‹ Voltaire, philosopheChapitre 108 sur 135 · IX · texte numérisé non relu

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ment^ soit aux nombreux articles du Dictionnaire philosophique qui traitent des divers « états » : Voltaire s'y montre tellement éloigné de toute prévention contre la démocratie, qu'il la considère comme le plus équitable des régimes.

Cependant ses préférences de philosophe pour le gouvernement républicain ne l'empêchent pas d'être monarchiste. Qui soupçonnait alors que la répubhque pût, chez les Français, succéder si prochainement à la monarchie?

Zaïre, musulmane en Turquie, disait qu'elle aurait été chrétienne en France et païenne sur les bords du Gange : semblablement, Voltaire, malgré son admiration pour la démocratie hollandaise, déclare à M. Van Haren que, né Français, il reste un fidèle sujet de son roi.

Notre esprit est conforme aux lieux qui l'ont vu naître. A Rome, on est esclave, à Londres, citoyen; La grandeur d'un Batave est de vivre sans maître, Et mon premier devoir est de servir le mien.

Aussi bien, distinguons la religion de la politique. Si chaque homme, selon Voltaire, doit se faire sa religion à soi-même, il semble, en matière politique, vouloir qu'on accepte le régime traditionnel de son pays; Français, Voltaire accepta celui delà France, quitte à en combattre les abus et les vices. D'abord, la religion ne concerne que l'individu, et c'est affaire entre sa conscience et lui. Ensuite il peut y avoir dans un État plusieurs religions qui, également respectueuses des lois communes, ne fassent aucun tort à l'unité de cet État; mais, quand divers partis sont en

désaccord sur la forme du gouvernement, leurs divisions empochent toute politique suivie et ferme.

Voltaire du reste admet fort bien le principe d'hérédité monarchique, si vivement combattu par maints philosophes de son siècle. Il trouve « tout naturel » d' « aimer une maison qui règne depuis près de huit cents années » (Pensées sur le Gouvernement, XXXIX, 429). Il repousse même la théorie de la souveraineté populaire, et, répondant à certains publicistes qui déclaraient les rois mandataires du peuple*, il proteste que le roi de France « tient sa couronne de soixante-cinq rois ses ancêtres (Lettre à lahbé de Voisenon, 20 août 1774).

Voltaire n'est pas républicain, il est monarchiste,\l aucun doute là-dessus. Est-il partisan de la monarchie; despotique?

On r^ souvent prétendu. Un critique contemporain écrit que « le monarchisme absolu, c'est le fond même de Voltaire » ; à Ten croire, Voltaire « n'établit aucune différence entre la monarchie et le despotisme », il préconise une monarchie « ennemie de toute liberté, concentrant tous les pouvoirs..., persécutrice, défiante, tracassière et tyrannique^ ». Recherchons d'abord comment il se fait qu'on puisse lui ' prêter de telles opinions et nous montrerons ensuite l qu'on les lui prête à tort.

« Il faut, dit Voltaire, pour qu'un État soit puissant, ou que le peuple ait une liberté fondée sur les lois ou

i. A Condorcet en particulier, auteur de la Lettre d'un théologien à Vabbe' Sahatier. Cf. par exemple Lettre à Condorcet, 20 août J774, édition Moland, XLIX, 67.

2. E. Faguet, dans la Politique comparée de Montesquieu, Rousseau et Voltaire, p. 75, 76, 297.

que Tautorité soit affermie sans contradiction « (Siècle de Louis XIV, XIX, 241). Dans une monarchie qui, comme celle de la France, n'est pas constitutionnelle, l'intérêt de TÉtat répugne à l'existence de toute faction et de tout corps avec lesquels le pouvoir royal pourrait être en conflit. Telle est Tidée de Voltaire, lorsque, dans les Pensées sur le Gouvernement, il compare Louis XIV avec Louis XP, et lorsque, dans la Voix du Sage et du Peuple, il rappelle que « les années heureuses de la monarchie ont été les dernières de Henri IV, celles de Louis XIV et de Louis XV quand ces rois ont gouverné par eux-mêmes (XXXIX, 342). Ennemi de tout corps, politique ou religieux, capable de diviser l'État, de faire échec au pouvoir royal, il admire comment, sous Louis XIV, « Fesprit de faction, de fureur et de rébellion qui possédait les citoyens depuis le temps de François II devint une émulation de servir le prince )^, et comment la force et la prospérité du royaume s'accrurent dès lors que l'Etat fut « un tout régulier dont chaque ligne aboutit au centre » (Siècle de Louis XIV, XX, 266). Nous verrons plus loin de quelle manière il concilie le pouvoir monarchique avec l'autorité des lois et la liberté des citoyens. Mais, s'il déclare vouloir dans l'État une seule puissance, tout entière aux mains du prince, ne nous étonnons pas pour le moment que cette déclaration maintes fois répétée ait pu le rendre suspect d'ériger en système l'absolutisme et le despotisme.

1. « Louis XI, pendant son règne, fit passer par la main du bourreau environ 4 OOU citoyens; c'est qu'il n'était pas absolu et qu'il voulait l'être. Louis XIV, depuis l'aventure du duc de Lauzun, n'exerça aucune rigueur contre personne de sa cour; c'est qu'il était absolu » (XXXIX, 430).

On lui reproche surtout son hostilité contre \e^ Parlements, soit au temps de la Fronde, soit à son époque. |

Pendant la minorité de Louis XIV, sous le plus doux des régimes et la plus indulgente des remes, le Parlement engagea contre son souverain une guerre civile en usurpant un rôle auquel ne le destinait point l'achat d'offices purement judiciaires. Voilà ce dont ^'oltaire le blâmée Mais d'ailleurs lui-même convient que, si les magistrats s'étaient bornés « à faire sentir au souverain en connaissance de cause les malheurs et les besoins du peuple, les dangers des impôts, les périls encore plus grands de la vente de ces impôts à des traitants qui trompaient le roi et opprimaient le peuple, cet usage des remontrances aurait été une ressource sacrée de TÉtat » {Siècle de Louis XIV, XX, ^T6).

Quant aux Parlements contemporains, Voltaire ne pouvait voir en eux que les défenseurs des abus et des privilèges, les ennemis des réformes demandées par les philosophes soit dans la législation, soit, généra- / lement, dans l'économie sociale.

Mais surtout, jansénistes en grande partie, ils met- — ' taient le pouvoir judiciaire au service de leurs passions religieuses -. Dès 1724, sous le ministère du duc

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