‹ Voltaire, philosopheChapitre 107 sur 135 · Dans le Contrat social · texte numérisé non relu

Dans le Contrat social

rent une excellente éducation; on leur apprit que leur grand-oncle était géant de droit divin, qu'il pouvait faire de toute sa famille ce qui lui plaisait; que, s'il avait quelque jolie nièce ou arrière-nièce, c'était pour lui seul sans difficulté, et que personne ne pouvait coucher avec elle que quand il n'en voudrait plus. Le géant étant mort, son fils, qui n'était pas à beaucoup près si fort ni si grand que lui, crut cependant être géant, comme son père, de droit divin. Il prétendit faire travailler pour lui tous les hommes et coucher avec toutes les filles. La famille se ligua contre lui, il fut assommé, et on se mit en république » [Dict. phil., Maître, XXXI, 121). Voltaire ajoute, il est vrai, que, selon les Siamois, la famille avait commencé par être républicaine et que le géant parut « après un grand nombre d'années et de dissensions ». Mais sa conclusion n'en est pas moins formelle : « la violence et l'habileté, dit-il, ont fait les premiers maîtres, les lois ont fait les derniers ».

Bayle avait peint la démocratie, surtout celle d'Athènes, comme un régime oppressif et cruel. Prenant contre Bayle la défense du gouvernement démocratique, Voltaire lui remontre d'abord que la monarchie de Macédoine fut beaucoup plus cruelle et beaucoup plus oppressive; puis il va jusqu'à dire, avec Rousseau, qu'on ne peut faire de comparaison entre les crimes d'un prince et ceux d'un peuple, car le prince a pour unique objet de satisfaire son ambition ou son avarice, et le peuple « ne veut jamais et ne peut vouloir que la liberté et l'égalité » (Dict. phil.^ Démocratie. XXVIII, 319).

En tout cas le gouvernement démocratique est, selon Voltaire, « naturel et sage » {Dict. phiLy Poli"

tique^ XXXI, 460). « Tout père de famille, déclaret-il, doit être le maître dans sa maison. Une société étant composée de plusieurs maisons et de plusieurs terrains qui leur sont attachés, il est contradictoire qu'un seul homme soit le maître de ces maisons et de ces terrains; et il est dans la nature que chaque maître ait sa voix pour le bien de la société « [Idées républicaines, XL, 584). On peut sans doute trouver beaucoup trop étroite cette conception de la démocratie qui ne donne une voix qu'aux possesseurs des maisons et du sol. Mais Voltaire n'en déclare pas moins le régime républicain préférable à tout autre, et, s'il le préfère à la monarchie, c'est comme rapprochant le plus les hommes de « légalité naturelle » {Ibid., id.). « Un citoyen d'Amsterdam, dit-il, est un homme; un citoyen à quelques degrés de longitude par delà est un animal de service » {Pensées sur le Gouvernement, XXXIX, 427). u La volonté de tous exécutée par un seul ou par plusieurs en vertu des lois que tous ont portées » {Idées républicaines, XL, 571), telle est, selon lui, la définition du gouvernement civil.

Dispensons-nous, après cela, d'alléguer les maximes répjLiblicaines que Voltaire a souvent prêtées aux héros de ses tragédies. Si même, dans la scène finale ÏAgathocle, on voit Argire^ dès qu'il reçoit la couronne, affranchir les Syracusains \ nous ne prétendrons pas que le poète ait par là voulu persuader Louis XVI de se démettre. Tenons-nous-en soit aux Idées républicaines et aux Pensées sur le Gouverne-

Peuples, j'use un moment de mon autorité; Je règne... Votre roi vous rend la liberté,

Page 1