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Singularités de la Nature, XLIV, 272 sqq

3. Le physicien André Leduc, voulant prouver à Voltaire que Moïse avait dit la vérité sur les grandes questions géologiques, offrit de lui apprendre la géologie. Il déclina l'offre en alléguant sa santé et son âge; de quoi s'autorise Leduc, dans ses Lettres sur VHistoire physique de la Terre, pour déclarer que Voltaire n'avait point l'esprit philosophique. — En admettant l'authenticité de cette anecdote, il faudrait seulement se

tique pour déclarer impossible ce qui, à première vue, lui a paru faux.

Dans la question du neptunisme par exemple, ses arguments de bon sens ne Tempêchent pas de procéder lui-même à une enquête. « On regarde, dit-il, la falun de Touraine comme le monument le plus incontestable de ce séjour de l'Océan sur notre continent...; et la raison, c'est qu'on prétend que cette mine est composée de coquilles pulvérisées... Ces prétendus bancs de coquilles à trente, à quarante lieues de la mer, méritent le plus sérieux examen » (Singular. de la Nature, XLIV, 255, 257). Il y a là sans doute une pointe d'ironie. Pourtant Voltaire fait venir quelques échantillons de falun et les examine avec soin. Mais si, après cela, il se croit en mesure de nier que cette marne soit un assemblage d'animaux marins, c'est une erreur qui ne nous permet pas d'incriminer sa méthode.

De même sur une autre question, celle des polypes, que certains savants avaient reconnus comme appartenant au règne animal. « Pour croire fermement, dit-il, je veux voir par mes yeux, toucher par mes mains et à plusieurs reprises... Ces herbes légères qu'on appelle polypes d'eau douce... ne furent que des plantes jusqu'au commencement du siècle où nous sommes. Leuwenhoek s'avisa de les faire monter au rang d'animaux... En vain nous avons opposée nos yeux tous les raisonnements que nous avions lus autrefois : le témoignage de nos yeux l'a emporté » (Dict. phil., Polypes, XXXI, 462 sqq.). Voltaire est

demander si tous les géologues croyaient aux théories de Moïse. Comme beaucoup d'entre eux n'y croyaient point, BulTon tout le premier, l'assertion de Leduc n'a plus aucun sens.

prêt à adaiettre les théories nouvelles dès qu'elles s'appuient sur des faits bien constatés ; que peut-on lui demander de plus? Quand il se trompe, ce sont, ses yeux qui l'induisent en erreur. « Il est bon, déclare-t-il, de douter encore, jusqu'à ce qu'un nombre suffisant d'expériences réitérées nous aient convaincus que ces plantes aquatiques sont des êtres doués de sentiment, de perception et des organes qui constituent l'animal réel. La vérité ne peut que gagner à attendre » {Singular. de la Nature, XLIV, 224). Si la prudence de Voltaire l'empêche parfois d'admettre des vues justes et profondes, qui n'étaient alors qu'hypothétiques, elle lui épargne aussi maintes erreurs. Dans tous les domaines de la pensée, sa critique devait le préserver des chimères et des utopies*.

On voit assez quelle méthode prétend appliquer V^oltaire, soit en physique, soit en métaphysique. Quand la métaphysique ne se fonde pas sur l'observation des phénomènes, elle n'est, selon lui, qu'un baladinage. Pendant son exil en Angleterre, il reçut du philosophe Clarke quelques instructions touchant « la partie de la philosophie qui veut s'élever au-dessus du calcul et des sens. » Un jour, « plein de ces grandes recherches », il disait à « un membre très éclairé de la société » : « M. Clarke est un bien plus grand métaphysicien que M. Newton » ; et celui-ci de répondre froidement : « C'est comme si vous disiez

1. Ajoutons que Voltaire ne resta pas toujours fidèle à la méthode scientifique si bien esquissée par lui-même. Ce n'est point sa circonspection qu'il faudrait blâmer; c'est plutôt, en certains cas, une impatience qui lui fait devancer l'étude assidue et diligente des phénomènes.

que run joue mieux au ballon que Fautre ^ ». En ce temps-là, Voltaire se laissait encore séduire par les spéculations des métaphysiciens; Clarke sautant dans Tabîme, il osait Yj suivre. Mais, de plus en plus, il reconnut Tinanité de ces spéculations, si brillantes fussent-elles ; et, sur les problèmes qui dépassent Tintelligence humaine, il se résigna sagement à douter.

Tout ce que Voltaire affirme en métaphysique, c'est l'existence de Dieu. Encore ne la donne-t-il pas toujours comme certaine. Par exemple, dans le Traité de Métaphysique, écrit en 1734, il conclut ainsi le chapitre S'il y a un Dieu : « Cette proposition II y a un Dieu [est] la chose la plus vraisemblable que les hommes puissent penser » (XXXVII, 298); et, dans une lettre à Frédéric datée de 1737 : « Quelle sera, dit-il, l'opinion que j'embrasserai? Celle où j'aurai, de compte fait, moins d'absurdités à dévorer. Or je trouve beaucoup plus de contradictions, de difficultés, d'embarras, dans le système de l'existence nécessaire de la matière. Je me range donc à l'opinion de l'existence de l'Etre suprême comme la plus vraisemblable et la plus probable » (17 avril). Ainsi Voltaire, à cette époque, ne fait encore qu'alléguer des probabilités et des vraisemblances.

Dans la suite, il devint plus catégorique. Préoccupé toujours davantage des questions morales ou sociales, et jugeant que la croyance en Dieu est utile aux mœurs, nécessaire à la société humaine, il considéra comme un devoir de l'affirmer contre les athées ^.

Parmi les preuves en usage, deux surtout lui paraissent convaincantes.

1. Courte réponse aux longs Discours, etc., XXXVIII, 526, 527.

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