‹ VoltaireChapitre 2 sur 18 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

On va voir Fauteur de la Henriade au milieu des sociétés aristocratiques et mondaines du temps de la Régence, mais c'est dans la hutte des serfs du moyen âge, dans les prisons, dans les bûchers, et au milieu des tortures et des angoisses de l'âme, recommencées de siècle en siècle, que j'aurais dû montrer les commencements de Voltaire. Voilà sa vraie jeunesse; elle % dura mille ans, et se passa dans les larmes, dans l'esclavage de l'esprit et du corps.

Mais comment, dira-t-on, conserva-t-il tant de gaieté? Pour répondre à cela, il faudrait remonter plus haut encore dans son histoire, et je vous dirais : C'est le sang de la Gaule. Il fut gai, parce que son âme avait été créée telle, parce qu'une invincible espérance lui avait été donnée à sa naissance, parce qu'à tous les âges vous retrouvez tel l'esprit de la France, dans nos vieux fabliaux, dans Rabelais, dans Molière lui-même , si personnellement accablé de malheurs.

Une croyance instinctive lui avait été donnée : la croyance en l'infinie bonté de Dieu. Cette croyance étouffée par dix-huit siècles d'oppression morale et de scolastique insensée, c'est elle qu'il retrouve au

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