‹ Voltaire, philosopheChapitre 128 sur 135 · Dict. phil., Charité. XXVIII, 13 sqq · texte numérisé non relu

Dict. phil., Charité. XXVIII, 13 sqq

exhale » (DicL phil., Enterrement, XXIX, 125). Trans- • ferons les cimetières dans la campagne. Si Ton débarrasse nos villes des immondices en les portant à une lieue, comment souiîre-t-on que les morts y tuent les vivants^?

Les maisons de Paris manquent d'eau. Nous n'avons presque pas de fontaines publiques; nous avons des carrefours au lieu de places, des marchés incommodes et malpropres, des théâtres mal aménagés où Ton entre avec peine, d'où Ton sort avec plus de peine encore. C'est une honte, et c'est aussi une cause permanente de maladies ou d'accidents.

Ne trouvera-t-on pas d'argent pour assainir Paris, pour le rendre plus propre et plus beau? On en trouve toujours quand il s'agit de lever des armées ou de faire des dépenses inutiles. Le corps de ville devrait, pour ces réformes indispensables, obtenir de mettre une taxe modérée et proportionnelle sur les habitants, sur les maisons, ou sur les denrées "^

Voltaire ne se préoccupe pas moins de l'assistance publique que de l'hygiène. D'abord, il demande qu'on interdise la mendicité ; trop de gens vivent de leur paresse et de leur gueuserie. Cet abus n'existe pas en Hollande, en Suède, en Danemark, pas même en Pologne. 11 faut, en France aussi, punir sans pitié les mendiants de profession qui se font craindre et donner aux autres du travail. Nous avons sans doute quelques instituts fondés par les ordres religieux

1. Dict. phiL. Chemins, XXVIII, 31, 32, Enterrement, XXIX, 123; Préface de Catherine Vadé, XIV, 24, 25 ; Lettre à M. Paulet, 22 avr. 1768, etc.

2. Lettre à M. Deparcieux, 17 juil. 1767; Ce qu'on ne fait pas, XXXVIII, 518,519; Des Embellissemeyits de Paris, XXXIX, 99 sqq.; Des Embellissements de Cachemire, id., 350 sqq.

afin de soulager les pauvres; mais ces établissements ne sont ni assez nombreux, ni, pour la plupart, assez bien administrés. L'Etat doit se substituer aux moines, s'il veut abolir la mendicité et tous les désordres qui en procèdent'.

L'immense majorité des Français, et notamment les paysans, gagnent tout juste leur vie. S'ils n'ont pas besoin d'assistance, cessons au moins de les opprimer et de les spolier.

Quelle est, en France, la condition des paysans? Voltaire les montre « vivant dans des cabanes avec leurs femelles et quelques animaux, exposés sans cesse à toute l'intempérie des saisons,... soumis, sans qu'ils sachent pourquoi, à un homme de plume auquel ils portent tous les ans la moitié de ce qu'ils ont gagné à la sueur de leur front,... quittant quelquefois leur chaumière lorsqu'on bat le tambour et s'engageant à s'aller faire tuer dans une terre étrangère et à tuer leurs semblables pour le quart de ce qu'ils peuvent gagner chez eux en travaillant » [Introd. à r Essai sur les Mœurs, XV, 28). Et citons encore ces lignes, comparables au fameux passage de La Bruyère : « Je vis dans le lointain quelques spectres à demi nus, qui écorchaient avec des bœufs aussi décharnés qu'eux un sol encore plus amaigri » {Dict. phiL, Fertilisation, XXIX, 378).

En Angleterre, les paysans mangent du pain blanc, ils ont de nombreux bestiaux bien nourris, et, souvent, un revenu de cinq ou six cents livres sterling. Ne sauraient-ils, chez nous, jouir au moins

1. Instruction pour le prince royal de ***, XLIII, 433. — Cf. Dict. phil., Fertilisation, XXIX, 315; Lettre à Vabbé Roubaud, 1" juill. 1769, édition Moland, XLVI, 362.

de quelque aisance? On devrait leur rendre accessible la propriété du sol, et cela dans l'intérêt public aussi bien que dans le leur, parce que l'agriculture rendrait bien davantage. Certes tous les paysans ne peuvent être riches; et d'ailleurs l'État a besoin d'un grand nombre d'hommes qui ne possèdent que leurs bras et leur bonne volonté. Mais est-il impossible d'associer ces hommes eux-mêmes au bonheur des autres? Libres de vendre leur travail et soutenus par l'espérance d'un juste salaire, ils élèveraient gaîment leurs familles dans leur métier laborieux et utile ^ Aujourd'hui, tandis qu'on estime l'homme oisif qui vit de leur travail, qui est riche de leur misère, on les abandonne à l'avilissement et à l'indigence 2. Pourtant « ils exercent la première des professions » (Lettres philos., XXXVII, 154), ils sont, « la portion la plus utile du genre humain » {Requête à tous les Magistrats, XLVI, 425). Comment ne se préoccuperait-on pas d'augmenter leur bien-être, de relever et de rehausser leur état?

Nous avons déjà dit ce que fit Voltaire pour les serfs de la glèbe ^ ; disons ce qu'il fit contre les droits féodaux.

\. Dict. phiL, Propriété, XXXIl, 21.

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