‹ Voltaire FinancierChapitre 84 sur 108 · F. Caussy, Voltaire, seigneur de village, p · texte numérisé non relu

F. Caussy, Voltaire, seigneur de village, p

très ulcérés de la lettre que M. de Voltaire lui a écrite et surtout de la publicité qu'il y a mise; car M. de Brosses est instruit que M. votre oncle en a envoyé des copies. Mais cependant son amitié pour moi l’a emporté, et il consent qu'il ne soit plus question des moules de bois qui: font l’objet de la contestation; il en tiendra compte à l’homme dont M. de Voltaire les à pris, pourvu que M. de Voltaire veuille bien vous promettre d'en distribuer la valeur dans le courant de l'hiver aux pauvres de la paroisse de Tourney, Ainsi, il donnera à ses vassaux de Tourney tout ce qui suffisait au peuple romain de pain et de spectacles. Sûr que M. de Voltaire remplira et peut-être au-delà, les engagements qu’il a pris avec vous à cet égard; M. de Brosses, à ma prière expresse, ne s’informera point de leur exécution ultérieure, et s’en rapportera à ce que vous me ferez l'honneur de me marquer à ce sujet, sur lequel je vous prie d’avoir la bonté de me répondre.

« À l'égard du procès-verbal concernant les dégradations dont M. de Brosses se plaint, il l’a fait plutôt pour en empêcher de nouvelles, que dans le dessein de faire aucune poursuite, moins encore dans le projet odieux de vous ruiner un jour; et le propos que l’on fait tenir à cet égard est une imposture. Il veut bien encore, par égard pour vous, autant que par amitié pour moi, promettre de ne faire aucune poursuite en conséquence de ce procès-verbal, sous la condition expresse, et sans laquelle sa promesse sera rétractée, qu'il n’en serait plus fait à l'avenir, que M. de Voltaire laissera exactement le nombre d’arbres par poses prescrit par le contrat

« sans rien intervertir à cet égard, et en laisser plus dans « un endroit, et moins dans un autre, M. de Brosses « voulant laisser ses bois également garnis partout ; à « condition également qu'aux termes du contrat, il tiendra « en défense des bestiaux les coupes nouvelles, pour ne « pas empêcher les bois de revenir; qu'il fera recéper et « mettre en bonne revenue ce qui pourrait avoir été brou- « té par les bestiaux dans l'intervalle de sa jouissance, « et qu'en tout il exécutera dans tous les points à cet « égard le contrat 1.»

Après cette affaire, Voltaire dégoûté de sa terre de Tourney, n'est plus et ne veut plus être que le patriarche de Ferney. Non seulement il mit Tourney à ferme à vil prix, mais il n'habita jamais le château et en 1767 il l’abandonna même à Gabriel Cramer, son libraire de Genève.

Cependant, il eut encore en 1770, l'intention d'acheter le domaine, et il renouvela au président de Brosses l'offre de 110.000 livres. Le président refusa d'accepter ce prix et, le patriarche n'ayant voulu ni payer plus ni mourir, M. de Brosses reprit bientôt ses poursuites en dégradations. Il accusait notamment son locataire d'avoir épuisé une carrière de pierre grise molasse, située près du chàteau.

La réplique de Voltaire fut vigoureuse ; par son influence parmi les académiciens, il ferma pour toujours la porte au président de Brosses.

Ce n'était pas un intérêt sordide qui avait poussé Vol-

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