‹ Voltaire, Madame de Pompadour et quelques arpents de neige [microforme]Chapitre 3 sur 3 · JOSEPH TASSÉ—POMPADOUR · texte numérisé non relu

JOSEPH TASSÉ—POMPADOUR

tendez un moment, Monsieur le curé, lui dit-elle, nous nous en irons ensemble.” Et elle s’en alla pour ne plus revenir! Tout ce que Louis XV jetai sur le cercueil dans lequel elle fut portée au couvent des Capucines, c'est ce mot de glace : “ La marquise n’aura pas beau temps pour son voyage” dit-il, par allusion au temps affreux qu'il faisait. Et à peine enterrée, elle était oubliée, ce qui fit écrire à la malheureuse reine Leczinska, dont elle avait empoisonné l'existence : “ Au reste, il n’est non plus question de ce qui n'est plus que si elle n'avait jamais existé. Voilà le monde, c’est bien la peine de l'aimer!” Voltaire, qui n'avait pas les mêmes raisons d’être indifférent, parait avoir pleuré sincèrement sa sceptique protectrice, si l'on en croit une lettre à Cideville. “J'ai été fort afiligé, disaitil, de la mort de Mme de Pompadour : je lui avais obligation, je la pleure par reconnaissance. Il est bien ridicule qu’un vieux barbouilleur de papier, qui peut à peine marcher, vive encore, et qu'une belle femme meure à quarante ans, au milieu de la plus belle carrière du monde.” Ce vieux cynique était fait pour comprendre l’autre’.

Voltaire et Pompadour! Deux noms sinistres attachés à notre histoire. Plutus et Vénus accouplés! Deux mauvais génies qui changèrent le cours de nos destinées et détruisirent l’œuvre de François 1er, de Henri [V, de Louis XIV, de Richelieu et de Colbert. Ce qu'ils ne firent pas eux-mêmes, d’autres le firent pour eux, sous leurs ordres ou sous leur inspiration. Ils semèrent le vent de notre ruine. Notre peuple les confond dans un même mépris, dans une même réprobation. Ils souillèrent l'honneur de la France. Ils lui firent perdre son empire d'Amérique, un empire qui comprenait le Canada, l'Acadie, l'ile du Cap-Breton, le golfe et les îles du fleuve Saint-Laurent. “ Après nous le déluge !” avait dit un jour la Pompadour à son royal amant, qui s’exclamait avec non moins de

cynisme: “ Au reste, les choses comme elles sont dureront autant que moi!”’* Le déluge devait s'appeler la Révolution francaise avec ses épouvantables saturnales. (Grâce à Dieu, si nous fûmes victimes d’un gouvernement corrompu, notre nouveau sort, qui nous livrait à une nation étrangère, nous permit, du moins, d'échapper à ce terrible châtiment. Ce

serait le temps de s'écrier avec Musset :

Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire Voltige-t-il encore sur tes os décharnés ?

! Diderot s’est montré moins complaisant que Voltaire pour sa mémoire. “Mme de Pompadour, dit-il, mourut au moment où on la croyait hors de péril. Eh bien! qu’est-il resté de cette femme qui nous a épuisés d'hommes et d’argent, laissés sans honneur et sans énergie, et qui a bouleversé le système de l'Europe ? Le traité de Versailles, qui durera ce qu’il pourra; l'Amour de Bouchardon, qu’on admirera à jamesis ; quelques pierres gravées de Gai, qui étonneront les antiquaires à venir; un bon petit tableau de Vanlor, qu'on regardera quelquefois ; et une pincée de cendres.”

? Mémoires de Mme de Hausset (témoin auriculaire), p. 72,

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