Cf. Remarques de l'Essai sur les Mœurs, XLI
Loin que Dieu envisage particulièrement tel ou tel homme, Thumanité entière compte à ses yeux pour bien peu de chose; car elle est moindre qu'une petite fourmilière en comparaison de tout ce qui peuple rinfini. Du reste chaque intervention particulière de la Providence constituerait un miracle. Or les miracles sont impossibles; ils le sont à Dieu luimême, ils le sont à Dieu surtout. A Dieu lui-même, malgré son pouvoir; à Dieu surtout, parce que FÊtre infiniment sage ne fait pas ses lois pour les violera
S'il y a une Providence, comment peut-il y avoir
du mal? Voltaire ne nie point la difficulté de ce pro-
; blême. C'est là, dit-il, « un abîme dont personne n'a
/ pu voir le fond » (Dict. phiL, Bien, XXVII, 355); et
/^ lui-même qualifie de fatale, de terrible, l'objection
que le mal fournit aux athées-.
On peut sans doute prétendre que tout est bien. Voltaire en a eu parfois quelque velLéité. Il montre alors, comme les optimistes, que ce qui paraît mal^ vu à part, peut être bien dans l'arrangement général des choses ^ En tout cas le bien, remarque-t-il, l'emporte sur le mal. Et comment y contredire? Ne voit-on pas que les vols et les assassinats sont rares, que les pestes et les cataclysmes sont exceptionnels, que les guerres, sur cent millions d'Européens, en font périr chaque siècle quelques milliers à peine? Ce qui nous trompe, c'est d'abord l'histoire, parce qu'elle est remplie de calamités, parce que, se bornant à retracer les crimes ou les infortunes des individus et des peuples, elle passe sous silence leur état ordi-