AVANT-PROPOS. TU
Lettres et Mémoires du professeur Jacob Vernet.
Après avoir extrait de ces documeats les faits qui m'ont paru offrir le plus d'intérêt, j'ai donné, durant l'hiver de 1856, un cours public sur les rapports de Voltaire avec les Genevois.
Ce travail livré à l'impression a rencontré beaucoup de bienveillance, et la première édition étant épuisée, M. Gherbuliez en publie une seconde où nous avons fait quelques changements autorisés par des documents récemment venus à notre connaissance.
Génère, 7 octobre 1856.
Genève et la philosophie du XYIII* siècle. — Raisons qui déterminèrent Voltaire à choisir la vallée du Léman pour sa demeure définitive.
Lorsqu'un peuple adopte un principe généreux, il doit s'attendre infailliblement à susciter unelutte acharnée de la part des adversaires de cette idée. Genève a fait une rude expérience de cette vérité. Au XVP siècle, notre ville entreprit de protéger la liberté de conscience telle qu'elle pouvait être comprise à cette époque, en même temps que la foi chrétienne réformée devenue celle de ses enfants. Une aussi noble mission, dont l'ultramontanisme saisit dès l'abord la vaste portée, ligua contre elle de redoutables ennemis. Rome, Madrid et Turin voulurent détruire une cité qui, sans territoire, sans richesses, sans armée, osait défendre avec succès les principes de la réforme et ses soldats persécutés (1).^
(I) Les correspondances diplomatiques échangées au XYI* siècle entre Rome, Madrid et Turin, établissent ce fait d'une manière
Cette lutte dura plus de deux siècles. Aussi lorsque, vers Tannée 1760, les philosophes français proclamèrent la doctrine de la tolérance religieuse, Genève s'asioci^L de oœur au mouvement qu'ils déteiminèrent, et se réjouit de voir son plus précieux privilège s'étendre sur les nations voisines. Toutefois cet accord entre les libres penseurs français et la cité de Calvin ne put être complet, car Genève, en repoussant le despotisme romain, avait toojours entendu garder la foi chrétienne dans son intégrité, tandis que les philosophes voulaient envelopper dans la même ruine le fanatisme religieux et la religion elle-même. Genève fut donc obligée de séparer sa cause de celle des hommes qui refusaient à la Divinité toctte part dans lè ^ouvememeiH du monde, et proclamaient qu'en morale fa liberté pour chacuti de faire ce que bon lui semble est la règle unique de la conscience humaine. Grâce à sa puissante organisation religieuse, notre cité fut longtemps préservée de Tincrédulité française ;elle sut déployer contre ces doctrines nouvelles l'énergie qu'elle avait manifestée autrefois envers les vieilles superstitions romaines. Les magistrats, les savants et les pasteurs genevois s'unirent étroitement pour préserver leur ville d'un matérialisme grossier, et leurs efforts furent couronnés de succès positifs. Mais là position des amis du christianisme devint bien difficile à Genève, lorsqu'en 1755 Voltaire résolut àe se fixer dans la vallée du Léman.
Le p'hilosophe, devenu vieux, désirait trouver le calme et l'indépendance sur la terre classique du protestantisme,
éf idMté : il fUlttt atout prix qoe GeBèvet ref^àe Théràiie, fût conveiKe on détruite*
mais son esprit esseotieitoment dornivateur voukit bieiip tôt imposer ses vues et ses tendances aux bommes qui hii donnaient l'hospitalité. Il forma le plan de transforaier Genève à Timage de ta société française, et, durant vingt années, il multiplia ses efforts et ses travaux, afin, di-» « sait-il, de pervertir cette cité pédante qui conservait a un bon souvenir de ses réformateurs, se soumettait « aux lois tyranniques de Calvin et croyait à la parole de « ses prédicants. » .
Voltaire avait soixante et un ans lorsquHl choisit la Suisse romande pour y venir établir sa demeure. A cette époque, sa gloire remplissait le monde entier, son esprit ne connaissait pas de rival, et comme poète il était arrivé à se faire placer par ses contemporains bien près de Corneille et de Racine. Une faveur, fort rare au commence^ ment du XVIII* siècle, s'attachait à sa personne : il avait maintes fois, dans ses poésies et dans ses drames, attaqué le fanatisme, et les Français qui acceptaient sans remords le sanglant souvenir de la Saint «Barthélémy, et qui n'éprouvaient que la plus tranquille indifférence pour les derniers bannissements de la Révocation ou les massacres du Désert, applaudissaient à ces beaux vers dans lesquels Voltaire flétrissait la tyrannie religieuse, et sentaient quelques idées vagues de tolérance se glisser et germer dans leurs cœurs.
Néanmoins, en môme temps, Voltaire se faisait d'ardents ennemis, ses adversaires multiplièrent leurs efforts pour lui nuire et malheureusement, ce qui rendit les attaques plausibles, c'est qu'il ne sut ou ne voulut point séparer l'Evangile, des crimes commis par les passions humaines armées en son nom. En effet Voltaire confondit toujours la loi de Jésus-Christ avec les misères de
la superstition et les cruautés du fanatisme, et cette erreur, involontaire ou raisonnée, lui aliéna les hommes sincèrement religieux ; toutefois, ceux qui crièrent le plus fort furent les gens qui faisaient de dévotion métier et marchandise, et qui cherchèrent à venger leur cause personnelle et leur domination temporelle fort compromises par les attaques du philosophe satirique. Ces dévots adversaires étaient si puissants k Paris, que malgré les triomphes intellectuels de Voltaire, malgré Tenthousiasme universel excité par la Henriade, Mérope, Zaïre et Mahomet, lorsqu'en 1746 il fut question de recevoir le grand poëte k l'Académie française, ses partisans durent amadouer le parti des jésuites, et Voltaire lui-même dut écrire une lettre où il protestait de son respect envers la religion en général et de son attachement pour les jésuites en particulier. Le philosophe Gondorcet, qui approuve toutes les actions de Voltaire, ne peut s'empêcher de dire que, malgré l'adresse avec laquelle sont ménagées les expressions dans cette lettre, il eût mieux valu renoncer k l'Académie que d'avoir la faiblesse de l'écrire. Il est vrai de dire que ces sortes de palinodies ne coûtaient guère au philosophe, et nous aurons plus loin plus d'une occasion de le montrer k nos lecteurs.
Bientôt après sa réception k l'Académie française, Voltaire se rendit en Prusse, sur l'invitation pressante de Frédéric le Grand. Il y resta jusqu'en 1753 : k cette époque, il fut obligé dQ quitter Berlin, où un plus long séjour lui était devenu impossible par suite de son inépuisable malice ; Frédéric lui-môme était outré de plaisanteries par trop' acérées k l'endroit de ses royales poésies. Peu soucieux de revenir en France, où il savait que
ses ennemis ne manqueraient pas de l'entourer d'intrigues et d'embarras de tout genre, sachant d'ailleurs que l'impression de ses ouvrages s'exécuterait difficilement à Paris, il songeait déjà k la Suisse, lorsqu'il fut visité, à Colmar, par Gabriel Cramer, libraire genevois, qui lui proposa de publier à Genève quelques-uns de ses travaux. — « Vous êtes imprimeur? lui dit Voltaire dans sa première visite, — je vous aurais pris pour a un maréchal de camp, » et tout de suite il se prit d'une vive affection pour ce libraire d'apparence si distinguée. Foitifié encore dans sa première idée par les encouragements d'un Vaudois, M. do Polier, le poète philosophe vint faire d'abord quelque séjour à Pragins, puis, en 1755, il résolut de partager son temps entre Lausanne et Genève. Les registres du Conseil genevois portent en date du 1*' février 1755 : « On a lu une lettre « de M. de Voltaire adressée à noble Tronchin, par lace quelle il prie (1) Messieurs de lui permettre d'habiter « le territoire de la république, alléguant l'état de santé « et la nécessité où il est de se rapprocher de son mé- « decin, spectable Tronchin : l'avis a été de permettre « audit sieur de Voltaire d'habiter le territoire de là « République sous le bon plaisir de la seigneurie. )>
(I) Ternie honorifique s'adressant aux magistrats de Genève.
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Voltaire à Lausanne. — Sa description da pays. *- La comédie à Montrion. — Ses rapports avec les baillis bernois. — » Voltaire et Haller. — Voltaire et M. Bertrand. — M. Polier et VEnqfclopédi0, ~ Raisons qui engagèrent Voltaire à quitter le pays de Vaud.
Les catholiques ne pouvant, à l'époque dont nous parlons, acquérir des propriétés à Genève, un négociant fort connu de notre ville, M. Labat, acheta le plateau de Saint- Jean pour le compte.de Voltaire, et celui-ci s'empressa d'y construire une somptueuse demeure. En attendant qu'elle fût prête, il acquit à Montrion, près d*Ouchy, une maison d'hiver ; en outre, il acheta un magnifique hôtel à Lausanne, rue du Grand-Ghéne, n* 6 ; enfin il fit l'acquisition de deux terres en France, dans le voisinage immédiat de la frontière genevoise, l'une k Ferney, l'autre h Tournay (Pregny). Voici comment Voltaire s'exprime au sujet de ces propriétés :
« Toutes ces résidences me sont nécessaires. Je suis « charmé de passer facilement d'une frontière k l'aù- (( tre : si je n'étais que Genevois, je dépendrais trop de (( Genève; si je n'étais que Français, je dépendrais trop (( de la France. Je me suis fait une destinée k moi tout a seul : j'ai un drôle de petit royaume dans un vallon
i( suisse. Je suis comme le Vieux de la Montagne : atec « mes quatre propriétés je suis sur mes quatre pattes ; H Hontripn est ma petite cabine, mon paJais d'hiver à « l'abri du cruel vent du nord ; puis je me sois arrangé « une maison à Lausanne, on l'appellerait palais en Ita- « lie, jugez-en : quinze croisées donnent sur le lac» à n droite, à gauche et par devant ; cent jardins sont aur « dessous de mon jardin, le bleu miroir du lac les baia gne; je vois toute la Savoie au delà de cette petite « mer, et, par delà la Savoie, les Alpes, qui s'élèvent a en amphithéâtre et sur lesquelles les rayons du aoleil « forment mille accidents de lumière... Je voudrais, « dit-dl àd'Alembert, je voudrais vous tenir dans cette c demeure délicieuse : il n'y a point de plus bel aspect « au monde, la pointe du Sérail à Constantinople n'a « pas une plus belle vue... »
La vie matérielle n'était pas moins du goût de Voltaire, et tout en se lamentant, comme il le fit sans cesse, de n'avoir point d'estomac, il pouvait écrire à ses amis : a Allez, nous ne sommes pas bien à plaindre; nous « avons le bon vin de la Côte, l'excellent vin de La- « vaux, nous mangeons des gelinottes, >des coqs de « bruyère et des truites de vingt livres. »
Sous le rapport social enfin, Voltaire se montrait également satisfait du séjour de Lausanne. Il ne pouvait se passer d'un peu de philosophie et à^histrionage : entouré d'un cercle nombreux d'hommes de talent et de femmes d'esprit, il leur faisait jouer ses plus récentes créations théâtrales. Les trois pièces qui réussirent le mieux furent : Adélmde du GuescUn, Y fin font prodigue et Zaïre; aussi appelait-il. ces drames : mes oinaux du lac Léman. Les acteurs de la noblesse vaudoiseluisem*
blaient parfaits et lui-même se regardait comme un tragédien sans rival : « Je joue le bonhomme Lusignan, et (( je vous avertis, sans vanité, que je suis le meilleur H vieux fou qui soit dans une troupe. Nous avons un « très-bel Orosmane, le fils du général de Constant, un «Nérestan excellent, un joli théâtre, une assemblée n qui fond en larmes ; tout le monde joue avec chaleur, a Vos acteurs de Paris sont à la glace. Les étrangers ac- « courent de trente lieues à la ronde, et mon beau pays . « romand est devenu Tasile des arts, des plaisirs et du « goût. On croit chez les badauds de Paris que toute la c Suisse est un pays sauvage ; on serait bien étonné si « l'on voyait jouer Zaïre ^ Lausanne mieux qu*on ne la « joue à Paris : on serait bien plus surpris de voir deux « cents spectateurs aussi bons juges qu*il y en ait en « Europe. Les acteurs^ sont formés; ce sont dés fruits « que les Alpes et le Jura n'avaient point encore portés. (( César ne prévoyait pas, quand il vint ravager ce petit « coin de VBrre, qu'on y aurait un jour plus d'esprit « qu'à Rome. »
Avec le gouvernement bernois, alors maître du canton de Vaud, Voltaire était dans les meilleurs termes, bien qu'il ne se gênât nullement pour railler sans pitié la roideur et la tenue compassée dès seigneurs baillis. II se plaisait en particulier â raconter la conversation suivante : — « £h ! que diantre. Monsieur de Voltaire, « loi disait un de ces hauts dignitaires, vous {aites donc (( toujours tant de vers? A quoi bon, je vous prie?
Tout cela ne mène à rien... Avec votre talent, vous « pouviez cependant devenir quelque chose dans ce « pays-ci... Voyez! moi, je suis bailli!... »
Si, au point de vue de la comédie et de la société,
les choses marchaient au mieux selon les désirs de Voltaire, à celui de la philosophie, il éprouvait bien certains mécomptes : accoutumé à tout voir fléchir devant ses railleries, traitant les choses religieuses avec une déplorable légèreté, il rencontra chez plusieurs personnes de Lausanne des résistances qui le chagrinaient fort. Le grand Haller surtout lui causait une sorte de frayeur respectueuse : cet homme, unissant une piété profonde à un génie scientifique des plus étendus, lui semblait un phénomène inexplicable ; il voulait à tout prix obtenir ses louanges, et le savant bernois conservait une haute franchise qui n'épargnait aucun travers. Un jour Haller vit représenter Zaïre, et comme les spectateurs enthousiasmés lui demandaient son opinion, il leur signala, saos se gêner, un défaut capital dans la pièce : Voltaire, cela ne pouvait manquer, fut instruit séance tenante de la critique du Bernois; sans la relever, il entama bientôt après un magnifique éloge de Haller. « — Eh ! Monsieur de Voltaire, lui dit un au- « diteur, vous louez bien fort M. de Hallét*, qui parle « de vous sur un ton tout différent I — Vous avez rai- « son, mais il se peut bien, au fait» que nous nous « trompions tous deux. »
Un autre savant bernois lui inspirait des. sentiments très-mélangés ; c'était M. Bertrand, pasteur k Yverdon. Tout en le respectant, il rfe pouvait s'empêcher de le railler saps pitié, mais Voltaire n'avait pas toujours le meilleur Mie dans la dispute. Le monde savant était alors fort préoccupé de récentes observations faites ^ur les coquillages fossiles qui se trouvent k de grandes élévations sur les montagnes, et dans la présence desquels les géologues suisses voyaient la preuve de la dernière
ioondatioB ou déluge qui avait ravagé le gMbe. Voltaire se moqua à outrance de cette idée et déclara que ces coquillages avaient été certainement semés par les pèlerins qui traversaient les Alpes au moyen âge. M. Bertrand lui ayant montré l'absurdité d*une pareille supposition, le philosophe lui répondit : a Je crois que les a Prussiens seraient plus capables de venir en France c que les huîtres de Malabar d'être venues sur les Ala pes,... si les poissons des Indes étaient arrivés chez « nous comme nos missionnaires vont chez eux, ils y « auraient multiplié et oh les trouverait ailleurs que « sur nos montagnes. » Ces railleries cachaient mal le dépit de Voltaire, qui était véritablement malheureux lorsqu'il ne pouvait avoir raison des hommes sincèrement attachés aux idées religieuses.
Il eut du reste la satisfaction de pouvoir se dédommager amplement avec un des baillis : c'était celui de Lausanne ; froissé de certains rapports qu'on lui faisait touchant des propos tenus par Voltaire, il alla le voir : « Monsieur de Vohaire, on dit que vous écrivez contre « le bon Dieu... c'est mal, mais j'espère qu'il vous le « pardonnera ; on ajoute que vous déblatérez contre la « religion,... c'est fort mal encore,... et contre Notre- (c Seigneur Jésus-Christ lui-même... c'est mal aussi; « mais j'espère toutefois que lui aussi vous le pardon- « nera dans sa grande miséricorde. Mais, monsieur de « Voltaire, gardez-vous bien d'écrire contre Leurs Exce cdlences de Berne, nos souverains seigneurs, car a vous pouvez bien compter que Leurs J^xcellences ne « vous pardonneraient jamais!... d Lors€[ue Voltaire avait de nouveaux convives, il ne manquait pas de les régaler de cette anecdote.
GcHs habitudes railleuses finirent par troubler son séjour à Lausanne ; nombre de ses amis et de ses admirateurs furent blessés de quelques traits par trop rudes, et quelques-uns ne reparurent plus dans son salon. Un autre incident rendit sa position encore plus pénible. Il était lié depuis plusieurs années avec M. Polier de Bot^ tens, père de M'"'' Isabelle de Montolieu, et pasteur à Lausanne. Il le pria de faire pour V Encyclopédie Tarticle Messie. M. Polier accepta^ «t Voltaire ne doutant pa8*appai*emment que ce morceau ne fût dans le goût des incrédules, écrivit dans un mouvement de joie à d'Alembert : « Les lévites abandonnent l'arche, voici un tt travail d'un prêtre hérétique de mes amis. » Comme eet article contenait une description simple et positive de la personne de Jésus, envoyé divm^ il ne plut guère à Messieurs de V Encyclopédie^ qui ne crurent pas toutefois devoir le refuser de la main de Voltaire, et l'artide fut imprimé sans modification, bien que Voltaire eût écrit : « Si mon prêtre vous ennuie, brûlez ses guenilles. Il m'a donné un mémoire intitulé Liturgie que j'ai toutes les peines du monde à rendre chrétien. » Ce furent précisément ces peines prises par Voltaire qui commencèrent à le brouiller avec son ami : cette manière de christianiser ses écrits ne pouvait en effet plaire beaucoup à M. Polier. La rupture fut achevée par une autre circonstance qui fait peu d'honneur k Voltaire. On sait qu'un nommé Saurin, parent du célèbre prédicateur et pasteur à Berchier (canton de Vaud), s'enfuit de sa cure et vint k Paris, y fut converti par Bossuet et reçut de Louis XTV une pension de 1,500 livres ; comme il était bon géomètre, on le fit entrer k l'Académie des sciences. Plus tard, des hommes impartiaux voulurent
savoir la vérité touchant son histoire et les motifs de son changement de religion. Il fut prouvé par les registres de la classe des pasteurs d'Yverdon que ledit Saurin avait quitté son poste aûn d'éviter une condamnation pour vol. M. Polier, sachant que Voltaire protégeait beaucoup Saurin, lui communiqua le procèsverbal établissant qu'un jour ce misérable^ faisant une prière à la dame du château de Berchier^ avait décousu et soustrait les galons d'or du fauteuil de la malade.
Voltaire feignit l'indignation, mais il déchira secrè-^ tement le document accusateur. Après la mort de Saurin, une discussion s'étant engagée k son sujet, M. Polier voulut recouvrer les pièces importantes du procès : Voltaire avoua qu'il les avait détruites, et M. Polier rompit toute relation avec le poète.
Comme la famille Polier tenait un rang élevé dans Lausanne, cette rupture acheva de désorganiser le cercle de Voltaire ; des paroles de mauvaise humeur éloignèrent plusieurs dames, et le philosophe, sentant décliner son influence, prit le parti de se défaire de ses propriétés dans le pays de Vaud et de se fixer définitivement à Genève et à Ferney.