‹ Voltaire et Rousseau jugés l'un par l'autre; pièces du procèsChapitre 149 sur 154 · Potsdain, à M'n« Deuis, i;i octobre · texte numérisé non relu

Potsdain, à M'n« Deuis, i;i octobre

JUGÉS L'UN i'AR L'AUTUE 21i)

scril, lait brocher séparément les deux libelles et les répand l'un et l'autre.

Le tour était hardi, habile, mais c'était un vrai tour de coquin...

Un exemplaire d'AA'flA/a arrivée Frédéric, qui charge son factotum FedersdorlV d'éclaircir l'afTaire. Voltaire proteste de son innocence; mais Frédéric, qui s'est procuré toutes les preuves, lui écrit un billet foudroyant :

(' Votre effronterie m'étonne, après ce que vous venez de faire, et qui est clair comme le jour. Vous persistez au lieu de vous avouer coupable; ne vous imaginez pas que vous ferez croire que le noir est blanc. Quand on ne voit pas, c'est qu'on ne veut pas tout voir, mais si vous poussez l'aftaire à bout, je ferai tout imprimer, et l'on verra que si vos ouvrages viériient qu'on vous érige des statues^ votre conduite vous mériterait des chaînes.

«L'éditeur est interrogé; il a tout déclaré. »

Et le grand comédien Voltaire, aussitôt, faisant mine de s'arracher les cheveux, pousse des cris lamentables :

(( Ah! mon Dieu! sire, dans l'état où je suis! Je vous jure encore sur ma vie, à laquelle je renonce sans peine, que c'est une calomnie affreuse. Je vous conjure de faire confronter tous mes gens. Quoi! vous me jugeriez sans entendre! Je demande justice et la mort. »

Cependant les preuves sont là, tellement écrasantes que Voltaire subit toutes les humiliations pour échapper à des suites encore plus graves ; la perspective du châtiment, d'une amende considérable qui le réduirait à l'aumùne, lui arrache l'aveu foi'mel; l'édition d'Akakia est brûlée sous ses yeux dans la chambre du roi. Après un tel éclat, la situation n'était plus tenable à Berlin pour Voltaire; mais fidèle jusqu'à la fin à la peur du « qu'en

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dira-t-on », se voyant à la veille d'être publiquement humilié, il sollicite un congé.

« Quand j'ai vu que tout le monde voulait me mettre à la porte (disait Arlequin), j'ai dit que je voulais m'en aller. »

Frédéric s'empresse de combler le vœu de son chambellan :

« Il n'était pas nécessaire que vous prissiez le prétexte du besoin que vous me dites avoir des eaux de Plombières pour me demander votre congé. Vous pouvez quitter mon service quand vous voudrez; mais, avant de partir, faites-moi remettre le contrat de votre engagement, la clef, la croix et le volume de poésies que je vous ai confié. Je souhaiterais que mes ouvrages eussent été seuls exposés à vos traits et à ceuxdeKœnig. Je les sacrifie de bon cœur à ceux qui croient augmenter leur réputation en diminuant celle des autres... Les cabales des gens de lettres me paraissent l'opprobre de la littérature... »

Près de sept ans se sont écoulés. Voltaire — après avoir longtemps cherché une résidence — s'est fixé enfin àFerney, d'où il ne sortira plus que pour venir mourir à Paris ; des relations littéraires et de plus en plus amicales se sont renouées entre le roi de Prusse et son ex-chambellan; c'est au mieux.

» Bre?laii, 2 mars 1759.

« ...J'en viens à l'article qui doit vous toucher le plus, et je vous donne toute assurance de ne plus songer au passé et de vous satisfaire ; mais laissez auparavant mourir en paix un homme que vous avez cruellement persécuté et qui, selon toutes les apparences, n'a plus que peu de jours à vivre'. »

1. Cette lettre p.-t du 1 mars 1759 et Maupertuis mourut le 27 juillet suivant, à BAle.

On le voit, chez Voltaire la haine était plus tenace encore que l'humiliation, et pourtant quelle terrible avanie que celle du mois de juin 1753 à Francfort! Cependant le châtelain de Ferney s'acharnait de plus en plus à diffamer la mémoire de Maupertuis, dont il s'était montré jaloux dès son arrivée à Berlin.

Il trouvait que Maupertuis ne se hâtait pas de mourir; il écrivait avec un ton moitié batin moitié impertinent à Frédéric :

(( Votre Majesté me traite comme le monde entier; elle s'en moque quand elle dit que Maupertuis se meurt. Il vient d'avoir à Bâle un procès '... »

Peut-on porter plus loin la haine contre un prétendu ennemi; car enfin qu'est-ce que Maupertuis avait fait à Voltaire?...

Frédéric entremêle presque toujours de rudes vérités aux compliments que renferment les lettres qu'il lui adresse; on dirait même que les compliments ne sont qu'un moyen d'amener et non d'adoucir les vérités. En voici un exemple :

(( Je pardonne en faveur de votre génie toutes les tracasseries que vous m'avez faites à Berlin, tous les libelles de Leipsick et toutes les choses que vous avez dites ou fait imprimer contre moi, qui sont fortes, dures et on grand nombre ^. »

Se sentant loin de Frédéric et hors des pattes du renard, le châtelain de Ferney s'égaye et s'émancipe souvent en des libertés de langage peu dignes d'un homme qui — comme lui — doit connaitie le monde et les usages, surtout les distances du rang; le roi sait les lui rappeler et le remettre à sa place :

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