Dans la lettre du 28 mai 17G
« rompez ma république en donnant des spectacles dans « votre château de Ferney, etc. »
«Cette lettre, de la part d'un homme qui venait de donner à Paris un grave opéra * et une comédie -, n'était cependant pas datée des Petites-Maisons. Je n'y fis point de réponse, comme vous le croyez bien, et je priai M. Tronchin \ le médecin, de vouloir bien lui envoyer une ordonnance pour cette maladie. M. Tronchin me répondit que, puisqu'il ne pouvait pas me guérir de la manie de faire encore des pièces de théâtre à mon âge, il désespérait de guérir Jean-Jacques. Nous restâmes l'un et l'autre fort malades, chacun de notre côté.
« En 1762, le conseil de Genève entreprit sa cure et donna une espèce d'ordre de s'assurer de lui pour le mettre dans les remèdes. Jean-Jacquos, décrété à Paris et à Genève, convaincu qu'un corps ne peut être en deux lieux à la fois, s'enfuit dans un troisième. Il conclut, avec sa prudence ordinaire, que j'étais son ennemi mortel, puisque je n'avais pas répondu à sa lettre obligeante. 11 supposa qu'une partie du conseil genevois était venue dîner chez moi pour conjurer sa perte et que la minute de son arrêt avait été écrite sur ma table, à la fin du repas. Il persuada une chose si vraisemblable à quelquesuns de ses concitoyens. Cette accusation devint si sérieuse que je fus obligé enfin d'écrire au conseil de Genève une lettre très-forte *, dans laquelle je lui dis que, s'il y avait un seul homme dans ce corps qui m'eût jamais parlé du moindre dessein contre le sieur Rousseau, je consentais