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aussi, et dans un parti contraire. Je n'ai point de sceptre, mais une plume ; et j'avais, je ne sais comment, taillé cette plume de façon qu'elle a tourné un peu Platon en ridicule * sur ses géants... sur son impertinente querelle avec Kœnig. La raillerie est innocente ; mais je ne savais pas alors que je tirais sur les plaisirs du roi. L'aventure est malheureuse ^..
Pour mieux enfoncer le trait, Frédéric écrivant quelques jours [après à Voltaire ne lui parle de rien ; pas la moindre allusion. Seulement il semble que l'on entende le siftlement de la flèche du Parthe dans ces derniers mots :
« J'espère d'apprendre dans peu que vous êtes guéri et de bonne humeur. Adieu. »
Mais comment avait pu paraître la brochure de Voltaire, sous les yeux mêmes du roi ? Car Frédéric, informé de son existence, avait fait défense de rien imprimer sans une permission écrite de sa main. Il fallait donc surprendre la signature royale.
Formey, le secrétaire perpétuel de l'Académie de Berlin, ayant publié une dissertation contre les incrédules. Voltaire, à souper, eut l'art de persuader à Frédéric qu'il n'était pas plus épargné que les autres; et profitant de son indignation : « Sire, lui dit-il, je me charge de punir lïnsolent, si vous voulez me donner un privilège. » Le privilège accordé, il broche sa Défense de mtlord Bolingbroke et la porte à l'imprimeur, revêtue du visa royal ; il la lui redemande, après quelques feuilles, sous prétexte d'addition d'un chapitre, lui passe Akakia et, Akakia achevé , lui rend le reste du premier manu-
1. Dans la Diatribe du docteur Akakia, etc.; voyez Beucliot, tome XXXIX des Œuvres de Voltaire, p. 474 et suiv.