‹ Voltaire, Montesquieu et Rousseau en AngleterreChapitre 103 sur 103 · I. Lettre àPeyrou, 21 juin · texte numérisé non relu

I. Lettre àPeyrou, 21 juin

Rousseau, bien qu'elle ait peut-être été exagérée par Texte*, fat certainement considérable, mais il la subit plutôt indirectement que directement, par l'intermédiaire de traductions et longtemps avant sa visite en Angleterre.

La Nouvelle Héloïse devait indubitablement beaucoup aussi bien pour la forme que pour l'inspiration, au chef-d'œuvre de Richardson, et il est facile de retrouver presque tous les éléments de cet ouvrage dans les œuvres en prose et en poésie parues en Angleterre entre 17^0 et 1770 environ. L'extravagance et l'éloquence du Contrat Social sont propres à Rousseau mais plusieurs des idées dominantes de ce livre furent tirées de Hobbes, Algernon, Sydney et Locke. Emile est basé sur le traité d'éducation de Locke, qui avait été traduite en français dès 1696 et il en est en grande partie inspiré ; d'autre part le quatrième, le cinquième et le neuvième livre, qui sont les parties où Rousseau donne libre cours à sa sentimentalité, doivent beaucoup à une traduction française du Paradise Lost de Milton. Il a parlé lui-même dans le troisième livre de la première partie des Confessions du profit qu'il avait retiré de la lecture d'une traduction française du Spectator et il recommande dans Y Emile la lecture du Spectator comme étant d'une grande valeur éducatrice pour les jeunes femmes. Il donne à Robinson Crusoe la première place parmi les livres

I. Joseph Texte, Jean-Jacques Rousseau et les origines du cos mopolitisme littéraire.

d'instruction pour les enfants et il en a parlé plus d'une fois en termes extravagants, TinQuence de cet ouvrage sur £'m//e est évidente.

1j Essay on Man de Pope était un de ses livres préférés. « Le poème de Pope adoucit mes maux et me porte à la patience, dit-il dans une lettre à Voltaire, où il discute sa philosophie V »

Cependant Rousseau ne fut jamais un grand liseur. Si l'on retrouve dans ses œuvres des traces d'influence anglaise, il ne subit pas directement cette influence ou bien elle résulta de l'atmosphère d'anglomanie créée par Voltaire et Beat Ludvig Von Murait et entretenue par Montesquieu, l'abbé Prévost et de nombreux traducteurs. Tousles ouvrages de valeur, en réalité, qui avaient, soit avant soit après noire. Age d'Auguste, paru en Angleterre avaient été traduits en français et étaient ainsi plus ou moins connus partout oil Ton parlait français. Aussi, ce que Rousseau devait à l'Angleterre il l'avait acquis longtemps avant de mettre le pied sur notre sol.

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