C. A. Collini. Mon séjour auprès de Voltaire, p
lement à partir de son séjour en Alsace qu’il y renonce et même qu'il aide ses éditeurs. |
Un billet autographe signé de Lemercier et Lambert à l’ordre de Voltaire, nous prouve que ces deux libraires lui devaient le 25 novembre 1749 la somme de 3.000 livres Î.
Pendant son séjour à Berlin, Voltaire fait imprimer pour son compte trois mille exemplaires de l'Histoire du siècle de Louis XIV. Il en envoie cinq cents à son ami le chevalier Falkener, à Londres, et le prie de les faire vendre en Angleterre. Cette opération lui permit de tirer sur Falkener une lettre de change pour la somme de 94 livres sterlings ?.
Voici sous quelles conditions Voltaire « fait présent » 3 du reste des exemplaires à Conrad Walther, libraire de S. M. le roi de Pologne. Dans sa lettre du 28 décembre 1751, il lui écrit : « Il y a, comme je vous l’ai mandé, « trois mille exemplaires de tirés (Histoire du siècle de « Louis XIV), dont quatre-vingt ou à peu près peuvent « être ou gâtés ou incomplets; j'en envoie cinq cents à « un de mes amis à Londres. Ce débit ne passera point « par les mains des libraires, c'est une affaire particu- « lière. Reste donc deux mille cinq cents exemplaires, « dont je puis disposer : j'en prends cent pour faire des
1. Fernand Caussy. Lettres inédites de Voltaire au libraire Lamdert. Revue d'Histoire Littéraire de France, 1909.
2, Lettre à Falkener, 1e février 1953, éd. Moland, XXXWVII, p. 563.
3. Lettre de Voltaire à l'auteur de la Gazette de Cologne, 4 décembre 1752. (Georges Bengesco. Voltaire. Bibliographie de ses
œuvres, tome III, p. 329. à
« présents, et je me déferai des deux mille quatre cents « exemplaires restants avec un seul libraire auquel je « transporterai le privilège, le droit de copie et de faire « traduire... On peut vendre les deux mille quatre cents « exemplaires deux rixdalers, ou au moins deux florins « Chacun. Je ne veux pas assurément y gagner, mais je « ne veux pas y perdre.
« L'ouvrage m'a coûté, avec le secrétaire et M. de Fran- « cheville qu'il a fallu payer, environ deux mille écus..
« Je vous donnerai volontiers la préférence sur d'autres « libraires qui m'en offrent davantage; et encore je ne « vous demanderai ces deux mille écus qu’au 1° juillet, « et vous donnerez un présent de cinquante écus à M. de « Francheville. Si je vous abandonnais seulement cinq « cents exemplaires, vous ne pourriez avoir ni le pri- « vilège, ni le droit de traduction... » Ce marché ne devait pas être onéreux pour Walther, car déjà dans sa lettre du 29 mai 1751, Voltaire lui avait proposé de lui prêter sans intérêt mille écus pour un an en lui disant qu'il n’avait « qu’à faire son billet pur et simple de mille « écus à Hauman, lequel ferait son billet à Schwigger 1.
Pendant son séjour en Alsace, Voltaire, avait donné ses Annales de l'Empire à Jean-Frédéric Schæbpflin, libraire à Colmar et frère du professeur d'histoire qui lui avait rendu des services si appréciables dans la composition de cet ouvrage.
Le mauvais état des affaires de ce libraire fit que Vol-
1. Lettre à G. C. Walther, 29 mai 1751, éd. Moland, tome XXXVII, p. 280.
taire lui prêta la somme de 10.000 livres pour deux ans sans intérêt. Schæpflin paya intégralement sa dette, mais seulement le 3 décembre 1755 1.
Nous savons aussi que Voltaire donna gratuitement la permission d'imprimer ses œuvres aux frères Cramer, de Genève? et qu'il exprima à Falkener « l'intention de « faire imprimer ses ouvrages à Londres sans bénéfice, « sans souscriptions et dans la seule vue de donner une « édition véritable des œuvres d'un Français qui pense « comme un Anglais... » Il ajoute dans une autre lettre au même que si ses « ouvrages sont bien imprimés et « vendus à bon marché il est satisfait 3 ».
Le poète refuse même les mille louis que lui offrait la duchesse de Saxe Gotha pour ses ouvrages historiques sur l'Allemagne et il ajoute qu’ « il n’est pas permis de « vendre les choses saintes 4 ».
On voit donc que dans les revenus de Voltaire les droits d'auteur ne jouent aucun rôle et le poète ne fait que. constater un fait en écrivant qu'il « aimerait mieux être lu « que vendu ». La vérité ajoute-t-il « est au-dessus du « commerce, et l'honneur au-dessus de l'argent 5 ».
Pour être vendu en plus grand nombre d'exemplaires, Voltaire, qui toute sa vie se plaint des contrefacteurs,
1. Lettre à Dupont, 11 novembre et 3 décembre 1755, éd, Moland, tome XXXVIII, p. 503 et 517.
2, Commentaire historique, éd. Moland, tome I, p. 97.
3. Lettre à Falkener, 16 janvier 1753, éd. Moland, XXXVII, p. 556. ;
4. Lettre à la duchesse de Saxe-Gotha, 10 février 1754, éd. Moland, tome XXXVIII, p. 166 à 168.