de la tête, la taille élevée: telle était l'inimitable Dumesnil. Elle est parvenue à l'âge de quatre-vingt-six ans sans porter aucune marque prononcée du ravage des années ; tandis que M"« Clairon est Temblème ambulant de réternité, qu'elle est de la décrépitude la plus ;< pittoresque, et qu'il semble que les grilles incisives du temps ont c ciselé son visage ; cette superbe reine n'est plus, en un mot, qu'une caricature de Téniers. »

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chambre, le duc de Rochechouart en particulier, l'appelèrent bientôt à la Comédie-Française, où, après avoir joué toutes les héroïnes de Corneille et de Racine, elle obtint, par son mérite, les premiers rôles de tragédie (1). Elle avait vingt-sept ans; cet âge ne lui permettait pas encore de se confiner dans les « emplois de mères ». Klle aborda les personnages de M^'e Duclos, et c'est par un rôle de jeune femme qu'elle commença ses créations dans le théâtre de Voltaire.

Zulinie fut représentée en 1740. M''^ Dumesnil, sociétaire depuis quatre années, était dans tout l'éclat de son talent. L'auteur, sur le point de distribuer les rôles de sa tragédie, n'hésita pas un seul instant à lui en confier le principal personnage. Il écrivit de Bruxelles à Mi'e Quinault (2) pour faire part de sa volonté à l'assemblée comique. Le poète ne se dissimulait pas que son ouvrage n'était ni neuf, ni original ; il avait « l'air d'un magasin dans lequel on a brodé les vieux habits de Roxane, d'Atalide, de Chimène et de Callirohé(3) »; mais en le jouant, les acteurs pouvaient déployer tous les mouvements des passions (4). Les mouvements de la passion, n'était-ce pas précisément ce que Ml'e Dumesnil excellait à rendre ? Zulime ne pouvait donc lui valoir que des louanges.

1) Les débuts de M"» Dumesnil à la Coniédie-Fram-aise août 1737} avaient été brillants, comme l'atteste ce quatrain :

Dans son bi'illant essai qù'applauilit tout Paris, Le suprême talent so développe en elle ; Et prenant un essor dont les yeux sont surpris. Elle ne suit personne et promet un modèle.

(Cf. Mercure de France^ septembre 1737, article : Spectacles. (2- Cf. Lettre de Voltaire à M"" Quinault ; Bruxelles, 16 février 17 iO.

(3) Cf. Lettre au comte d'Arffental ; 12 mars 1740.

(4) Ibid.

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Elle lui en valut en effet. Mais cette pièce, d'une intrigue bizarre et compliquée, toute pleine d'invraisemblances, ne put soutenir longtemps la représentation, malgré le talent de la principale interprète qui fut, au dire des contemporains, parfaite dans ce rôle d'amante malheureuse (1). Son désespoir était plein de grandeur et de dignité ; son silence était encore plus admirable et plus expressif que ses paroles. Mais écoutons le poète inconnu qui a conservé le souvenir de ce suQcès :

Non, tu n'es point une mortelle, Illustre Dumesnil, tes regards pleins de feux,

Ton port fier et majestueux, /^ D'un être plus qu'humain sont l'image fidèle.

Ta déclamation, exempte de défauts, \l/ Inspire à mon âme ravie

Un sentiment qui l'extasié, Et tes gestes jamais ne tombèrent à faux.

Oui, tandis que l'époux d'Attide

Te paraît un amant perfide.

J'ai vu tes yeux mêlés d'amour et de fureur : Et quand, pour tes bontés, plein de reconnaissance, Il se plaignait de causer ion malheur,

J'admirais jusqu'à ton silence.

Quelle précision ! quel art ! quelle grandeur ! Trois fois j'ai condamné trop d'amour dans Zulime,

(1) Sur l'échec de Zulime, il courut la plaisante épigramme que voici :

Epigramme faite après la première représentation de ZuUme.

Quand cet auteur, avide de succès, Qui maintenant invente comme il rime, Eut crayonné l'indécente Zulime, Pour enrichir le théâtre français, Ses partisans se disaient à l'oreille : Comme il profite en commentant Corneille ! On reconnaît dans ce chef-d'œuvre-là Le plan d'Agésilas et les vers dWttila.

(Cf. Anecdotes dramatiques, veuve Duchesne, Au Temple du goût, Paris.)

Et toujours ramené par ton jeu séducteur, Trois fois j'ai pardonné son amour et son crime.

Ramirea pu s'opposer à tes feux, Mais le parterre a dû te consacrer ses vœux (1).

MlieDiimesnil, après avoir fait applaudir Zulime, devait, avant de jouer Mérope, la plus éclatante de ses créations, remplir le rôle de Jocasle (2), qui peut être considéré comme une transition entre les personnages « d'amoureuses » et ceux de « mères tragiques ». Il y a loin, en effet, de la Jocaste de Voltaire à celle de

(1) Cette pièce n'est pas signée. Elle se trouve dans : « Les talents du théâtre célébrés par les Muses, ou éloges et portraits en vers des acteurs, actrices, danseurs et danseuses qui brillent aujourd'hui à Paris ». A Paris, chezMesnier, rue Saint-Séverin, au Soleil-d'Or, ou en sa boutique, au palais, Grand'Salle, même enseigne, n4.j, Bibliothèque de la ville de Paris, Musée Carnavalet, n° 12710.

Nous citerons encore un curieux document sur le succès de M"" Duniesnil dans le rôle de Zulime. C'est une lettre d'un comédien de province qui se termine ainsi : « Il l'aut finir cette longue lettre, et je vais " tâcher de l'égayer par quelques méchants vers impromptus car je » n'en fais point d autres), qui vous exposeront dune manière encore « plus précise la vive impression que j'ai ressentie dès la première re- « présentation de Zulime, jouée par une actrice des plus accomplies de « tout point qu'on ait encore vues sur la scène...

Siu- la trarjédie de Zulime, dixain en forme de dialogue.

Zulime a des défauts..,. Eh ! qui vous le dispute?

Oui n'en a point n'est pas mortel; Mais malgré son amour aveugle ou criminel,

Quand la Dumesnil l'exécuto, J'y retrouve Voltaire, et quittant la dispute,

J'éprouve un supplice réel.

Plus Ramive à mes yeux est ingrat et cruel, Plus de Zulime en pleurs je déplore la chute : A ses transports divers je suis moi-même en butte. Et dans mon cœur ému je lui dresse un autel.

Cf. « Lettre singulière du sieur de Lépine dit Floribel, acteur breton, à la Demoiselle de ***, directrice de la Comédie, à Quimper. A Paris, le 11 juin 1740 ». Mercure de France, juin 1740.

(2 ' Le rôle de Jocaste avait été joué à la création par M"« Desmares '■> c'est le seul rôle que cette actrice joua dans les œuvres de Voltaire. M"' Dumesnil interpréta Jocaste à la reprise de 1739.

Sophocle. L'héroïne de ce dernier, incestueuse malgré elle, est pleine de grâce et de pudeur. Lorsque les preuves accablent le malheureux Œdipe, elle s'éloigne en pleurant sur l'horrible sort de son époux, et se donne la mort dans une chambre de son palais, à l'abri.de tous les regards, pour ensevelir sa honte à tout jamais. La Jocaste de Voltaire est bien moins réservée. Que penser de son amour pour Philoctète, qu'elle a autrefois aimé, qu'elle ne revoit plus sans émotion, et qu'elle veut sauver de l'injuste accusation des Thébains en lui donnant le moyen de fuir ? Que penser de son audace qui ne l'empêche pas, quand elle sait toute l'étendue de sa faute, de reparaître devant Œdipe, et de faire préparer son bûcher aux yeux de la multitude ?

Passionné et pathétique par endroits, le rôle était gâté par de longues scènes d'amour, rappelant les fadaises que Voltaire lui-même reprocha plus tard à Crébillon. Tout porte à croire cependant que M"^ Dumesnil joua ce personnage avec succès (1). Malheureusement, nous n'avons pas de témoignages qui nous permettent d'être plus affirmatif. Le seul document que nous connaissions, relatif au jeu de la tragédienne dans le rôle de Jocaste, est une gravure coloriée, nous montrant l'artiste éplorée, le visage bouleversé^ en

(1) Nous lisons, en effet, dans le Mercure de France de décembre 1739, à l'article Spectacles : « La Demoiselle Dumesnil remplit excellemment le rôle de Jocaste qu'elle « avait déjà joué à la Cour ». Enfin de Larive écrivait dans son Cours de déclamation : « Tel est l'empire du talent, « telle est la force des impressions, que, malgré le nombre d'années « écoulées depuis l'époque où Mn' Dumesnil remplissait ce rôle (celui « de Jocaste), je trouve facilement dans ma mémoire toutes ses in- « flexions, tous ses beaux élans, toute sa manière de dire... » (Cf. Coitrs de déclamation prononcé à V Athénée de Paris, Delaunay, 1810, 2 vol. in-S°.)

proie à la terreur; mais, si ces jeux de physionomie s'accordent avec le caractère du personnage, que le costume de l'actrice est ridicule et invraisemblable, et que Voltaire dut souffrir de voir son interprète ainsi ' vêtue, lui qui se piquait d'exactitude historique et de V couleur locale ! L'on comprend son enthousiasme et les encouragements qu'il donne à la réforme apportée par M"« Clairon aux habits de tragédie, lorsqu'on voit une Jocaste poudrée et empanachée, avec une robe de satin blanc, à paniers roses et verts M).

Zulime..et Jocaste furent des rôles secondaires de M"^ Dumesnil ; hàtons-nous d'arriver à ses créations importantes, qui la firent placer par Voltaire au nombre des plus grandes actrices du xvuf siècle.

(1) Disons-le tout de suite, pour n'y plus revenir. M»' Dumesnil ne devait jamais « observer la couleur locale » dans ses costumes.

Voici la description qu Arnault, le vieil amateur dramatique, fait de la robe que la tragédienne portait dans Sé/« n-«»2 /s ;» Elle avait une « robe de velours cramoisi, garnie en hermine ainsi que la jupe; son .. corset était orné de nœuds en diamants ; elle portait au col un carcan « de diamants et à ses oreilles deux girandoles de diamants, comme a « Versailles les dames de la Cour. Cela était si royal, que si, au heu « d'être coiffée en cheveux, comme les convenances l'exigeaient, elle ,< eût mis avec cet habit le bonnet monté, les rubans ponceau et la « coiffe de dentelle noire, on l'eût prise pour la reine alors régnante. » (Cf. les Souvenirs et les regrets du vieil amateur dramatique, Pans, Alphonse Leclère, 1861. Septième lettre, i

Une gravure de Whirsker nous montre M"' Dumesnil dans Merope. La veuve de Cresphonte est vêtue d'une robe de soie noire à paniers. La jupe est garnie de « chicorées ». Derrière le corsage décolleté, tlottent de longs « suivez-moi, jeune homme ». Les cheveux de l'actrice sont ornés d'une large touffe de plumes.

Dans le rôle de Clytemnestre, l'habit de la tragédienne n'était pas moins extraordinaire : une jupe à paniers de velours : un corsage ouvert en rond, taillé en pointe et brodé d'or. Un manteau de cour en soie à fleurs et comme coiffure l'inévitable panache.

Les grands rôles de M'ic Dumesnil dans les œuvres de Voltaire :'

MéHOPE. SÉ3IIKAMIS

Le seul rôle de Mérope eût sufli à rendre célèbre le

nom de W"" Dumesnil, tant elle y fit preuve de talent,

disons même de génie. Et cependant ce rôle était d'une

grande difficulté, étant l'àme d'une œuvre d'un ^enre

nouveau, auquel le public français n'était pas encore

habitué. Voltaire avait composé une tragédie sans

amour, sans déclaration galante, où l'on ne trouvait pas

une scène pour « l'amoureuse », une tragédie comme

on n'en avait pas vu depuis Athalie. Grand admirateur

de l'antique simplicité du théâtre grec, il avait souvent

souhaité de débarrasser notre scène tragique de la

galanterie quintessenciée qu'y avaient introduite les

successeurs de Racine. Son désir était de faire éprouver

à ses auditeurs des émotions semblables à celles que

ressentaient les Athéniens en entendant Philoctète ou

les Euménides. 11 en avait déjà fait l'essai dans Œdipe ;

son œuvre n'avait été reçue qu'à correction ; pour se

faire jouer, il avait dû céder aux caprices de la mode et

des comédiens, en écrivant une scène d'amour pour

M"*' Desmares. Mais en 1743, il avait fait applaudir

Zaù^e et Mahomet, il était passé maître, et les succès

précédemment obtenus facilitaient l'épreuve qu'il allait

tenter. Sa nouvelle œuvre l'enthousiasmait : c'était une

vraie tragédie. Il n'était pas cependant sans inquiétude

sur le sort de sa pièce. Il confiait ses peines à ses anges, à sa chère Emilie ; cette dernière le rassurait, sans être très rassurée elle-même, bien qu'elle comptât beaucoup sur le talent de M"*^ Dumesnil, à laquelle Voltaire avait confié le principal rôle.

«... Mérope peut réussir surtout avec M"^ Dumesnil ; mais je ne sais si on doit la hasarder, c^est à vous de décider (1)... »

Le comte d'Argental avait surveillé les premières répétitions de Mérope ; Voltaire quitta Cirey, où il se trouvait en séjour, pour venir diriger les études de son œuvre. Il parut satisfait du travail des comédiens qui jouaient « avec chaleur » , et complimenta M"*^ Dumesnil . Cependant la célébrité que la tragédienne devait s'acquérir dans ce rôle et soutenir pendant vingt années, ne fut pas à l'abri du sarcasme de l'auteur. Il trouva que l'artiste ne mettait ni assez de force, ni assez de chaleur dans la grande scène du quatrième acte, oii Mérope invective Polyphonie. Elle disait froidement, sans assez d'expression, le célèbre couplet :

... Commencez donc par m'arracher la vie (2).

Le poète l'interrompit et récita lui-même le passage pour en indiquer le ton. « Il faudrait, s'écria M"*^ Dumesnil, avoir le diable au corps pour arriver au ton que vous voulez me faire prendre. — Eh ! vraiment oui, Mademoiselle, luiréponditVoltaire, c'est lediableau corps qu'il faut avoir pour exceller dans tousles arts (3).»

(1) Cf. Lettre de la marquise du Chàteiet au comte d'ArgentaL Cirey, '•'y décembre 17 i3.

(1) Acte IV, scriie ii.

(2) Cf. Mémoires de Lekain.

"IBIB^'î

M"® Dumesnil acquit ce « diable au corps » que lui souhaitait Voltaire, et rompit en cela avec toutes les traditions de notre scène. « Elle osa, pour la première fois, courir sur le théâtre », et Ton applaudit à cette innovation. On croyait auparavant que « courir blessait la dignité tragique ». Jamais les Duparc, les des Œillets, les Duclos, même dans les scènes les plus violentes de Racine, n'auraient eu une telle audace. Le public revint de son préjugé, lorsqu'il vit M'"' Dumesnil s'élancer, les yeux égarés, la voix entrecoupée, levant «ne main tremblante pour immoler Egisthe (1). Mais on ne rompt pas impunément avec une tradition, même avec une tradition ridicule. Quelques vieux amateurs de théâtre murmurèrent, et dans leur nombre, Fréron cria le plus fort : le jeu de M"'= Dumesnil était insensé ; «'était celui d'une folle. Le Fort-l'Evêque n'était pas de trop pour châtier une actrice aussi coupable. Fréron eut beau faire, le parterre avait applaudi ; son jugement était sans appel. Voltaire d'ailleurs, transporté d'admiration, se plaisait à peindre les moindres gestes de son inler^rète : Vson évanouissement entre les bras de ses femmes, quand Narbas l'arrête et qu'elle laisse tomber I le poignard destiné à son propre fils ; son réveil « avec f les transports d'une mère », quand, s' élançant aux yeux de Polyphonie, elle traverse en un clin d'œil tout le théâtre, les larmes dans les yeux, la pâleur sur le front, des sanglots dans la voix, les bras étendus et •qu'elle s'écrie : « Barbare, il est mon fils !j^ « Nous avons vu Baron, écrivait le poète enthousiasmé, il était noble

(1) Cf. Voltaire : Appel à toutes les nations : des divers changements arrivés à l'art tragique.

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