‹ Voltaire, Montesquieu et Rousseau en AngleterreChapitre 33 sur 103 · Sloune MSS 4288, fol · texte numérisé non relu

Sloune MSS 4288, fol

2. « J'apprends que Prévost a l'intention d'invoquer une seconde fois votre témoignage contre moi. II prétend que je vous ai dit lui avoir donné vingt-cinq volumes pour 3o guinées. Je me souviens très bien, Monsieur, que je vous ai dit au Rainbow Coffee-house, lui avoir donné vingt reçus de souscription pour la Henriade et avoir reçu 3o guinées, mais je n'ai jamais eu l'intention de me séparer de 3o exemplaires à trois guinées chaque, pour 3i livres. Je me suis arrangé avec lui sur une tout autre base et je ne suis pas assez fou (bien que je sois un écrivain), pour abandonner tout ce que je possède à un libraire. Je vous prie donc de vous rappeler que je ne vous ai jamais dit avoir fait un marché aussi imprudent. J'ai dit, je le reconnais, avoir reçu £ 3o ou une somme équivalente, mais je n'ai pas mentionné que ce fût en règlement de tous comptes. J'insiste sur ce point et je vous supplie de vous rappeler les termes exacts de notre conversation : car je suis sûr de n'avoir jamais rien raconté d'aussi contraire à la vérité, à la raison et à mon intérêt. J'espère que vous ne soutiendrez pas les injustes prétentions d'un libraire qui vous a induit en erreur aux dépens d'un homme d'honneur qui est votre humble serviteur.

pounds, j have agreed with him upon quite another foot ; and j am not such a fool (tho'a writer) to give away all my property to a bookseller.

« Therefore j desire you to remember that j never told you of my having made so silly a bargain, j told, j OAvn, j had £ 3o or some equivalent down, but j did not say twas all the bargain, this j insist upon and beseech you to recollect our conversation : for j am sure j never told a tale so contrary to truth, to reason, and to my interest, j hope you will not back the injustice of a bookseller who abuses you against a man of honour who is your humble servant — Voltaire ».

L'argent realise par la vente de la Henriade fut touché par Voltaire avec d'autant plus de satisfaction qu'il en avait un pressant besoin. Depuis plus d'une année il se trouvait dans la gêne. La vie de société était alors un luxe coûteux et les dépenses étaient considérablement augmentées par les émoluments que les domestiques de l'aristocratie avaient le droit de réclamer aux hôtes de leurs maîtres. Chez lord Chesterfield, cet abus se faisait sentir beaucoup plus encore que dans aucune maison de Londres et Voltaire qui dîna chez lui une fois fut tellement mécontent de l'imposition qu'il eut à subir que Chesterfield l'ayant invité de nouveau il refusa en ajoutant d'un ton sarcastique que l'ordinaire de Sa Seigneurie était trop cher*.

I. John Taylor, Memoirs, vol. I, p. 33o. Cf. également, en ce qui concerne ces pourboires exorbitants, Saussure : « Si

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Sa mauvaise santé, d'autre part, avait nécessité des soins médicaux qui avaient entraîné des frais supplémentaires très élevés. En février 1727, il se plaignait déjà à Thiériot de ses ennuis : « Vous savez peut-être que les banqueroutes sans ressource que j'ai essuyées en Angleterre (il faisait évidemment allusion à sa mésaventure avec d'Acosta), le retranchement de mes rentes, la perte de mes pensions et les dépenses que m'ont coûtées les maladies dont j'ai été accablé ici, m'ont réduit à un état bien durV »

Il fut désormais en mesure de soulager les besoins de ses compatriotes malheureux et il vint en aide à un grand nombre d'entre eux, durant son séjour à Londres, en particulier à un certain Saint-Hyacinthe^.

Alors que le poème était encore sous presse, il se produisit un curieux incident. Une épreuve de la première page était tombée par hasard entre les mains

vous désirez rendre vos devoirs à un noble personnage et lui faire visite, il faudra donner de temps en temps de l'argent à son portier, sinon il ne sera jamais chez lui. Si vous prenez un repas chez une personne de qualité vous devez donner en vous en allant une pièce de monnaie à chacun des cinq ou six laquais. Ils se rangeront en file dans le vestibule et vous ne pourrez leur donner moins de un shilling à chacun j si vous ne le faites pas vous serez traité insolemment la fois suivante. Lord Southwell m'arrêta un jour dans le parc et me reprocha très aimablement de n'être pas venu souper chez lui depuis longtemps. « En vérité. Votre Seigneurie, lui répondis-je, je ne suis pas assez riche pour souper avec vous. » Sa Seigneurie comprit ce que je voulais dire et sourit. Letters, p. i3/^. PoUnitz s'est aussi plaint amèrement du même abus. Memoirs, vol. II, p. ^6/4, 465.

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