Anecdotes (éd. Singer), p
voit pas très bien la raison de cette gaieté intempestive et peut-être Tanecdote est-elle incomplète. En tout cas, malgré ce qu'aient pu dire Desfontaines et Spence, il n'y a aucun doute que les Essais ne soient réellement l'œuvre originale de Voltaire. Nous n'avons qu'à nous référer à sa correspondance anglaise de cette période pour nous rendre compte qu'il était parfaitement capable de les écrire.
Le petit livre fut accueilli avec faveur. L'année suivante on publia une seconde édition, puis une troisième peu de temps après et une quatrième en 1781. Un discours sur la tragédie, qui n'est autre chose que la traduction du Discours de la tragédie en français qui servait de préface à Brutus, y fut ajouté. Cet ouvrage eut un succès durable. Sa popularité est suffisamment prouvée par le fait qu'en 1760 il fut réimprimé à Dublin, accompagné d'une courte notice attribuée à Sv\^ift, mais à tort, puisque ce dernier était mort depuis longtemps.
Voltaire n'était pas homme à perdre son temps à faire un simple tour de force. Son ouvrage avait un but immédiatement pratique, celui de préparer le public à l'apparition de la Henriade à laquelle il donnait alors la dernière main et qui devait être bientôt prête pour l'impression. Ce fut probablement pour faciliter sa publication que, vers cette époque (fin 1727), il transporta ses pénates de Wandsworth à Londres où il s'établit, comme l'indiquent deux de ses lettres, dans Maiden Lane, Covent Garden, à l'enseigne de la « White Peruke ». Maiden Lane
n'est pas le seul quartier qu'ait habité Voltaire à cette époque. Billiter Square peut, semble-t-il, réclamer également Thonneur de l'avoir compté parmi ses habitants. Ce qui nous le fait supposer est une lettre non datée adressée à John Brinsden, secrétaire particulier de Bolingbroke \ dans laquelle il le prie d'adresser sa réponse à Mr Cavalier, Bilitery (sic) Square, près du Royal Exchange ; cela ne s'explique que si Voltaire habitait à cet endroit.
A Billiter Square qui était alors, d'après la description d'un topographe contemporain, une très belle place, large et aérée, entourée de belles maisons neuves en brique, il aurait été à deux pas de ses agents, MM. Simon et Benezet.
Quelques-unes des lettres qu'il écrivit sans doute à cette époque ont été conservées. L'une est adressée à Swift à qui il avait, quelques mois auparavant, donné une lettre d'introduction pour le comte de Morville. Il lui annonce l'envoi d'un exemplaire des Essais et lui déclare qu'il admire beaucoup ses ouvrages, il l'informe en même temps que la Henriade est presque terminée et lui demande d'essayer de lui procurer des souscripteurs en Irlande. Dans une autre lettre, il sollicite le patronage du comte d'Oxford en l'informant que l'un de ses ancêtres joue un rôle remarquable dans la Henriade, il fait aussi allusion à ses relations personnelles avec Achille du Har-