VI PREFACE
je me suis plu cependant à ne considérer ici que l'homme, à le prendre dans sa personnalité, à le dégager de cette fatalité des événements historiques. J'ai voulu le montrer dans sa vie individuelle, dans son action libre, c'est-à-dire dans sa moralité.
C'est doncY homme que Von va voir- mais si je l'ai dégagé du mouvement historique qui emporte le monde, que le lecteur, dans sa justice, ait soin de l'y replacer sans cesse. Qu'il comprenne que cet homme parlait, non pas en son nom seulement, mais au nom de milliers de victimes. Ce cri révolutionnaire , ce n'est pas de sa poitrine, c'est des entrailles de la terre que vous l'entendez retentir. Sa force ne vient que dé ce qu'il représente un monde d'opprimés. Ce ne sont pas seulement les vivants qui parlent par sa voix, ce sont les morts mêmes. Ainsi on va voir tout à l'heure l'enfance de Voltaire, et sans doute, en lisant le récit des dernières années de sa vie, on se dira que ces commencements frivoles préparaient bien peu cette puissante action. Qu'on se rappelle que la véritable enfance de Voltaire ce furent les mille ans passés par des millions de victimes dans l'abrutissement, Toppression, la misère.