‹ Voltaire FinancierChapitre 73 sur 108 · Bettinelli aux Délices, 1758, éd. Moland, tome I, p · texte numérisé non relu

Bettinelli aux Délices, 1758, éd. Moland, tome I, p

bon Stanislas de recevoir cet homme, qui partout apportait la guerre.

Voyant que les négociations avec Stanislas commencent à traîner, Voltaire, dès la mi-septembre 1758, entre en pourparlers avec Jacob de Budé, colonel au service de la Hollande, pour. l'achat de sa terre de Fernex. L’affaire fut menée rondement et l'acte devait être conclu peu de temps après. |

Malgré ce nouvel achat, c'est seulement plus de six ans après que Voltaire fut forcé « par l'état de ses af-. faires », à abandonner les Délices à Robert Tronchin.

L'acte fut passé le 21 mars 1765 et Voltaire reçut comme le stipulait le contrat, la somme de trente-huit mille livres et on peut penser qu'il fut content car,le 22 mars 1765, madame Denis remertciait Robert Tronchin d’avoir agi « avec une noblesse digne de son cœur et de ses sen- « timents 1. »

Cela n'empêchait pas Voltaire d'écrire au chevalier de Pezay dans sa lettre du 5 janvier 1767, qu'il avait reçu trente huit mille livres, et en avait perdu quarante-neuf, outre environ trente mille francs qu'il avait employés à bâtir dans cet enclos. Ces doléances de Voltaire auprès. des personnes qui n'étaient pas au courant de l'affaire, engagèrent François Tronchin à rédiger une « Note de « François Tronchin sur le règlement de comptes entre « Robert Tronchin et Voltaire pour la reprise des Déli-

1. Lettre de Madame Denis à Robert Tronchin, 2% mars 1765, H. Tronchin. Le conseiller François Tronchin et ses amis. p. 198.

ces » dans laquelle il note : « L’assertion sommaire de M. de Voltaire présente l’idée d'un vendeur peu délicat et d'un acquéreur trop magnifique sur le prix de ses jouissances. Ce n’est ni l’un ni l’autre. Le domaine des Délices a, en effet, été vendu par un magistrat le 10 février 1755 (non compris les lods ou droits) livres

ACÉPTANCONAM ANR SRE ET Rae ETES 78.035 6 s. 8 d.

« [Les lods et frais se sont élevés à la

somme de livres de France......... 9.166 13 s. 4 d. CAL O TA TA EE = Ra 87.200 livres.

« Dans ce prix étaient compris les meubles (qui furent vendus au départ 10.000 livres à François Tronchin, par M**° Denis) dont M. de Voltaire achetait la propriété pour le prix de livres.............#.... 15.000 « Les Délices, sans les meubles et tels qu’ils devaient être rendus à M. Tronchin par M. de Voltaire ne coùû-

CHE ITS DEMO eee rene nie e Mao die cn de pere 12.000 « De ces 72.000, M. Tronchin en paya lors de l’acqui- SILION PS mlonae PT RO A CS RE CPE TE 10.000 « M. de Voltaire ne paye donc du prix des Délices que livres de France........ RIRE Le 2 62.000

« À la mort de M. de Voltaire où à la cessation volontaire de sa jouissance, il était stipulé que M. Tronchin rentrerait dans son domaine en remboursant à M. de

OT TO ARR nn is udetelenae on os see 88.000 « M. de Voltaire en acquérait ainsi la jouissance pendant sa vie pour livres............ Fine 24.000

« Le magistrat à qui ce domaine appartenait certifiera

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« que la partie utile lui rendait 2.000 livres par année et « M. de Voltaire en a joui dix ans. Il est vrai que les «deux dernières années, M. de Voltaire ayant fixé sa « résidence à Ferney, avait mis à ferme une portion de « la partie utile des Délices pour 700 livres de France. « Il en avait diminué le produit par la destruction du « quart des vignes et la conversion de quelques objets « de production en agrément. Une écurie, un poulailler « et quelques cabinets hors d'œuvre sont les seules cons- « tructions qu'il y a faites. Elles peuvent avoir coûté de « 4.000 à 6.000 livres. Les effets mobiliers servant à la « culture, chariots, tombereaux, une assez grande quan- « tité d'orangers, etc., étaient demeurés dépendants du « domaine et devaient y être laissés par M. de Voltaire « à sa sortie. Les chariots, tombereaux, orangers, tous, « jusqu'aux chaudières de lessive, avaient passé à Ferney « lors de la reprise du domaine par M. Tronchin 1. »

Malgré cette déclaration écrite du reste sur un ton très modéré, les relations amicales entre Voltaire et les Tronchin, continuèrent, ce qui semble indiquer qu’elle n’était pas dépourvue de toute vérité.

Les entreprises financières de Voltaire. — Nous avons peu de renseignements sur les entreprises financières de Voltaire à cette époque, car c'était Robert Tronchin qui était chargé de la gestion de la fortune du poète : « Vous « voyez tout avec de bons yeux, lui écrivait Voltaire, et « je ne veux voir que par les vôtres. Je suis avec vous

1. H. Tronchin. Le conseiller François Tronchin et ses amis, p. 386 à 388. À

« pour mes affaires comme le docteur Tronchin pour ma « santé. Vendez, ne vendez point, troquez, ne troquez « point, placez, ne placez point; vouls ferez toujours bien « et je m'en rapporte à vousi. »

ï Au mois de janvier 1756, Voltaire met des fonds dans l'armement d’un des quatre vaisseaux que l'Espagne envoyaient contre les Jésuites du Paraguay. Ce navire appartenait à M. Gilli, et voici en quels termes Voltaire raconte l'affaire à la comtesse de Lutzelbourg : « Le roi « d'Espagne envoie quatre vaisseaux de guerre contre les

« révérends pères. Cela est si vrai que moi, qui vous « parle, je fournis ma part d’un de ces quatre vaisseaux. « J'étais, je ne sais comment, intéressé dans un navire « considérable qui partait pour Buénos-Ayres; nous « l'avons fourni au gouvernement pour transporter des « troupes et, pour achever le plaisant de cette aventure, « ce vaiseau s'appelle le Pascal, il s’en va combattre la « morale relâchée ?. »

Voltaire avait à cette époque peu de confiance dans les effets émis par l'Etat. Le 8 avril 1757, il écrit à Robert . Tronchin qu'il craint qu’ils ne soient pas « un jour bien « exactement payés et qu’il ne reste que des billets blancs « aux pauvres metteurs, qui les serreront bien propre- « ment avec les billets de l’Epargne, d'Etat, de monnaie, « d’ustensiles, de liquidation d'emprunt, de banque, etc., « etc., tous effets admirables et si beaux qu’une famille

1. H. Tronchin, Le Conseiller François Tronchin ei ses amis, p. 50.

e. Lettre à la comtesse de Lutzelbourg, 12 avril 1756, éd. Maland, tome XXXIX, p. 23,

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« qui en aurait pour cent millions n'aurait pas de quoi « acheter une demi-once de pain bis ».

Cela ne l'empêcha pas d'acheter peu de jours après pour quatre-vingt mille livres de billets d’une loterie royale. Voici ce qu'à ce propos il écrit le 13 avril 1757 à son banquier Robert Tronchin : « Je vois qu'il faut vivre « douze ans pour escompter ses lots avec avantage. « Allons, il faut se résoudre à vivre douze ans. J'ai déjà « fait marché pour neuf à Lausanne; ce n’est que trois de « plus avec le roi de France, qui est déjà mon débiteur. « M. de Montmartel m'a mandé qu'il me retient pour « quatre-vingt mille livres de billets. Je jette le filet en « votre nom, et je hasarde quatre-vingt mille livres au « jeu nouveau que le roi joue avec ses sujetsi. »

Cet élan ne dura pas longtemps, car déjà, dans sa lettra du 23 février 1758, il semble regretter ce pas. Voici ce qu'il y écrit : « On dit que le diable menace encore « d’un nouvel emprunt dans six mois. Ma foi, à force « d'emprunter, on sera enfin réduit à ne rien payer.

« Sauve qui peut ?. »

Ce fut à cette gestion prudente que Voltaire dut d'être

très riche à cette époque. Dans une lettre à Robert Tronchin, il lui écrit le 6 mars 1759 : « .… J'ai fait toute ma « via un métier de gueux... Et cependant me voilà avec « deux châteaux, deux jolies maisons, soixante et dix « mille livres de rente, deux cent mille livres d'argent

1. Lettre à R. Tronchin, 13 avril 1757, éd. Moland, tome XXXIX, p. 208.

8. Lettre à R. Tronchin, 23 février 1758, éd, Moland, tome XXXIX, p. 40.

« comptant, et quelques feuilles de chêne en effets royaux, « que je me donne garde de compter.

« Savez-vous bien qu'en outre, j'ai environ cent mille « francs placés dans le petit territoire où je vais fixer « mes tabernacles... Je plains le roi mon maître, dont les « finances n'ont pas été si bien administrées que les « miennes 1... »

Les banqueroutes. — Certes, Voltaire ne se vantait pas sans raison de l’habile gestion de ses finances. Toutefois, si habile qu'il fût, il ne devait pas dans cette période de sa vie, plus que dans les précédentes ne connaître que des succès. C'est dans ces déboires qu’il nous faut maintenant jeter un coup d'œil. ;

Dans une lettre à R. Tronchin du 7 avril 1767, Voirie écrit : « Feu Bernard, fils de Samuel Bernard, a fait en « mourant banqueroute, comme son père l'avait faite « adroïitement de son vivant. J'y suis pour environ huit « mille livres de rente ?. Il y a six ans que cette affaire « dure. »

En juin 1759, Voltaire charge son petit neveu, le jeune d'Hornoy, de tirer quelque chose de cette banqueroute frauduleuse de Bernard et promet de faire « un mémoire « sanglant contre les banqueroutiers, contre les commis-

1. Lettre à Tronchin, 6 mars 1759, éd. Moland, tome XL, p. 54.

2, Voltaire dit cinquante mille francs dans sa lettre à d’ATgental du 3 mars 1757 ; soixante mille livres dans sa lettre à Thieriot, du 8 décembre 1760. Benchot et L. Moland, évaluent la perte, à 60.900 francs, éd. Moland, tome XXXVIII, p. 189, note 4.

« sions éternelles de ces belles affaires, et contre le rece- « veur des consignations qui mange tout l'argenti. » Dans le livret de 1775, la banqueroute Bernard, surintendant de la reine, maître des requêtes, figure pour environ 500 livres. à

D'autre part, vers le mois d'août 1755, un des vaisseaux chargé à Cadix pour le compte de Voltaire fut pris par les Anglais ef notre auteur subit une perte d'environ 80.000 livres 2.

Il faut ajouter encore que dans sa lettre à Mi. de Brenles du 9 février 1755, Voltaire écrit : « J’ai perdu le tiers de « mes rentes à Paris... » Malgré nos recherches, c’est tout ce que nous savons sur celte perte.

Enfin, le poète avait théoriquement sa pension du roi de 2.000 francs; mais, depuis 1760, il ne la touchait plus 3.

Voltaire et les libraires. — Dans ses mémoires, le secrétaire de Voltaire, Collini, écrit que Voltaire « à « dater de son établissement à Ferney », abandonnait ses ouvrages sans aucune rétribution aux libraires 4.

Nous avois fort peu d'indications sur ces affaires, mais il paraît presque sûr que durant son séjour en Prusse, Voltaire a encore touché des droits d'auteur et c'est seu-

1. Leltre à Madame de Fontaine, 11 juin 1759, éd. Moland, tome XL, p. 119.

8. Lettres à Tronchin, 13 août 1755, et au comte d’Argental, du 80 septembre 1755, éd. Moland, XXXVIII, D. 471.

3. Lettre au comte d’Argental, 19 novembre 1757, éd. Moland, XXXIX, p. 229.

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