‹ Voltaire et Rousseau jugés l'un par l'autre; pièces du procèsChapitre 112 sur 154 · STATUE DE ROUSSEAU · texte numérisé non relu

STATUE DE ROUSSEAU

avec cette inscription :

Au NOM DU PEUPLE FRANÇAIS,

LA Convention nationale

A J.-J. Rousseau.

An 11" DE LA République.

« Sixième groupe : habitants de Franciade ' et des communes de Grolay et de Montmorency. Inscription: «C'est au milieu de nous qu'il ûi Héloïse, Fmileetle « Contrat social. »

« Septième groupe: habitants de la commune d'Ermenonville autour de l'urne cinéraire, sur laquelle seront tracés ces mots : Ici repose l'ami de la nature et de la vérité.

<( Huitième groupe, de Genevois avec l'ambassadeur de la République. Inscription : « Genève aristocrate « l'avait proscrit, Genève régénérée a vengé sa mémoire. »

« Neuvième groupe : la Convention nationale entourée

1. Nom donné à la ville de Saint-Denis, à l'époque de la Révolution.

d'un ruban tricolore et précédée du phare des législateurs, le Contrat social...

« On demande que la veuve de J.-J. Rousseau soit invitée à assistera la translation des cendres de son mari.

Lakanal. — D'après les renseignements que j'ai pris dans les lieux où Jean-Jacques a passé ses dernières années et d'après les sentiments qu'il paraît avoir éprouvés dans les derniers jours de sa vie , je crois que la Convention a assez fait pour la veuve de Jean-Jacques en lui accordant une pension...»

Cette conclusion est sévère, mais juste au dernier point ; Thérèse Levasseur fut une femme sans cœur pour l'homme qui l'avait associée à son existence...

Maintenant, sans nous arrêter à faire remarquer la niaiserie emphatique qui caractérise le discours de La- KANAL et surtout le dispositif de la fête, voyons, toujours d'après le 3/0?? /^e»r de l'époque, comment le programme en fut rempli.

Le 41 octobre 1794 eut enfin lieu la fête si longtemps attendue en l'honneur du citoyen de Genève.

« L'Assemblée constituante avait décerné une statue à l'auteur du Contrat social; c'était un hommage public qu'elle rendait à ses vertus et à ses talents, mais ce monument qu'elle élevait à sa gloire ne suffisait pas à la reconnaissance nationale. Les portes du Panthéon devaient s'ouvrir pour recevoir les restes précieux de ce bienfaiteur du monde.

« Un décret de la Convention avait ordonné que les cendres de Jean-Jacques seraient transférées dans le temple des grands hommes et avait fixé au 20 vendémiaire la cérémonie de cette translation. Le 18, on avait enlevé de l'ile des Peupliers son urne cinéraire.

« Le 19, le cortège se mit en marche pour Paris et ar-

riva vers six heures et demie du soir à la place de la Révolution. 11 s'arrêta au pont tournant, aux pieds de la Renommée qui semblait annoncer à l'univers l'apothéose d'un grand homme. C'est là qu'une députation delà Convention est venue recevoir les restes de Rousseau et que l'Institut national de musique a commencé à exécuter les airs du Devin du village.

« La foule se pressait autour du char sur lequel reposaient les cendres de Rousseau... Sur un des bassins du jardin national ' , on avait formé une espèce d'île entourée de saules pleureurs qui rappelaient aux spectateurs les pièces d'eau d'Ermenonville. C'est au milieu de cette île factice, sous un petit édifice de forme antique, que l'on a déposé l'urne de Jean-Jacques. Elle y a reçu les hommages du peuple jusqu'au moment de sa translation au Panthéon.

« Décadi, dès 9 heures du matin, les citoyens se portaient en foule au jardin national; tout annonçait une fête d'un peuple libre. Lorsque tous ceux qui devaient former ce cortège furent assemblés, la Convention na-r tionale quitta le lieu de ses séances, et du haut de cette vaste tribune qui couvre le péristyle du palais le président lut les décrets rendus pour honorer la mémoire de Rousseau...

<( Un groupe de musiciens ouvrait la marche et exécutait des airs de la composition de Jean-Jacques. Cette musique simj>le et pleine d'expression faisait éprouver à l'âme un attendrissement religieux relatif à la circonstance.

« Pour se consoler de l'injustice des hommes, Rousseau s'était livré à l'étude de la nature. La botanique, cette étude qui suppose des goûts simples et vertueux,

\. Lo jardin <lu palais des Tuilorios.

avait occupé Jean-Jacques à différentes reprises de sa vie; des botanistes devaient donc faire partie du cortège; on en voyait un grand nombre, au milieu desquels on portait des fleurs, des plantes et des fruits.

« L'auteur d'Emile, en mettant dans la main de son élève les instruments qui servent aux arts mécaniques, avait réhabilité les arts utiles; un groupe d'artistes et d'artisans précédait sa statue.

(( Derrière la statue, on voyait des mères, dont les unes tenaient par la main des enfants en âge de suivre le cortège et d'autres qui en portaient de plus jeunes dans leurs bras... On se rappelait, en voyant ce groupe intéressant, que si les mères allaitent aujourd'hui leurs enfants, ce fut l'éloquence de Rousseau qui les rendit à ce devoir sacré.

« L'urne cinéraire suivait sur le même char qui l'avait apportée d'Ermenonville.

« Des groupes de Genevois et l'envoyé de cette République régénérée accompagnaient les restes de leur compatriote que Genève aristocrate avait autrefois proscrit.

« La marche était fermée parla Convention nationale, entourée d'un ruban tricolore et précédée du Contrat social, le phare des législateurs.

« C'est dans cet ordre que le cortège est arrivé au Panthéon, où la reconnaissance publique a déposé les restes d'un homme qui le premier osa réclamer les droits imprescriptibles de l'humanité... »

Voici le discours que prononça, en cette fête nationale, le président de la Convention, — Cambacérès * :

« Citoyens, les honneurs du Panthéon décernés aux mânes de Rousseau sont un hommage que la nation rend aux vertus, aux talents et au génie.

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