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qu'ils croient: cependant. ils se disent sages et raisonnables.
Il semble qu’ils auront beaucoup : de peine à se bien établir au Canada: les sauvages aiment toujours les Français et font à leurs nouveaux maîtres tout le mal qu'ils peuvent : je ne pense pas qu'il y ait de nation au monde qui possède si bien l'art de se faire haïr que les Anglais. Tant mieux, ils seraient trop dangereux, s’ils étaient encore aimables.
J'ai presque envie de vous âller surprendre un de ces jours, mais ne m'’attendez pas, Car ce ne serait pas une surprise. Mon Dieu, ie beau temps! Que n’êtes-vous pas 1éi pour m'aider à le trouver encore plus beau ? Adieu. ”
Mme de Pompadour fut mauvais prophèête. Les sauvages continuèrent d'aimer les Français, et ce sont les seuls blancs qu’ils aient aimés, mais les Anglais, qu’elle trouve si détestables, n’eurent guère de
. peine à se bien établir ici. Abandonnés de
la France, les Canadiens restèrent fidèles à
leurs nouveaux maîtres, quitte à leur arra-
cher une par une les libertés aont ils jouissent |
Penda::t que Voltaire se plaignait que le Canada coûtait cher, qu’il ne serait pas une perte réelle, et qu’il faudrait tout au plus, comme l’écrivait Mme de Pompadour, céder aux Anglais nos manchons et toutes les neiges du Canada, quelle saignée pratiquait à la France la courtisane qui la gouvernait, et se lançait dans la guerre ‘de Sept Ans, parce que Frédéric de Prusse l'avait surnommée Cotillon IV, (1) et que Marie-Thérèse d'Autriche flattait sa vanité en lui écrivant des lettres de sa propre main et l'appelant ma cousine ou ma bien bonne amie. Les registres secrets de Louis XV constatent que, dans les seules années de 1762 et 1763, il fut payé à la marquise de Pompadour et à son frère, le marquis de Marigny, l'énorme somme
(1) Il désignait les maîtresses de Louis XV,
sous ce nom, par ordre de date. D’autres disent Cotillon II.
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de 3,456,000 livres ; et que le roi lui fit à maintes reprises des cadeaux somptueux, sous forme d’hôtels,châteaux, seigneuries, un seul immeuble valant 800,000 francs.
Un inventaire dressé quelques jours avant sa mort, porte que sa cassette contenant tons ses diamants représentait 1,783,000 livres, une autre contenant 98 boîtes d’or valait 394,000 livres, et qu’elles avait des porcelaines anciennes pour 150,000, de la vaisselle d'argent, pour 537,000 livres, de la vaisselle d’or pour 150,000 livres. Et ce ne sont là que quelques articles. Un seul voyage au Havre où l’on avait donné un combat naval en son honneur, et où le roï l’accompagnait, avait coûté un million. Toutes ces dissipations ne représentent pas moins de trentesix millions de francs—plus de sept millions de piastres |
Et les habitants des bords du Saint- Laurent mouraient de faim, abandonnés à presque leurs seules ressources, alors qu'une ambitieuse proxénèête, qui avait rêvé sa succession pour sa fille, déshonorait la France, en gaspillant des millions
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qui eussent suffi pour sauver ceux qui luttaient pour elle. ‘“ Aïnsi tomba cette race d'hommes que l’habitude de vivre 3 au sein de la nature sévère du Nord avait = rendue forte et simple comme les anciens. 4 Dans l’inde, on avait pu admirer quelques grands hommes, ici, ce fut tout un peuple qui fut grand. ” (1)
Le châtiment du principal auteur de tant de maux ne se fit pas attendre. Son indifférence aux intérêts les plus sacrés fut bientôt vengée par l'indifférence du Roi à son égard. De nouvelles maîtresses allumèrent de nouveaux feux, et l’ancien- 4 ne favorite, trop intelligente pour ne pas saisir ce changement, comprit qu’elle n’était plus aimée, et que, si on la subissait encore, c’est que l’on redoutait de sa part un acte de désespoir, un suicide : le roi en fit l’aveu plus tard.
L'on peut dire que les dernières années de la favorite furent autant de tourments | sans nom. Sa santé s’altéra promptement, ri
(1) Henri Martin, Histoire de France, t. XV, p. 554. Onivorsitas met
CANADIANA |
Ottavions.
et, maigré tout son maquillage, la reine des grâces ne fut plus bientôt que l'ombre d'elle-même: la mort parut sur sa figure avant de la glacer. La marquise ne perdit pas seulement l'affection de Louis XV,
qui avait cru à son génie politique, mais
elle fut trahie par plusieurs dames de la cour dont elle avait fait la fortune. Et chaque jour amenaïit une nouvelle blessure à son orgueil, chaque jour suscitait une nouvelle humiliation causée par les défaites de l’armée, chaque jour encore elle pouvait entendre les malédictions du peuple de la France qui lui reprochaiït de l'avoir saigné à blanc, d’avoir enlevé aux campagnes plus d’un million de bras, d’avoir appauvri, ruiné, abaissé le royaume comme jamais il ne l'avait ét6.— ‘ Je me meurs de chagrin, ” répétait-elle sans cesse. Et le chagrin la tuait parce qu’elle voyait s'évanouir le rêve de sa vie: la gloire, la domination |
Le 15 avril 1764, elle s'éteignait à peine âgée de quarante-quatre ans, d’autres disent quarante-deux. Avec l’agrément du
roi, elie reçut les secours de la religion, et, comme le curé de la Madeleine qui était venu les lui administrer à Versailles, s’en retournait :”’ Attendez un moment, monsieur le curé, lui dit-elle, nous nous en irons ensemble. ‘“ Et elle s’en alla pour ne plus revenir! Tout ce que Louis XV jeta sur le cercueil dans lequel elle fut portée au couvent des Capucines, c’est ce mot de glace : ‘La marquise n'aura pas beau temps pour son voyage, ” dit-il, par allusion au temps affreux qu’il faisait. Et à peine enterrée, elle était oubliée, ce qui fit écrire à la malheureuse reine Leczinska, dont elle avait empoisonné l’existence :
‘ Au reste, 1l n’est non plus question de ce qui n’est plus que si elle n’avait jamais existée. Voilà le monde, c’est bien la peine de l'aimer !” Voltaire, qui n'avait pas les mêmes raisons d’être indifférent, paraît avoir pleuré sincèrement sa sceptique protectrice, si l’on en croit une lettre à Cideviile. ‘J'ai été fort affligé, disait-il, de la mort de Mme de Pompadour: je lui avais
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obligation, je la pleure par reconnaissance.
Il est bien ridicule qu’un vieux barbouilleur de papier, qui peut à peine marcher, vive encore, et qu’une belle femme meure à quarante ans, au milieu de la plus belle carrière du monde,” Ce vieux cynique était fait pour comprendre l’autre.
Voltaire et Pompadour ! Deux noms sinistres attachés à notre histoire. Plutus et Vénus accouplés ! Deux mauvais géhies qui changèrent le cours de nos destinées et détruisirent l’œuvre de François Ier, de Henri IV, de Louis XIV, de Richelieu et de Colbert. Ce qu’ils ne firent.
pas eux-mêmes, d’autres le firent pour eux, sous leurs ordres ou sous leur inspiration. Ils semèrent le vent de notre ruine.
Notre peuple les confond dans un même mépris, dans une même réprobatior. Ils souillèrent l'honneur de la France. Ils lui
firent perdre son empire d'Amérique, un
empire qui comprenait le Canada, l’Acadie, l'Ile du Cap-Breton, le golfe et les îles du fleuve Saint-Laurent. ‘ Après nous le déluge ! ”, avait dit un jour la Pompa-
POMPALOUR 103 rte monnaie
dour à son royal amant, qui. s’exclamait
avec non moins de cynisme : ‘“ Au reste,
les choses comme elles sont dureront au-
tant que moil”(1) Le déluge devait . s'appeler la Révolution française avec ses t épouvantables saturnales. Grâce à Dieu, : si nous fûmes victimes d’un gouvernement corrompu, notre nouveau sort, qui nous livrait à une nation étrangère, nous permit, du moins, d'échapper à ce terrible châtiment. Ce serait le temps de s'écrier avec Musset :
Dors-tu content, Voltaire, et ton hideux sourire Voitige-t-il encore sur tes os décharnés ?
(1) Mémoires de Mme de Hausset (témoin auriculaire), p. 72
D Tai Versa
(RAM, PNA Le JANA
Vitaviensis