Lettres familières ; Œuvres complètes, vol. VII, p
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Royal Society, avec lequel, après avoir quitté l'Angleterre, il continua à correspondre régulièrement. Chose curieuse, il ne semble pas qu'il ait jamais rencontré Bolingbroke ouWalpole ou qu'il ait fait la connaissance de Pope ni d'aucun autre des hommes de lettres distingués qui vivaient à Londres à cette époque. Il paraît avoir fréquenté exclusivement les cercles mondains et aristocratiques et les membres de la Royal Society.
Voici sans doute la raison de sa réserve : Bien qu'il pût lire l'anglais et le comprendre en conversation, il ne pouvait le parler d'une façon intelligible si nous en jugeons par une amusante anecdote racontée par Diderot. Après son retour en France, il se trouva un jour, à la campagne, en compagnie de plusieurs dames et comme l'une d'elles était anglaise il lui adressa la parole en anglais, mais sa prononciation était tellement mauvaise, qu'elle éclata de rire. Là-dessus, il remarqua avec bonne humeur que ce n'était pas la première mortification de ce genre qu'il eût éprouvée dans sa vie. Il ajouta que, pendant son séjour en Angleterre il alla un jour voir le duc de Malborough à Blenheim (Diderot fait évidemment là une confusion avec le duc de Montague qui avait épousé la fille de Malborough), son hôte lui fit visiter son palais et Montesquieu, tout en le suivant, le complimentait, dans son meilleur anglais, de la splendeur de tout ce qu'il voyait, il avait pris la précaution de préparer soigneusement à cet effet des phrases qu'il croyait appropriées.
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Il parlait ainsi depuis près d'une heure, quand le duc rinterrompit en lui disant : « Je vous prie d'avoir la bonté de me parler anglais car je ne comprends pas le français ^ ».
Il est difficile de se rendre compte s'il fut jamais tout à fait familier avec notre langue. Dans une lettre à Charles Yorke, à propos du Julian de Warburton, il dit que cet ouvrage l'avait enchanté ce quoique je n'aie que de très mauvaises lectures anglaises et que j'aie presque oublié tout ce que j'en sçavois^ ».
Le 5 octobre lySo, il fut présenté par Chesterfield, à Kensington, au roi, à la reine et au prince de Galles. La reine, après l'avoir questionné sur ses voyages, vint à parler du théâtre anglais. « Comment se fait-il, demanda-t-elle à Chesterfield, que Shakespeare, qui vivait du temps de la reine Elisabeth, a fait parler si mal ses personnages féminins et en a fait des êtres aussi stupides ? » Chesterfield répondit que du temps de Shakespeare, les femmes n'allaient pas au théâtre et que comme les rôles de femmes étaient joués par des acteurs inférieurs, Shakespeare n'avait pas pris la peine de les faire parler correctement. « Quant à moi, dit Montesquieu, j'en dirois une autre raison, c'est que pour faire parler les fem-
1. Diderot, Lettres à Mlle Volland, lettre LXXX ; OEuvres complètes (éd. Azzerat et Tourneux), XIX, i34, citée par Vian.
2. Lettre publiée dans Life of Charles Yorke, Lives of the Lord Chancellors, par Campbell, VII, 75. II est étonnant que cette intéressante lettre ne fasse pas partie du recueil des lettres de Montesquieu.
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mes, il faut avoir Tusage du monde et des bienséances. Pour faire bien parler les héros il ne faut qu'avoir l'usage des livres. » Nous ferons remarquer en passant qu'un commentaire de Shakespeare par Montesquieu et Chesterfield est véritablement une curiosité littéraire dans le domaine de la critique. -
La reine demanda alors s'il était vrai que les Français préféraient Corneille à Racine. Montesquieu que cette question mit sur un terrain plus familier répondit que Corneille était généralement considéré « comme un plus grand esprit et Racine, un plus grand acteur ^ . »
Il rencontra la reine Caroline une seconde fois dans un dîner donné par le duc de Richmond. A la table du duc, La Boine, qu'il qualifie de personnage stupide malgré sa qualité d'ambassadeur de France, prétendit que l'Angleterre n'était pas si grande que la Guyenne. Montesquieu le contredit et il eut le dessus. Dans la soirée, la reine lui dit : « J'apprends que vous nous avez défendus contre votre compatriote, M. La Boine ». Montesquieu répondit galamment : « Madame, je ne pourrais imaginer qu'un pays sur lequel vous régnez puisse être autre chose qu'un grand pays^ »
Ces deux circonstances ne furent probablement pas les seules dans lesquelles il se rencontra avec la reine. En tout cas on se figurait à Paris qu'il était un de