‹ Voltaire, Montesquieu et Rousseau en AngleterreChapitre 30 sur 103 · I. Voltaire, Correspondance générale, 22 juillet · texte numérisé non relu

I. Voltaire, Correspondance générale, 22 juillet

C'était Elisabeth : elle dont la prudence

De l'Europe à son choix fit pencher la balance,

Et fil aimer son joug à l'Anglais indompté,

Qui ne peut ni servir, ni vivre en liberté.

Ses peuples sous son règne ont oublié leurs pertes ;

De leurs troupeaux féconds, leurs plaines sont couvertes.

Les guerels de leurs blés, les mers de leurs vaisseaux :

Ils sont craints sur la terre, ils sont rois sur les eaux ;

Leur flotte impérieuse, asservissant Neptune,

Des bouts de l'univers appelle la fortune :

Londres, jadis barbare, est le centre des arts,

Le magasin du monde, et le temple de Mars.

Aux murs de Westminster on voit paraître ensemble

Trois pouvoirs étonnés du nœud qui les rassemble.

Les députés du peuple, et les grands et le roi,

Divisés d'intérêt, réunis par la loi.

Tous trois membres sacrés de ce corps invincible,

Dangereux à lui-même, à ses voisins terrible.

Heureux, lorsque le peuple, instruit dans son devoir,

Respecte, autant qu'il doit, le souverain pouvoir!

Plus heureux, lorsqu'un roi, doux, juste et politique

Respecte autant qu'il doit la liberté publique * !

Il est difficile de douter de la sincérité de cette rhétorique brillante car ce que Voltaire exprimait ainsi en vers, il l'avait à maintes reprises exprimé en prose avec la même emphase.

Le poème réussit au delà de toutes les espérances de Voltaire. Il n'eut certainement pas à se plaindre de la façon dont ses amis anglais lui prêtèrent leur appui. Les souscripteurs furent au nombre de trois cent quarante-quatre et certains d'entre eux prirent

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