DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
Monsieur,
Permettez-moi de vous dédier cet Essai bibliogra' phique, que je n^aurais jamais pu entreprendre, ni surtout mener à bonne fin, si votre extrême obligeance ne m^en avait pas facilité Texécution.
Vous m^avez si libéralement ouvert toutes les précieuses collections du département à la tête duquel vous êtes placé ; vous avez si souvent pris la peine de m^aider vous-même dans mes recherches; enfin vous avez été pour moi un guide toujours si sûr et si éclairé, qu^en inscrivant votre nom en tête de ce tra« vail, je m'acquitte d^un devoir quMl m^est doux de remplir. Heureux si, grâce à vos encouragements, j'ai réussi à compléter en quelques endroits, et à rectifier
sur certains points, l^ouvrage classique de Quérard, mon devancier.
Trouvez bon, Monsieur, que je comprenne dans l'expression de ma reconnaissance MM. les bibliothécaires et employés de la Bibliothèque Nationale, dont la complaisance ne m'a jamais fait défaut, et veuillez agréer pour vous-même ce témoignage public de Pestime profonde et de la gratitude que je vous garde.
GEORGES BENGESCO.
Londres, juin 1882.
PRÉFACE
Ce n'est pas sans une Ugilime appréhension que nous offrons au public le premier volume de noire Bibliographie Voltairienne,
De lous les grands ieripains français, Voltaire est celui dont if est le- plus difficile de décrire les ouvrages: et cette difficulté tient à des causes dinerses, qu'il importe tout d'abord d'expliquer. Non seulement les outrages de Voltaire ont eu, en France aussi bien qu'à l'étranger, un nombre d'éditions considérable ; mais la façon dont Voltaire les a publiés, le mystère qu'il a presque toujours mis à leur impression, tantôt gardant l'anonyme, tantôt les faisant paraître sous des noms supposés, et forçant ses libraires à dérouter constamment le public par défausses indicalions de lieu et d'année; tous ces détours, toutes ces précautions, toutes ces supercheries que justifient asse:{ les dangers qu'aurait courus Voltaire, s'il avait signé la plupart des œuvres parties de sa main, ne laissent pas d'embarrasser le bibliographe, et de compliquer la tâche qu'il s'est imposée.
La Bibliographie Voltairienne de Quérard , publiée
PREFACE
en 1842, ne parait ni asse:{ complète ni a$se\ exacte^ surtout lorsqu'on la compare aux sapantes Bibliographies consa^ crées par MM. Paul Lacroix et Emile Picot à la descrip^ lion des œuvres de Molière et de Corneille; Quérard, d' ailleurs t n'a fait que reproduire Beuchot, et ainsi qu'il le reconnaît lui-même dans la Préface de sa Bibliographie Voltairienne, (7 a tant pris au célèbre éditeur de Voltaire^ « que, dit-ilj la Bibliographie Voltairienne porterait le nom a de ce dernier, si, n'y ayant pas mis la main, nous n'eussions (( craint de le rendre responsable de quelques défauts d'intela ligence qui auraient pu être du fait du metteur en œuvre. « Les notes et notules, sauf peu d'exceptions, sont tirées des « préfaces mises par M. Beuchot à la tête de chacun des a ouvrages de Voltaire ; l'historique et la critique des éditions, c( depuis lyjQ jusqu'en 1834, est la reproduction presque « textuelle de la Préface générale de son édition. Ce qui ce nous appartient en propre se réduit à la classification, et a aux quatre tables qui terminent la Bibliographie Voltai- « rienne. »
Or Beuchot, livré tout entier à son travail d'éditeur, n'a accordé dans les Avertissements et dans Us Notes de son édiùon, qu'une place tout à fait secondaire à la bibliographie; il a énuméré, sans les décrire, les deux ou trois premières éditions de chaque ouvrage de Voltaire ; et pour les écrits qui n'ont pas été imprimés séparément (pièces de théâtre, poésies diverses, lettres, etc..,, etc.), il a très rarement pris lapeine d'indiquer dans quelle feuille périodique, dans quel recueil du temps, dans quelle édition des Œuvres complàtes de Voltaire, chacun de ces écrits avait paru pour la première fois.
Enfin, — et c'est là une des lacunes les plus considérables du travail de Beuchot et de Quérard^ — ni l'un ni l'autre ne
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S* est attaché à distinguer les éditions données avec la participation de Voltaire^ des éditions auxquelles celui-ci est demeuré étranger ; et c'est ce qui fait qu'aujourd'hui encore, malgré tous les mérites des éditions de Beuchot et de M. Moland^ U texte authentique de Voltaire n'est pas définitipement établi.
Non seulement la Bibliographie Voltairienne de Quérard laisse à désirer, quant à l'étendue des informations^ et quant à la précision des détails ; mais elle est^ en dépit de ses quatre Tables, d^un usage souvent incommode^ à cause de la classification adoptée par Quérard,
L'auteur de la France littéraire a distribué les ouvrages de VoltcUre en cinq classes : I. Sciences ; — IL Littérature ; — 1 1 1 . Correspond ANCB ; — IV. Histoire; — V. Œuvres.
Chacune de ces classes se subdivise en plusieurs sections : Philosophie ; Politique et Législation ; Physique et Histoire naturelle pour les Sciences ; — Poésies ; Théâtre ; Romans et Contes ; Critique, Facéties et Mélanges, pour ta Littérature ; — Histoire, Biographie et Eloges pour THisTOiRE, etc. ..y etc..
Cette classification se rapproche de celle qui a été suivie par Beaumarchais dans sa célèbre édition de Kehl; mais elle offre les mimes inconvénients que la classification de Beau^ marchais^ parce que toute distribution logique des Œuvres de VoUaire ne peut qu'ttre arbitraire et produire de la con^ fusion,
Quérard a rangé parmi les ouvrages philosophiques de Voltaire les Discours en vers sur Thomme, le Poème de la Loi Naturdie» le Poème sur la destruction de Lisbonne, le Précis de TEcclésiaste et du Cantique des cantiques, etc., etc.. N'est' il pas évident que la place de ces différents poèmes eût été tout aussi bien dans la Littérature, parmi
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les Poésies ? // est obligé de remarquer lui-même que l'ABG quiy dans sa Bibliographie Voltairienne, fait aussi partie des ouvrages philosophiques^ eût été mieux à sa place dans la section de Politique et de Législation, et que la Lettre de Charles Gouju à ses frères qiJCil a classée dans les Mélanges, eût dû' être rangée parmi les ouvrages philosophiques^ etc.,,
Aussi avons-nous cru devoir suivre, dans notre Bibliographie Voltairienne, la classification adoptée par Beuchot et conservée, à une ou deux exceptions près, par M. Moland, le dernier éditeur des Œuvres complètes de Voltaire.
Beuchot a donné à part le Théâtre, les Poésies, les grands ouvrages historiques, ./e Dictionnaire philosophique et les Romans; puis il a réuni en une seule classe, sous le titre de Mélanges et dans Vordre chronologique, le reste des écrits en prose de Voltaire, à Vexception de la Correspk)ndance qui forme les vingt derniers volumes de son édition.
En supprimant ainsi les différentes divisions en Mélanges historiques, Politique et Législation, Physique, Dialogues, Facéties, etc., et en substituant Vordre chronologique aux distinctions par genre et par matière, Beuchot a voulu faire suivre au lecteur « la marche même de l'esprit de Voltaire, » M. Moland, ayant à opter entre le plan de l'édition de Kehl et celui de Beuchot, na pas hésité à adopter Vordre chronologique^ , et c'est dans cet ordre, qui nous a paru, à nous aussi, moins compliqué et moins arbitraire que la classification des éditeurs de Kehl, que nous nous sommes décidé à décrire les ouvrages de Voltaire.
Notre premier volume renfermera donc la bibliographie du Théâtre, des Poésies, ûf^s^ grands ouvrages historiques (Essai sur les Mœurs ; Annales de T Empire ; Siècles de Louis XI V
I. Voy. son Avertissement en tè.e du t. XXII de VédiiionGaritier frères*
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et de Louis XV ; Histoire du Parlement de Paris; Histoire de Charles XH ; Histoire de TEmpirede Russie); du Dictionnaire philosophique et des Questions sur 1* Encyclopédie, enfin des Romans.
Notre second volume comprendra la bibliographie des Mélanges, de la Correspondance, des Œuvres complètes et des Œuvres choisies de VollairCf ainsi que des Ouvrages qui ont été faussement attribués à Voltaire ou imprimés sous son nom.
Enfin^ si le public accueille avec quelque bienveillance nos deux premiers volumes, nous nous proposons d'en consacrer un troisième à la bibliographie des Traductions que l'étranger a faites de Voltaire et à celle des Ouvrages relatifs à sa personne et à ses écrits. Ce troisième volume, dont nous avons dé'ià réuni tous les éléments, et dont la rédaction est com* mencéCy sera le complément nécessaire de notre Bibliographie Voltairienne.
Dans chacune des divisions de notre travail (Théâtre, Poésies, etc.), nous avons cru devoir parler non-seulement des écrits de Voltaire qui ont été imprimés séparément, mais aussi de ceux qui ont paru pour la première fois soU dans les feuilles périodiques ou dans les recueils du temps, soit dans les diverses éditions des Œuvres complètes de Voltaire.
Gest ainsi que toutes les poésies de Voltaire (Odes, Stances, Poèmes, Contes en vers, Satires, Epitres et Poésies mêlées) ont été Vobjet, de notre part, d'une mention spéciale et d'un commentaire détaillé.
Nous avons eu soin de faire connaître, toutes les fois que nous en avons eu le moyen, dans quelles circonstances chacune de ces pièces avait été composée, en quelle année et dans quel recueil elle avait d'abord paru, enfin dans quelle édition des Œuvres complètes elle avait été admise pour la première fois.
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Un grand nombre de Poésies mêlées ayant été publiées en 1784, par les éditeurs de Kehl, nous avons fait suivre l'intitulé de chacune de ces petites pièces, dont nous n'avions pas rencontré d'impression antérieure, de l'indication suivante : Imprimée au tome XIV de Tédition de Kehl.
On reconnaîtra, nous V espérons, que nous avons poussé nos investigations de tous les côtés, aussi loin que cela nous a été possible; d'ailleurs il va sans dire que nous avons pris pour point de départ, et en quelque sorte, pour base d'opérations, les éditions des Œuvres complètes, publiées avec la participation de Voltaire; ces éditions, au nombre de sept, sont les suivantes :
!• L'édition de 1738-1739, publiée à Amsterdam par Et. Ledet et O* (ou J. Desbordes), 4 vol. m-8". Non seulement Voltaire consentit à cette édition, mais il y concourut (voy. ses lettres à Thieriot 4 février 1757; à d'Argental, éd. Garnier, n° 732).
Un tome VI*(noMS crojrons qu'il faut lire V*) parut en 174^ , (Amsterdam, Et. Ledet et 0«).
2° L'édition de 1748, plus connue sous le nom d'édition de Dresde. Cette édition a été publiée par George-Conrad Walther: elle forme S vol. m-8«. Un neuvième volume fut ajouté en 1750, et un dixième en 1754. La correspondance de Voltaire avec Walther a été publiée en 1826, à Dresde. (Voy. la Bibliothèque Allemande de Barthélémy et Silberman, Strasbourg, 1826, m-8°, t. I, pp, 63 et sq.)
^"^ L'édition de 1751, en 11 volumes pet. m-8°, publiée, sans nom de ville, à Paris, par le libraire Lambert. Lambert était le fils de Voltaire, qui l'avait eu de la femme d'un portier. {Voy. une note de d'Hémery au lieutenant de police Berryer, du i" janvier 1752, dans les Archives de la Bastille, Paris, 1881. t. XII, p. 372). La correspondance de Vol-
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taire avec Lambert n'a pas été imprimée; mais des lettres autographes de Voltaire à Lambert ont été vendues en 1856. (Voy, Catalogue d'une belle collection de lettres autographes, Paris, Laverdet, 1856, m-8*.)
Voltaire trouvait que cette édition de ses Œuvres était « de toutes la plus passable » {vo/. sa lettre à un membre de l'Académie de Berlin, du 15 avril 1752). — Deux volumes furent ajoutés en 1758; ils sont intitulés .'Supplément aux Œuvres de M. de Voltaire, Londres, pet. w-8«.
4" L'édition de 1752, publiée à Dresde, par George Conrad Walther. Sur cette édition qui forme 8 volumes in-i2, voy. les lettres de Voltaire à Walther des jo mai et 28 décembre 175 1 ; 2 avril et 18 novembre 1752, etc., etc. Les tomes IX et X parurent en 1770.
5* L'édition de 1756, publiée sans nom de ville, à Genève, par les frères Cramer, sous le titre suivant : Collection complète des Œuvres de M. de Voltaire. Première édition. 17 volumes m>8". Il y a des frontispices avec le millésime 1757 (voy, dans notre tome II les Œuvres complètes, année 1756). L'édition des frères Cramer publiée d'abord en dix-sept volumes, fut augmentée d'année en année, et portée, par des additions successives, en 1774. à cinquante^huit volumes, auxquels on joint une Table générale des' Œuvres de M. de Voltaire sur l'édition in-8* (Genève, 1774, m-8«).
Les dix-sept volumes parus en ly^ô furent réimprimés en 1764 et de 1770 d 1773 : c'est sur cette dernière réimpression qu'a été faite la Table générale dont il vient d'être question.
Les Nouveaux Mélanges historiques, critiques, etc., à la publication desquels Voltaire n'est pas demeuré étranger^,
I . Dans une brochore intitulée : Variétés littéraires : Voltaire était-il com» plètement étranger à la publication des Mélanges publiés sous son nom?