YOLTAIHE ET UOUSSEAU JUGÉS PAR EUX-MEMES
VOLTAIRi: JUGE PAU LUI-MEME
Nécessité do cette étude complémentaire sur Voltaire et Rousseau. — Les vivants et les morts. — Un aveu peu déguisé. — Tartuferie. — Trois mensonges. — Les pâques de Voltaire et l'évêque d'Annecy. — Voltaire prédicateur. — Encore des gambades. — Flagorneries à l'égard àvi grand Frédéric. — Toujours la question d'argent. — Un voyage in extremis. — Lettre de l'abbé Gaultier et réponse de Voltaire. — Le curé de Saint-Sulpice. — Les sifflets et la mort. — Dernières paroles impics du patriarche de Feruey.
Nous l'avons dit, au début de celte étude, et nous le répétons encore ici, ce livre est le procès de Voltaire et Rousseau. D'abord chacun de ces deux adversaires plaide contre son rival, l'accuse et le juge d'avance. Mais cela ne suffit pas; l'arrêt ne pourrait être rendu en bonne forme et par conséquent avoir sa sanction, si chacun de ces hommes ne se jugeait lui-même, en avouant ce qu'il est et les mobiles principaux qui ont déterminé toujours les actes de sa vie. Un criminel qui s'accuse lui-même, quoi de plus définitif? Habemus confîtentem reum.
Et d'abord, écoutons Voltaire. Nous puisons dans sa correspondance, où il se révèle jusque dans les moindres détails; mais comme il s'agit de plus de six mille lettres à dépouiller, ce qui ferait (rien qu'en analyse) la matière d'un volume de gros format, — pour Voltaire ainsi que pour Rousseau, — nous nous contenterons d'analyser la
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correspondance de 1768 et de 1778. Avec un intervalle de dix ans, nous serons à même de montrer, sans effort et sans parti pris, quelles variations ont marqué ces deux époques de la vie du patriarche de Ferney et du citoyen de Genève ; tels ils étaient dix ans avant leur mort, tels ils sont restés et sont morts, dix ans après.
L'année 1768 s'ouvre par une sortie, au moins de mauvais goût, contre les moines et les théologiens; pour son jour de Tan, Voltaire mange du prêtre % et quelques jours après, écrivant à un libre-penseur de ses complices : « Des faquins, dit-il, ont poussé la calomnie jusqu'à dire que j'allais à confesse. Il faut être bien méchant et avoir l'àmebien noire pour inventer de pareilles impostures-. »
Quelle singulière morale que celle-ci sur la conduite à tenir à l'égard des auteurs vivants et des auteurs morts ! « C'est une action d'honnêteté et de charité de ne point accuser son prochain quand il est encore en vie et de charger les morts à qui on ne fait nul mal ^. »
Et quelle tartuferie insigne, de la part de l'auteur de tant de mauvais livres dont il ne saurait nier la paternité, d'écrire : Si je ne consacrais pas les derniers jours de ma vie à une nouvelle édition du Siècle de Louis XIV ; si je n'épuisais pas le peu de force qui me reste à élever ce monument à la gloire de ma patrie, je réfuterais tous ces livres qu'on fait chaque jour contre la religion * ».
Et c'était lui. Voltaire, qui était auteur de la plus grande partie de ces livres. Il voulait bien en recueillir le bénéfice, mais il ne se sentait pas le courage d'être l'objet de la moindre persécution à cet égard. « Je me recommande à votre amitié pour que les confesseurs -ne soient