‹ Voltaire, Montesquieu et Rousseau en AngleterreChapitre 1 sur 103 · VI PRÉFACE DE L^L'TEUR · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE DE L^L'TEUR

cuments que j'avais recueillis depuis 1886 ; elle paraît ici sous sa forme définitive.

J'avais également publié, il y a quelques années, dans la Quarterly Review un article sur le séjour de Montesquieu ; cette étude a été aussi soigneusement revisée et augmentée. Il est cependant si dilTicile de retrouver des documents sur le voyage de Montesquieu en Angleterre, par suite de la destruction d'une partie de ses Notes sur l'Angleterre et de la regrettable disparition de sa correspondance avec Chesterfield, que je n'ai pu, malheureusement, ajouter que peu de chose à ce que j'avais déjà écrit sur ce sujet.

Je puis dire du moins que je n'ai épargné aucune peine pour trouver des documents inédits. Ce qui me console, c'est la pensée qu'il n'en existe probablement plus.

Le chapitre sur Rousseau parut sous sa forme première dans la Quarterly Review il y a près de dix ans. Il a été entièrement remanié.

Il me reste à remercier tous ceux qui, d'une façon ou d'une autre, m'ont aidé dans mon travail.

Je dois dire tout d'abord, à mon grand regret, que je ne dois rien à Mr Archibald Ballantyne qui a fait paraître en 1898, chez MM. Smith Elder, un ouvrage intitulé Voltaire's Visit to England.

Je fus forcé, à l'époque où parut cet ouvrage, de prévenir le public, pour sauvegarder mes droits, que l'auteur n'avait fait que reproduire, sans en indiquer la provenance, tous les documents que j'avais moimême réunis et que j'avais utilisés pour écrire mon

PRÉFACE DE l'aUTEUR VH

article de 1886. Mr Ballantyne n'a fait aucune addition importante à ce qu'il avait trouvé dans cet article. S'il avait publié quelque document inédit, je lui en aurais été reconnaissant et j'aurais volontiers fait taire les sentiments d'irritation qu'avait fait naître chez moi sa façon d'agir.

Mais passons à un sujet moins irritant.

C'est à l'amabilité de Mr Henry Rutherford que je dois la communication de deux lettres inédites de Voltaire, écrites en anglais, pendant son séjour à Wandsworth et d'une lettre inédite de lord Peterborough, qui contient d'intéressants détails sur les faits et gestes de ^ oltaire avant son départ d'Angleterre et sur ses relations avec le Dr ÏOAvne, relations qui avaient passé inaperçues de ses nombreux biographes. Qu'il me soit permis de remercier également ici Mr Forbes Sieveking qui m'a très obligeamment prêté une longue et intéressante lettre de Voltaire.

J'ai fait allusion, dans les Notes, chaque fois que l'occasion s'en est présentée, aux autres personnes, amis ou inconnus, qui m'ont communiqué des documents ou qui m'ont aidé dans mes recherches.

Je ne me dissimule pas que ce petit volume ne contribuera que modestement au développement d'une science dont nous commençons seulement à comprendre la portée et l'intérêt, je veux parler de l'étude des relations étroites qui existent entre la culture d'un pays et celle des pays étrangers et de l'influence mutuelle des principales littératures européennes sur leur évolution et leur progrès réci-

Vni PREFACE DE L AUTEUR

proqucs. C/cst seulement par des reclierches minutieuses que Ton peut faire progresser cette science. Acluellement, on semble, clans ce domaine, recourir de préférence à des généralisations abstraites plutôt qu'à des généralisations basées sur les faits, mais si Ton ne commence pas par employer la seconde méthode, nous avons peu de garanties que la vérité et Inexactitude seront respectées.

J'ai eu cependant en vue un autre but. Les relations littéraires entre l'Angleterre et la France ont toujours été particulièrement étroites et elles ne l'ont jamais été davantage qu'en ce moment. De pareils liens ne peuvent jamais être trop resserrés et je serais très heureux si je pouvais, pour ma faible part, contribuer à démontrer, avec ce petit livre, à un certain point de vue du moins, combien doivent être encouragés les sentiments qui ont trouvé leur expression dans V Entente Cordiale.

Le séjour de Voltaire en Angleterre est un chapitre encore inédit de l'histoire littéraire du xviii® siècle. Pourtant, il est assurément peu d'épisodes de cette histoire qui soient plus dignes d'une étude attentive.

Du propre aveu de Voltaire, ce séjour décida de l'orientation de sa carrière. Gondorcet, d'autre part, estime qu'il en résulta des conséquences d'une importance capitale pour l'Europe et l'humanité. Ce qui est certain, c'est qu'on retrouve des traces de ce séjour dans presque toutes les œuvres que Voltaire produisit par la suite, aussi bien dans les ouvrages où il se proclame le disciple et l'interprète de ses maîtres anglais que dans ses œuvres originales.

Les années qu'il passa en Angleterre furent, dit

Lanfray, « les plus fructueuses de sa vie * ». « L'exemple de TAnglelerre, dit Condorcet, lui montrait que la vérité n'est pas faite pour rester un secret entre les mains de quelques philosophes et d'un petit nombre de gens du monde instruits ou plutôt endoctrinés par les philosophes" ». « Dès ce moment, ajoutet-il, Voltaire se sentit appelé à détruire les préjugés de toute espèce dont son pays était l'esclave ». L'influence anglaise se fit sentir dans ses œuvres poétiques et critiques, dans ses travaux historiques et ses essais. Ce n'est pas tout. Les circonstances dans lesquelles il vint chercher un asile parmi nous, les étranges aventures qu'il eut dans notre pays, ses relations avec Pope, Swift et Bolingbroke, avec la Cour, l'aristocratie, le peuple, le zèle et l'ardeur avec lesquels il étudia nos mœurs, notre gouvernement, notre science, notre histoire, notre littérature ; ses efforts courageux pour acquérir la maîtrise de notre langue, tous ces éléments contribuent à former l'une des étapes les plus intéressantes de son extraordinaire carrière.

Malheureusement, il n'est pas de période de la vie de Voltaire qui soit enveloppée d'une plus grande obscurité. « On ignore, écrit Charles Remusat, à peu près quelle fut sa vie en Angleterre. Ces deux années sont une lacune dans son histoire. C'est un point de sa biographie qui mériterait des recher-

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