I. La Henriade, chant i, ad fin
plusieurs exemplaires; Peterborough et Bolingbroke, par exemple, en prirent chacun vingt et Chesterfield dix.
La liste de souscription comprenait presque toutes les personnes distinguées dans la politique, la société, et les lettres, à l'exception de Pope dont le nom, chose étrange, n'est pas mentionné. Tous les exemplaires de l'édition in-quarto étaient retenus avant le jour de la publication et trois éditions in-octavo furent épuisées en moins de trois semaines. « J'attribue entièrement ce succès, écrivit Voltaire à un de ses amis, à l'heureux choix du sujet et non au mérite du poème lui-même. »
Par suite de la négligence deThiériot, il perdit le produit de la souscription qui avait été ouverte en France, mais la somme réalisée en Angleterre fut, sans aucun doute, considérable. Elle a été estimée de diverses façons : Nicolardot, dans son ouvrage intitulé Ménage et Finances de Voltaire calcule qu'il toucha dix mille francs et c'est là une estimation très modérée. Baculard prétend que l'édition in-quarto seule produisit dix mille couronnes. Peut-être ne serons-nous pas loin de la vérité en estimant le produit total, y compris la somme reçue de George II à deux mille livres sterling. Quoi qu'il en soit, la somme touchée par Voltaire forma le noyau de la fortune la plus considérable qu'eût jusque-là amassée un homme de lettres ^ .
I. Garlyle (Life of Frederick, vol. III, p. 220) évalue le re-
yÔ VOLTAIRE EN ANGLETERRE
La publication de la Henriade amena une discussion très désagréable entre Voltaire et deux de ses compatriotes.
Il avait, par pure bienveillance, accordé à un certain Couderc éditeur dans Little Newport Street, près de Leicester Fields, l'autorisation d'imprimer à son profit une édition de la Henriade ; Couderc céda cette autorisation à un autre éditeur nommé Prévost. Par suite, Tannonce d'une nouvelle édition de la Henriade parut dans le Daily Post en mars 1728, presque immédiatement après l'apparition des éditions authentiques. Elle était imprimée, disait l'annonce, avec privilège de l'auteur et un post-scriptum ajoutait que cette édition était la première ovi le poème parût dans son intégrité.
En réalité, Prévost s'était borné à substituer six mauvais vers qui se trouvaient dans la première version du poème à six bons vers de la version définitive.
Voltaire, furieux à juste titre de l'audacieux stratagème employé par le libraire indélicat, répliqua aussitôt à cette annonce en faisant insérer la suivante dans le Daily Post et le Daily Journal.
« La présente a pour but d'avertir le public que je n'ai jamais donné aucun privilège à Prévost mais que j'ai été victime de ma bienveillance pour un certain Couderc à qui j'avais accordé la permission d'im-
venu annuel de Voltaire à la fin de sa vie, revenu acquis en dehors de ses ouvrages par ses « talents financiers » à environ £ 20000 ; ce chiffre nous paraît très exagéré.
primer mon livre à son profit, à condition qu'il n'en vendrait aucun exemplaire avant que les miens eussent été livrés. Il est inouï qu'un libraire ose vendre mon propre ouvrage sous une forme différente de celle dans laquelle je l'ai publié moi-même. La vérité est qu'il a inséré six vers médiocres et qui n'étaient pas de moi, parus dans une édition antérieure de la Ligue, vers qui ont été remplacés dans la Henriade par six autres beaucoup mieux frappés^ ». Prévost répondit dans les colonnes du même journal pour justifier sa conduite et il contredit carrément les affirmations de Voltaire.
Les deux notices continuèrent à paraître dans la feuille d'annonces du Daily Post, jusqu'à la fin de mars -.
Cette discussion fut sans aucun doute très utile pour faire de la réclame au poème et il ne serait pas impossible que Tincident que nous venons de rapporter eût été machiné entièrement par Voltaire. En tout cas, il n'en garda pas rancune à Prévost.
Il eut cependant un autre motif de querelle avec ce dernier, si nous en jugeons d'après une lettre adressée à Pierre des Maizeaux, publiée d'une façon incomplète dans les Relies oj Literature, de Collet, page 367.
Comme cette lettre montre combien Voltaire était