Au comte dv Rocliefort, 29 octobre 176G
JUGÉS L'UN PAR L'AUTRE 4:j
Il mériterait la haine, s'il n'était accablé du plus profond mépris. »
Dès le 14 octobre, Voltaire adressait à Hume une lettre qui est un acte d'accusation en règle contre Rousseau; cette lettre — qu'il compliqua bientôt de notes — mérite d'être rapportée à peu près intégralement, car elle devait avoir et elle eut en efîet une grande publicité et un immense retentissement :
« J'ai lu, monsieur ', les pièces du procès ^ que vous avez eu à soutenir par-devant le public contre votre ancien protégé. J'avoue que la grande àme de Jean-Jacques a mis au jour la noirceur avec laquelle vous l'avez comblé de bienfaits; et c'est en vain qu'on a dit que c'est le procès de l'ingratitude contre la bienfaisance ',
(( Je me trouve impliqué dans cette affaire. Le sieur Rousseau m'accuse de lui avoir écrit, en Angleterre, une lettre * dans laquelle je me moque de lui. Il a accusé M. Dalembert du même crime.
«Quand nous serions coupables au fond de notre cœur,
1. Cette lettre fut imprimée séparément dès 1766. On avait publié, ({uelque temps auparavant, A Letter from M. Voltaire to M. J.-J. Rousseau, London, 1766, petit in-S» de 84 pages, y compris nn appendice tout en anglais. La lettre, qui est en anglais et en français, est de Cil. Bordes, et souvent désignée sous le titre île Lettre au docteur Pansophe. Elle forme, avec la lettre à Hume, du 24 octobre, la brochure intitulée le Docteur Pansophe.
2. h' Exposé succinct de la contestation qui s' est élevée entre M. Hume et M. Rousseau, avec les pièces justificatives , Londres, 1766, in-12 de xiv-127 pages. Dans la traduction française, qui est l'ouvrage de Suard, Suard ne se borna pas au rôle de traducteur; il lit des additions. On croit que Y Avertissement des éditeurs est de Dalembert. (Note de Beucliot, Œuvres de Voltaire, tome XLIII, p. 376 et 377, note 3.)
3. Ce sont les propres expressions de Voltaire dans sa lettre du 21 juillet 1762, à la maréchale de Luxembourg; voyez ci-dessus, p. 40-42.