Tome III, p
2. Tome II, 3« édition, 1841, p. 244-343, xxine,xxiveet xxv* leçons.
époque il dégénère, on ne saurait abuser davantage du paradoxe et de l'humeur misanthropique...
u Mais ce qui était non pas une hypothèse lointaine, mais un menaçant principe, c'est le bizarre anathème jeté par lui sur l'origine de la propriété : « Le premier « qui, ayant enclos un terrain, s'avisa de dire : Ceci est « à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire « fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, « de guerres, de meurtres, que de misères et d'horreurs « n'eût point épargnés au genre humain celui qui, ara rachant les pieux ou comblant le fossé, eût crié à ses {( semblables : Gardez-vous d'écouter cet imposteur ! « vous êtes perdus si vous oubliez que les fruits sont à « tous et que la terre n'est à personne ! »
De là au terrible axiome : « La propriété, c'est le vol, » il n'y a qu'un pas à faire.
« A la vivacité de sa parole, Rousseau joignait ce qui impose le plus, la rigueur apparente des déductions et des axiomes. C'est par là que, sans étude profonde de l'histoire et des lois, avec peu de science et nulle pratique, il a exercé tant d'influence et que ses ouvrages ont eu tant de part aux résolutions de nos premières assemblées nationales...
« Rousseau porta, par ses théories, à l'ordre social du temps les plus rudes coups qui en aient préparé la ruine...
« La Révolution puisa dans le Contrat social des principes et toute une nomenclature politique. Depuis la Déclaration des droits de l'homme jusqu'à la Constitution de 1793, il n'est aucun grand acte de cette époque où vous ne trouviez lïntluence bien ou mal comprise de Rousseau. C'est lui qui avait créée et enthousiasme de l'antiquité, fécond en parodies et en crimes. Que de fois, en parcourant les annales de la tribune d'alors, on trouve les principes,
les pensées, les phrases de Rousseau, imités, commentés, copiés, et souvent par quels hommes ! Rousseau fut, à quelques égards, la Bible de ce temps, n
Tout cela est parfaitement vrai et bien dit, mais oîi M. Villemain s'égare, c'est quand il prétend que a la manière même d'attaquer le dogme était religieuse chez Rousseau et que sonlibre-penser était une profession de foi salutaire pour son temps. » Ceci est un paradoxe et rien de plus ; mais il semble qu'on ne puisse toucher aux écrits du citoyen de Genève sans en sortir l'intelligence quelque peu faussée ou du moins troublée. Après un long détour, M. Villemain arrive à V Emile, et ce qu'il y admire le plus, c'est l'épisode du Vicaire savoyard.
En m'excusant d'avoir fait tant d'emprunts à M. Villemain, il me reste cependant le regret (je dois le dire), de n'avoir pu le citer davantage, mais il faut savoir se borner. Que l'on lise et relise les trois leçons que cet ingénieux professeur a consacrées à Voltaire et surtout à Rousseau ; il y a — sur Y Emile notamment — des aperçus qui méritent d'être médités avec tous leurs développements.
M. Sainte-Reuve est un de nos écrivains modernes qui a peut-être le mieux jugé Voltaire ; il l'a étudié avec cette patience qui fait ressembler sa critique à la méthode du naturaliste et surtout de l'entomologiste. Et quel insecte impur que l'homme de Ferney !
a Ce n'était pas un démocrate que Voltaire, et il n'est pas mauvais de le rappeler à ceux qui de loin et pour les besoins de leurs systèmes veulent nous donner un Voltaire accommodé à la Jean-Jacqiies. Quand on aime à étudier les hommes et à les voir tels qu'ils sont, on ne saurait s'accoutumer à ces statues symboliques dont on menace de faire les irlolesde V avenir.
« Voltaire s'est peint à nous
Toujours uu pied dans le cercueil, De Tautre faisant des gambades.
(( Cette bouffonnerie, qui ira en augmentant avec l'âge, dégéyière vite en laideur ^... n
(( La vie de Voltaire est une comédie : la correspondance avec d'Alembert nous en fait voir les coulisses et le fond.
... Toute cette correspondance est laide; elle sent la secte et le complot, la confrérie et la société secrète.
« De quelque point de vue qu'on l'envisage, elle ne fait point honneur à des hommes qui érigent le mensonge en principe et qui parlent du mépris de leurs semblables comme de la première condition pour les éclairer : Éclairez et méprisez le genre humain ! Triste mot d'ordre ! Marchez toujours ricanant, mes frères, dans le chemin de la vérité : c'est le refrain perpétuel...
« Jamais esprit ne s'est transformé plus habilement et ne s'est retourné plus vite, à vue d'œil selon son intérêt... sans foi ni loi, du moment qu'on le contrariait.
« C'est toujours en homme lésé et dupé, en homme généreux et [désintéressé, ne visant qu'au bien d'autrui et ne marchandant pas d'ailleurs son plaisir, que Voltaire fait des siennes dans cette terre de Tournay et qu'il se passe tous ses dégâts et toutes ses lésines.
«Il poussera la bouffonnerie et la parodie jusqu'à dire : « J'ai fait le bien pour l'amour du bien même , et « le ciel me récompensera... »
« Le président de Brosses avait oublié ce qu'un honnête homme oublie si aisément, c'est que V adversaire peut