‹ Voltaire FinancierChapitre 78 sur 108 · F. Caussy, Voltaire seigneur de village, D · texte numérisé non relu

F. Caussy, Voltaire seigneur de village, D

le poète demanda cette déclaration à sa nièce elle la refusa et que ce fut seulement la crainte da voir son oncle se fixer ailleurs qui fit qu'elle lui donna satisfaction 1.

On peut se demander pourquoi Voltaire a acheté Ferney au nom de M"° Denis. Il nous semble qu'il y a deux raisons de ce fait : d’abord Voltaire ne se sentait pas encore très en sûreté en France et sa prudence lui a fait découvrir ce moyen d'éviter une confiscation éventuelle et, d'autre part, c'était un bon moyen d'obtenir plus facilement l’'exemption de tous les impôts pour Ferney, car on pouvait hésiter à signer un brevet d'exemption au nom de Voltaire qu’on savait très riche tandis que Mr° Denis, veuve d’un commissaire des guerres, fille d'un correcteur de la Chambre des comptes, avait plus de chances d'obtenir ce privilège.

Le 9 février 1759, en même temps que Ferney, Voltaire avait acheté pour une somme de 16.150 livres, une autre terre enclavée dans Ferney, également franche d’impositions, appartenant à Antoine-Josué Diodati, prédicant de la religion réformée; enfin, le 5 avril 1759, le poète achetait au nom de M Denis, le fief de Cclovrex pour six mille livres. Voltaire avait été informé que les créanciers du vendeur élevaient des prétentions sur ce domaine, mais séduit par la modicité du prix il avait passé outre.

Il en résulta que M"° Denis se trouva citée à la fois

1. Longchamp et Wagnière, Mémoires sur voltaire, tome I, p. 38, 39.

devant le tribunal de Genève et devant celui de.Gex, car d'une part Genève prétendait avoir des droits sur Colovrex et d'autre part les fermiers du domaine royal réclamaient les droits du Roi. Le litige dura plus d’un an et menaçait de se prolonger, quand François Tronchin intervint et obtint de la Cour des Comptes de Genève la renonciation à tous ses droits sur Colovrex, moyennant une somme de trois cents livres.

Mais, suivant Voltaire, ce n'était pas tout d’avoir des terres, il fallait les avoir libres et, à vrai dire, l'exemption de Ferney n'était pas si totale que le prétendait Voltaire. Le roi de France, par ses articles de, Poitiers, du 24 mai 1602, n'avait soulagé les seigneurs de Ferney que de la taille.

Cependant, il se trouvait que plusieurs propriétaires genevois étaient demeurés libres de la capitation et des vingtièmes, «et c'est pour obtenir la confirmation de ce privilège que Voltaire écrit le 11 février 1759 à la marquise de Pompadour. Le 9 mars, il mande encore au duc de Choiïseul : « Monseigneur, puisque vous avez tant de « bonté pour l'ermite des Alpes et du Mont-Jura, il dira « que tout est bien et il vous devra l'agrément du reste « de sa vie. Je suis vieux et encore plus malingre. Je « n'ai pas voulu attendre les moments auxquels on ne « Sait ce qu'on fait, ni ce qu'on dit, ni ce qu'on entend, « ni le pays où l'on va, pour laisser à mes nièces le peu « de bien que j'ai sauvé des naufrages de ce monde. Mais « j'aurais fait un présent funeste à ma nièce Denis, pour « laquelle vous avez des bontés, si la petite seigneuria « de Fernex que je lui ai achetée était privée des droits

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et des franchises dont elle a joui deux cents années. Il eût été bien dur qu'une catholique, sujette du roi, eût vu périr entre ses mains des privilèges dont des étrangers huguenots, souvent ennemis du roi, ont été en possession sans y être jamais troublés.

« Ces droits sont fort peu de chose, et ne diminuent ni n’augmentent les contributions de la province de

< Gex. M"*° Denis étant demoiselle et veuve d'un gentil-

homme, ne paye point la taille. Il ne s'agit donc que des dîmes attachées à la seigneurie, et de la faculté de vendre son blé à Genève ou en Suisse. (Ces bagatelles pourraient rencontrer des longueurs à un Parlement, ou devant un intendant de province, et n'en trouveront point chez un protecteur ‘tel que vous.)

« J'ai l'honneur de vous soumettre, Monseigneur, un extrait des contrats par lesquel M"*° Denis est en possession de Fernex et de quelques terres adjacentes 1. » Dans cette lattre Voltaire ne parle pas de l’exemption

des vingtièmes, mais il demande que M"° Denis, demoiselle et veuve d’un gentilhomme, donc libre de la taille

selon les lois du royaume, puisse jouir « des droits, pri-

vilèges, franchises et exemptions dont ont joui ci-devant les possesseurs de Fernex ».

Nous avons vu que les possesseurs genevois de Ferney

étaient en fait demeurés libres de tout impôt. Donc, pour libérer définitivement la terre de Ferney, il suffisait d'un

privilège conçu et rédigé dans les termes voulus. Voici le texte du brevet tel que Voltaire l’a envoyé au duc de

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