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Ces « embellissements » devaient réellement diminuer la

M. de Brosses écrivit alors à Voltaire une lettre où il le conjurait d’user de la forêt en bon père de famille, et l'invitait à procéder immédiatement à l'état des lieux, afin de prévoir les difficultés.

Pour retarder la reconnaissance des lieux, Voltaire avait proposé l'achat à perpétuité de Tourney. M. de Brosses répliqua d’abord qu’en vendant, il risquait de faire une sottise; mais, par la suite, il établit un projet de vente. Suivant ce projet, la terre sera vendue telle qu'elle est en jouissance viagère pour le prix de cent dix mille livres, dont cent mille livres pour le prix de la terre, et dix mille pour les meubles, effets, bestiaux. Voltaire devait payer cinquante mille livres trois mois après la signature, sans intérêt et, en cas de retard, avec un intérêt de 5 %. Du reste, de la somme, on devait constituer une rente à 5 % rachetable avec intérêts L.

Voltaire avait accepté ce projet et promis de le signer « sitôt qu'il se serait accommodé pour les lods et ventes « et aurait obtenu la confirmation des privilèges attachés « à la terre ». N'ayant pas obtenu les franchises désirées, Voltaire laissa passer le délai fixé pour la conclusion de l’acte sans manifester l'intention d'aboutir.

C'est alors que le président fit tout pour amener Voltaire à signer le contrat. Vers Pâques de 1760, il fit constater par huissier la coupe des chênes employés aux répa-

valeur de Tourney, car en 1781, madame Denis piya au fils du président la somme de 17.878 livres comme indemnité.

1. Projet de vente de Tourney à perpétuité, 10 janvier 1760, éd. Maland, tome XL, p. 280.

rations de Tourney. Quelques jours après Voltaire était assigné pour avoir laissé pénétrer ses vaches dans la forêt.

Enfin, dans les premiers jours de mai, un huissier signifia au philosophe un jour pour la reconnaissance des lieux. Sans compter qu'un jour le notaire Girard est venu défendre aux ouvriers de Voltaire d’ébrancher les arbres dans la forêt de Tourney 1.

Peu de temps après, ce même Girard vint aux Délices pour persuader à M° Denis que son oncle ferait bien mieux d'acheter tout de suite la seigneurie pour 50.000 écus : ses héritiers, disait-il, risquaient de payer un jour fort cher ses dégradations ?.

Ce n'étaient pas toutes les tracasseries du président, qui tenait un fait en réserve et, à l’occasion de la nouvelle année, le poète reçut une lettre hautaine et précise, où il était sommé de s'expliquer sur la fourniture de quatorze moules de bois, à trois patagons le moule, fait par Charlot Baudy, de Chambéry, fourniture que Voltaire avait refusé de payer alléguant que c'était-là un don du propriétaire.

Lorsque Voltaire prit possession de Tourney, il s'y trouvait des coupes de bois vendues antérieurement à un marchand, nommé Charlot Baudy. Un jour que Voltaire, causant avec le président, se plaignait de manquer de bois de chauffage, M. de Brosses le rassura. « Charlot, « dit-il, se fera un plaisir de vous servir. » Et, en effet,

1. F. Vézinet, Autour de Voltaire, Paris 1995, p. 7 et 8. 2. F. Caussy, Voltaire, seigneur de village, p. 69, 70.

ayant rencontré le paysan dans une nouvelle promenade avec Voltaire, il lui dit de porter du bois aux Délices : de là, la livraison par ledit Charlot de quatorze moules de bois. \

Voltaire considérait sans doute que le président devait lui laisser dans la forêt de quoi se chauffer; mais le président insista sur le fait que l'ordre donné par lui à Charlot de fournir du bois aux Délices était une commission et non un présent : il oubliait que Voltaire lui avait demandé, ce bois un peu plus tard, par une lettre restée sans réponse. Il ajoutait, toutefois, avec un dédain blessant qu'il pourrait lui faire cadeau du bois en question contre une reconnaissance en bonne forme. C'était trop, et Voltaire l'explique très bien dans sa lettre du 5 décembre 1761 au conseiller Le Bault, en lui déclarant que M. de Brosses lui coûte près de soixante mille livres pour un trou qu'il afferme douze cents livres. « J'avoue, ajoute-t-1l, qu'après avoir perdu 60.000 francs, « je me suis révolté contre lui pour deux cents francs 1. »

Le président poursuivit l'affaire, et le 31 juillet 1761, Charlot Baudy assignait Voltaire devant le bailliage de Gex pour le paiement de 281 livres.

Le philosophe occupé par la réception de ses amis : M. le duc de Villars, M. de Ruffey, M. Fyot de la Marche, s’efforça seulement de gagner du temps et il se laissa même condamner à l'audience du bailliage de Gex du

1. Lettre à M. le Conseiller Le Bault, 5 décembre 1761, Moland, tome XLI, p. 546.

24 septembre 1. Ce fut seulement quand la compagnie l'eut quitté que le grand homme s’occupa de Charlot Baudy.

I1 fit certifier par M* Denis et Wagnière, son secrétaire, avoir dit à table, un jour que M. de Brosses dînait aux Délices : « Remercions M. le président de douze « moules de bois qu’il nous donne pour le vin du mar- « Ché. » M. le président répondit : « C’est une bagatelle « qui ne vaut pas un remerciement. »

Le poète écrivit aussi un mémoire qu'il fit tenir à M. Fyot de la Marche fils, premier président à Dijon, et le supplia de vouloir bien être son arbitre avec le procureur général Quarré de Quintin et le conseiller Le Bault.

Le président de Brosses refusa l'arbitrage en disant que ce n'était pas lui qui avait litige avec Voltaire, mais Charlot Baudy. Voltaire travaillait aussi à déshonorer le président : il prétendit dans un mémoire que M. de Brosses avait fait à Charlot Baudy une vente simulée 2.

Mais que la vente fût réelle ou simulée, que le créancier fût Charlot ou M. de Brosses, Voltaire n'en devait pas moins 281 livres de bois, puisque d’après le bail à vie contracté par lui, il jouissait des bois qui étaient « sur « pied et non vendus ». C'est ce que le président répliqua dans une lettre hautaine et injurieuse.

M. de Ruffey engagea M° Denis à tout terminer en payant à l’insu de son oncle. Mais il était déjà trop tard.

1. F. Caussy, Voltaire, seigneur de village, p. 71, 72. 8. Ibid., p. 71, 72.

Voltaire se mit alors à décrier la propriété et fit répandre des billets avertissant le public de l’amodiation du domaine pour 1.200 livres par an. Quand les amateurs se furent réunis à Ferney, Voltaire annonça ses préférences en faveur d’un Suisse, nommé Corboz, dont la nièce avait épousé Wagnière, et il refusa les offres des enchérisseurs, « à tel prix qu'elles fussent ».

Voici un passage de la déclaration que Voltaire fit à Girod et dans laquelle il proteste contre les procédés du président : « François de Voltaire, chevalier, gentil- « homme de la Chambre du Roi, déclare à M. Girod, « châtelain du pays de Gex : 1° qu'il à affermé à Louis « Corboz pour 1.200 livres annuelles, un char (650 litres) « de vin salvaguin, deux chars de vin rouge, un char de « foin, un char de regain, trois quarterons de paille, et « le labourage de trente arpents de terre, la terre de « Tourney vendue à lui, Voltaire, à vie par M. le prési-

dent de Brosses par contrat du 12 décembre 1758 par- « devant lui, Girod, notaire royal, sur le pied de 3.500 « livres de rente, ledit Voltaire s’en rapportant sur cette « lésion d'outre moitié à l’honneur et à la justice de « M. le président de Brosses, comme il s’en rapporta à « l'honneur et à la bonne foi de M. le président en pas- «sant le contrat 1. »

Enfin la paix fut conclue. Voici quelles en furent les conditions mandées le 24 novembre 1761 à M° Denis par l’intendant Fargès : « Ma négociation a été fort difficile, « Madame, j'ai trouvé M. de Brosses et toute sa famille

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