‹ Voltaire, philosopheChapitre 19 sur 135 · Homélie sur V Athéisme, XLIII · texte numérisé non relu

Homélie sur V Athéisme, XLIII

2. « Mon pauvre enfant, remontre la Nature à un philosophe, veux-tu que je te dise la vérité? c'est qu'on m'a donné un nom qui ne me convient pas; on m'appelle Nature et je suis tout Art » (XXXI, 268). — Cf. Hist. de Jenni, XXXIV, 388.

Les athées se moquaient des déistes en les appelant cause-finaliers. « Si une horloge n'est pas faite pour montrer Theure, j'avouerai alors, leur répond-il, que les causes finales sont des chimères, et je trouverai fort bien qu'on m'appelle cause- finalier^ c'està-dire un imbécile ^ [Dict. phil., Causes finales, XXVII, 527). En attendant, il invoque Newton, qui n'était point un imbécile, et qui considérait pourtant la preuve physique comme irréfragable.

Est-ce à dire que les cause-finaliers aient toujours raison? A la théorie finaliste, compromise par beaucoup de ceux qui la professent, il fait des restrictions nécessaires. Tel philosophe prétendait que l'herbe est verte afin de réjouir nos yeux; tel autre, que la mer a un flux et un reflux afin de faciliter l'arrivée et le départ des vaisseaux. Se moquant de pareilles sottises, il indique dans quels cas on peut affirmer une finalité. Par exemple, dire que les nez ont été faits pour porter des besicles, c'est absurde; mais comment nier qu'ils aient été faits pour sentir? Et, d'une façon générale, « quand on voit une chose qui a toujours le même efi'et, qui n'a uniquement que cet effet, qui est composée d'une infinité d'organes dans lesquels il y a une infinité de mouvements qui tous concourent à la même production..., on ne peut sans une secrète répugnance nier une cause finale « [Traité de Métaph.^ XXXVII, 295) ^ Ceux qui nient que les nez soient faits pour sentir, c'est comme s'ils niaient que les lampes soient faites pour éclairer ou les horloges pour montrer l'heure.

1. Cf. Dict. -phil., Causes finales, XXVII, 528; Singular. de la Nature, XLIV, 236 sqq.

La question de la Providence se rattache à celle du fînalisme, et Voltaire la traite de la même façon. Il y a une Providence aussi bien qu'il y a des causes finales. « Nous ne regardons point ce dogme... comme un système » ; c'est « une chose démontrée à tous les esprits raisonnables » [Dict. phil., préf. de 1765, XXVI, 2). Mais, s'il y a une Providence, ce n'est pas une Providence particulière. L'Être suprême gouverne le monde par des lois générales et n'en trouble pas l'ordre par des caprices.

Sœur Fessue se félicite que Dieu la protège. Son moineau allait mourir, déclare-t-elle àun philosophe; elle a débité neuf ^ye, le voilà guéri. Ma chère sœur, lui cjit ce philosophe, « je crois la Providence générale... ; je ne crois point qu'une Providence particulière change l'économie du monde en faveur de votre moineau ou de votre chat » (Dict. phil., Providence, XXXIl, 23). Et il lui remontre que l'Être suprême a d'autres affaires, mais surtout que les lois par lesquelles il règle la nature sont nécessairement immuables.

D'après l'historien Mézeray, Dieu fit mourir le roi d'Angleterre Henri V d'une fistule à l'anus pour le punir de s'être assis sur le trône du roi très chrétien. Non, Henri V mourut « parce que les lois générales émanées de la toute-puissance avaient tellement arrangé la matière, que la fistule à l'anus devait terminer la vie de ce héros » ( Hist. de Jenni, XXXIV, 407) ^ Le soleil luit sur les méchants comme sur les bons, et jamais on ne voit un criminel châtié soudain par je ne sais quelle éclatante incartade de la justice divine.

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